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À La Une - Soudan

Pas crucial vers un pouvoir civil au Soudan

"Nous nous sommes mis d'accord sur des questions sensibles relatives à la sécurité, à l'indépendance de la justice et sur les pouvoirs du gouvernement, de même que sur le Conseil souverain", déclare un des leaders de la contestation, Ibrahim al-Amin.

Des manifestants brandissant un drapeau soudanais lors d'un rassemblement à Khartoum, le 1er juillet 2019. Photo AFP / ASHRAF SHAZLY

Les meneurs du mouvement de contestation et le pouvoir militaire au Soudan sont tombés d'accord samedi sur une déclaration constitutionnelle, censée ouvrir la voie à une transition vers une autorité civile après des mois de protestations marqués par une répression meurtrière.

Au milieu des drapeaux soudanais, des youyous et des klaxons, des milliers de Soudanais sont descendus dans les rues de Khartoum pour célébrer l'annonce de l'accord, un pouvoir civil étant une exigence clé de la contestation après la destitution en avril par l'armée du président Omar el-Bachir. Pour Ahmed Ibrahim, 25 ans, l'accord est une preuve du succès du mouvement de contestation inédit. "La révolution a réussi maintenant et notre pays met un pied sur le chemin qui nous mènera vers un pouvoir civil".

La déclaration constitutionnelle s'ajoute à la déclaration politique convenue le 17 juillet. Toutes deux forment l'accord global dont l'application marquera en principe le début d'une nouvelle ère dans ce pays gouverné d'une main de fer pendant 30 ans par M. Bachir et meurtri par différents conflits. Selon les termes de la déclaration politique, un Conseil souverain composé de cinq militaires et six civils sera chargé de mener, avec un Parlement, la transition pendant un peu plus de trois ans. La déclaration constitutionnelle doit être paraphée dimanche, selon l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.
Des réunions se tiendront ensuite pour régler des détails techniques et discuter d'une cérémonie de signature officielle de l'accord global devant des dignitaires étrangers, a déclaré à la presse Mohamed El Hacen Lebatt, médiateur mauritanien de l'Union africaine (UA).


(Lire aussi : Arrestations au sein d’une puissante force paramilitaire accusée de violences)




"Le sang des martyrs"
Aucune indication n'a été donnée sur le début de la mise en application de l'accord.
Après deux jours de pourparlers à Khartoum entre l'ALC et le Conseil militaire qui a succédé à M. Bachir, "les deux délégations sont tombées pleinement d'accord sur la déclaration constitutionnelle", a dit M. Lebatt.  Le chef du Conseil militaire, le général Abdel Fattah al-Burhane, a salué un "accord longuement attendu", sur Al-Hadath TV.  Selon Ibrahim al-Amin, un leader de la contestation, l'accord de samedi porte sur des "questions sensibles relatives à la sécurité, à l'indépendance de la justice et sur les pouvoirs du gouvernement, de même que sur le Conseil souverain".

Les points en suspens portaient sur les pouvoirs du Conseil, le déploiement des forces de sécurité et l'immunité de généraux impliqués dans la répression, notamment la dispersion meurtrière du sit-in devant le siège de l'armée le 3 juin à Khartoum.
Au moins 127 manifestants avaient alors été tués, selon un comité de médecins proche de la contestation. Une enquête officielle a conclu à l'implication de paramilitaires des redoutées Forces de soutien rapide (RSF), lesquelles ont nié toute responsabilité.
Pendant les célébrations, certains manifestants ont exprimé leur colère en exigeant réparation pour les victimes de la répression qui a fait plus de 250 morts depuis le déclenchement du mouvement en décembre 2018 selon le comité de médecins. 
"C'est bien que nous soyons parvenus à un accord mais il est inacceptable d'oublier le sang des martyrs. Ce sont les martyrs qui nous ont conduits à ce moment crucial", a souligné Mohamed Yassine, 22 ans.


(Lire aussi : Des paramilitaires soudanais impliqués dans la dispersion du sit-in, selon une enquête)



"Juste milieu"
"On ne peut pas continuer à manifester indéfiniment. Il était important de trouver un juste milieu entre toutes les factions", a dit un autre manifestant, Gomaa Hussein, 45 ans.  Madani Abbas, un meneur de la contestation, a assuré que ceux qui ont commis des "violations" lors des manifestations devront rendre des comptes et précisé qu'un "comité d'investigation indépendant" est prévu par la déclaration constitutionnelle.  "Les RSF seront placées sous l'autorité du chef des forces armées", a indiqué un autre leader du mouvement, Monzer Abu al-Mali.

Les pourparlers avaient été repoussés après la mort de six personnes dont quatre lycéens à Al-Obeid (centre) lundi lors d'une manifestation contre les pénuries de pain et de carburants. Jeudi, lors d'un rassemblement réclamant justice pour ces victimes à Omdourman, près de Khartoum, quatre personnes ont été tuées.

Le Conseil militaire a annoncé l'arrestation de 9 paramilitaires des RSF accusés d'implication dans la mort des lycéens. 
Dirigées par Mohammed Hamdan Daglo, numéro deux du Conseil militaire, les RSF étaient un pilier du régime Bachir, avant de contribuer à sa chute. Elles sont accusées de terribles exactions, notamment pendant le conflit du Darfour (ouest) déclenché en 2003.
Déclenché par le triplement du prix du pain le 19 décembre, les manifestations au Soudan s'étaient rapidement transformées en contestation du pouvoir.


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