Il n’y a aucun doute que nous vivons de nos jours au Liban une période économique des plus atypiques. Cette crise économique s’est transformée d’abord en une crise sociale. Elle a pris ensuite la forme d’une panique monétaire, pour enfin se convertir actuellement en une crise de liquidité sans précédent laquelle a complètement gelé notre marché, nos investissements et la création d’emplois.
Les pessimistes vous diront que la situation actuelle est bien mieux que ce qui nous attend dans l’avenir proche. Vous les entendrez crier fort dans les salons surpeuplés que l’État est au bord du gouffre, qu’il n’ose pas accepter ni annoncer sa faillite certaine, que la livre libanaise va « voler en éclats » d’un jour à l’autre, que nous n’allons pas recevoir un sou des pays donateurs du programme CEDRE, que le gaz et le pétrole promis sont un sujet utopique vu que toutes les ressources naturelles ont déjà été pompées par nos voisins, et qu’une guerre se prépare dans les coulisses face aux représailles et tensions régionales…
Les optimistes, eux, se feront un peu plus discrets et murmureront que le budget voté est un excellent commencement, affichant une vision économique plus claire, que notre État a enfin décidé de se serrer la ceinture et d’appliquer un plan de réforme et une nouvelle stratégie socio-économique qui donnera un souffle certain à notre économie, que nous sommes au début de la courbe de croissance, que nous allons battre tous les records par le nombre de touristes arrivés cet été, que l’époque de la corruption est terminée et que les coupables seront arrêtés et jugés, que nous allons recevoir dans les prochaines semaines les 11 milliards de fonds promis par les donateurs internationaux, que le gaz et le pétrole couleront à flots prochainement dans nos robinets et que nous couvrirons très rapidement notre dette publique…
Les réalistes, par contre, vous diront, eux, que certes avoir un budget est nettement mieux que de ne pas en avoir durant 15 années, mais rappelleront que ceci n’est pas un luxe, ni un succès, ni une réalisation impressionnante dont nous devons nous vanter, ni même un miracle divin ; il s’agit surtout d’un droit élémentaire pour tout peuple ou toute nation qui se respecte. Ils rappelleront – chiffres à l’appui – que chaque fois que l’État augmente les taxes et les droits douaniers, ses recettes diminuent du fait de la contrebande qui ne cesse d’augmenter. Ils vous diront aussi qu’en haussant les taxes sur les intérêts bancaires, les recettes de l’État augmenteront, mais ceci sera « escorté » également par une hausse des intérêts créditeurs que ce même État devra repayer directement ou indirectement pour servir ses dettes et ses créances internes.
Les réalistes insisteront sur le fait que la communauté internationale n’attend pas vraiment un plan manuscrit et ne nous jugera pas sur nos intentions, mais se penchera bien plus sur l’application des réformes promises, sur le suivi des stratégies présentées et surtout sur les résultats concrets et tangibles à court, moyen et long terme.
Les réalistes rappelleront haut et fort que la conférence de CEDRE ne financera pas des ministères, mais plutôt des projets clairs, bien définis, bien étudiés, surveillés et revus par des audits internes, externes, locaux et internationaux, suivant des appels d’offres transparents, appliquant les normes de gouvernance de haut niveau international et surtout financera ces projets sur base de « cash flow » au fur et à mesure des étapes des réalisations et d’accomplissements...
Ces même réalistes vous diront qu’ils placent beaucoup d’espoir dans les ressources naturelles, mais rappelleront aussi que les nouveaux pays exportateurs qui nous ont devancés depuis plus de 10 ans, comme Chypre, l’Égypte et même Israël, n’ont pas encore pu injecter un dollar dans leurs économies respectives… ils vous diront avec certitude qu’il s’agit d’un projet de très longue haleine, et que nos politiciens n’ont nul besoin de se ruer à se diviser les parts du gâteau ou plutôt ce que l’on appelle les blocs (plus précisément les blocs n°s 4 et 9) dont l’exploration débute bientôt, sachant que les autres blocs encore en attente ont très peu de chance de nous cacher de bonnes surprises d’après de nombreuses études.
Enfin, les entrepreneurs vous diront que malgré ces visions pessimistes, optimistes et réalistes, ils ne cesseront de persévérer, d’identifier les opportunités cachées dans les crises, n’abandonneront pas le navire et surtout ne le laisseront jamais couler…
Essayons tous d’être des entrepreneurs réalistes et persévérants !
Fouad ZMOKHOL
Président du Rassemblement
des dirigeants et chefs
d’entreprise libanais dans
le monde (RDCL-World)
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Très bel article réaliste :)
10 h 50, le 08 août 2019