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Nos lecteurs ont la parole - Par Karim Najjar

Le Grand Liban

De la fumée qui s’élève dans le ciel brumeux, une ambiance lourde, encore plus alourdie par la pollution qui est partout. Les vêtements collent à la peau et les corps souffrent. Le bruit est permanent, grondant, strident, décapant. Il ronge les oreilles des habitants du Liban où qu’ils soient : dans le Nord, dans le Sud, à Beyrouth, à Jounieh. Quoi qu’ils soient : pauvres, riches, classe moyenne.

Du klaxon mélodieux à la trompette assourdissante de certains véhicules, le bruit des générateurs participe solidairement à cette formidable cacophonie nationale.

La politique est raillée, dénoncée, insultée, traînée par terre. Quotidiennement, le peuple invective ses dirigeants, les reproches pleuvent comme les obus pendant la guerre. Tous les jours. Pourtant, la politique gesticule, essaie, tente. Mais la fureur populaire redouble de plus belle. Le divorce est presque prononcé entre le peuple et ses dirigeants. Peut-être que cette défiance généralisée est dans l’air du temps, car on observe la même chose en France.

Les routes sont difficiles, embouteillées, criblées de nids de poule, avec une signalisation balbutiante. Heureusement, il y a le GPS maintenant. On peut mettre 4 heures entre Beyrouth et Tripoli. Tout le monde râle, tout le monde trépigne dans sa voiture.

L’éducation est excellente mais elle saigne abondamment les parents. Et souvent elle reste élitiste.

Ah tiens, il n’y a pas d’électricité. Mais cela n’est pas très grave, elle va bientôt revenir. « Ils ne la coupent pas bien longtemps », me dit Georgette.

Le pays n’est pas riche, même si beaucoup de Libanais sont riches, voire très riches. Près de 33 % de son PIB repose tout de même sur la diaspora. C’est énorme. Mais ce n’est pas Monaco non plus.

Et pourtant… Ce pays accueille des centaines de milliers de migrants. Il les recueille et ne bronche pas. Il les accueille dans ses écoles et ne se plaint pas. Il leur sourit et ne leur en veut pas.

Depuis plusieurs années maintenant, le Liban est le pays qui accueille le plus de réfugiés au monde, proportionnellement à sa population.

Dans un pays où l’État a beaucoup de mal à tenir ses promesses avec les autochtones, on se demande comment il arrive à gérer plus d’un million d’invités sur son territoire. Cela relève de la magie.

C’est oublier que malgré toutes les difficultés, toutes les épreuves, toutes les blessures, le peuple libanais est un peuple qui a du cœur. Beaucoup de cœur. Alors bien sûr, le Libanais roule des mécaniques, se dandine en prétendant le contraire. Il jure la main sur le cœur qu’il est étranger au bon Samaritain. Il fait semblant même d’être raciste car 2-3 énergumènes sont xénophobes.

Le peuple a du cœur, sinon comment pourrait-il accueillir autant de monde dans son jardin ? Le peuple a du cœur car il n’est pas si argenté, et pourtant il tente de faire son possible. Il ne réussit pas toujours, a des actions parfois maladroites, mais l’intention est là. Et le résultat est que malgré certaines tensions sociales, ou quelques accroches, le Liban tient, là où d’autres bien plus riches, mieux organisés avec un État fort, commencent à exploser. Il n’y a qu’à observer la part du vote nationaliste dans les grandes démocraties.

Il est intéressant de comparer avec la France, pays des droits de l’homme et historiquement terre d’asile pour les persécutés. La France n’a accueilli que quelques dizaines de milliers de réfugiés, puis elle a dû limiter cette opération car cela commençait à coincer. Il y a quelques années, un haut responsable français a dit : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Tout est résumé dans cette phrase. En gros, la France a sa part de solidarité sur l’échiquier mondial, mais il faut que cette part soit minime.

Et le Liban ? Sa part est grande, tellement grande. Immense.

Là est la réalité. Implacable. Impossible à nier.

Le Liban est grand. Ne disait-on pas le Grand Liban ?


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

De la fumée qui s’élève dans le ciel brumeux, une ambiance lourde, encore plus alourdie par la pollution qui est partout. Les vêtements collent à la peau et les corps souffrent. Le bruit est permanent, grondant, strident, décapant. Il ronge les oreilles des habitants du Liban où qu’ils soient : dans le Nord, dans le Sud, à Beyrouth, à Jounieh. Quoi qu’ils soient : pauvres, riches, classe moyenne.Du klaxon mélodieux à la trompette assourdissante de certains véhicules, le bruit des générateurs participe solidairement à cette formidable cacophonie nationale.La politique est raillée, dénoncée, insultée, traînée par terre. Quotidiennement, le peuple invective ses dirigeants, les reproches pleuvent comme les obus pendant la guerre. Tous les jours. Pourtant, la politique gesticule, essaie, tente. Mais la...
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