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Économie

Quel impact du conflit en Syrie sur les hydrocarbures ?

Repère
OLJ/Rouba EL-HUSSEINI/AFP
11/07/2019

En Syrie ravagée par plus de huit ans d’une guerre meurtrière, le conflit a coûté des dizaines de milliards de dollars au secteur des hydrocarbures, dans un pays où l’immense majorité des champs pétroliers échappent toujours au régime de Bachar el-Assad.


Qui contrôle les hydrocarbures ?
Les richesses en hydrocarbures sont principalement partagées entre le régime et les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par Washington, qui contrôle les plus grands champs pétroliers du pays. Les FDS contrôlent le champ pétrolier d’al-Omar, le principal, ainsi que ceux d’al-Tanak et de Jafra, dans la province orientale de Deir ez-Zor.

Dans les régions de Hassaké (Nord-Est) et de Raqqa (Nord), ces forces tiennent le champ de Rmeilane et d’autres plus petits. Ils ont aussi le contrôle sur deux champs gaziers à Deir ez-Zor et Hassaké.

De son côté, Damas tient les principaux champs gaziers, notamment celui de Chaer, le plus grand du pays, dans la province centrale de Homs. Le régime syrien contrôle aussi des champs pétroliers, notamment ceux d’al-Ward et de Teïm à Deir ez-Zor, mais aussi à Raqqa et à Homs (centre).


Quelles pertes jusqu’à présent ?
Avant la guerre déclenchée en 2011, les hydrocarbures représentaient l’une des principales sources de revenus des autorités syriennes. En 2010, ils comptaient pour 35 % des exportations et 20 % des recettes publiques, selon le magazine économique en ligne The Syria Report.

Avec le conflit, les infrastructures ont été lourdement endommagées, entraînant parfois un arrêt de la production. Le pouvoir central a perdu le contrôle des principaux champs gaziers et pétroliers, et les puissances occidentales ont imposé des sanctions économiques. Avant le conflit, la production de pétrole brut atteignait les 385 000 barils par jour (bpj) et 21 millions de mètres cubes de gaz.

En 2016, la production avait chuté à un plus bas de 2 000 bpj et 6,5 millions de mètres cubes de gaz, selon le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, Ali Ghanem, cité par les médias officiels.

En 2017, quand le régime a repris aux jihadistes du groupe État islamique (EI) des champs gaziers et pétroliers de Homs, la production dans cette région est montée à environ « 17 millions de mètres cubes de gaz et 24 000 barils de pétrole brut », d’après la même source.

Ces niveaux de production ne répondent pas aux besoins quotidiens de la Syrie, selon M. Ghanem. La production actuelle représente 20 % des besoins du pays en pétrole, et entre 60 et 70 % des besoins en gaz. Très souvent, le régime syrien, acculé, a dû acheter du pétrole à ses rivaux sur le terrain, comme les Kurdes, pour assurer une partie de ses besoins. Au total, depuis le début du conflit, les pertes dans le secteur des hydrocarbures se sont élevées à 74,2 milliards de dollars, selon M. Ghanem.



(Pour mémoire : Syrie : nouvelles mesures gouvernementales pour enrayer la pénurie d'essence)



Quel est l’impact des sanctions ?
Avant le conflit, la Syrie attirait des investissements étrangers dans ce secteur. Avec les sanctions occidentales, les entreprises multinationales ont dû partir. Pour contourner l’impact des sanctions et compenser la chute de sa production, le pouvoir de Damas s’est tourné vers ses alliés.

Une ligne de crédit a été ouverte avec l’Iran pour assurer les besoins pétroliers de la Syrie. Ce soutien a été compliqué par les sanctions américaines contre Téhéran, qui se sont greffées aux sanctions visant la Syrie.

Entre octobre 2018 et début mai, aucun pétrolier iranien n’a pu atteindre le pays, selon le quotidien prorégime al-Watan. De fait, les sanctions contre l’Iran incluent les fournisseurs, les infrastructures pétrolières mais aussi les pétroliers.

Jeudi dernier, un pétrolier iranien, soupçonné de transporter du pétrole pour la Syrie, a ainsi été arraisonné par les autorités de Gibraltar, une semaine après l’arrivée d’un autre navire au port de Banias (Ouest).

Conséquence des sanctions contre l’Iran : les zones gouvernementales ont connu une pénurie de carburants qui s’est accentuée durant l’hiver, contraignant le gouvernement à adopter des mesures d’austérité. Damas accuse aussi l’Égypte d’empêcher les pétroliers en direction de la Syrie d’emprunter le canal de Suez.


Quelles alternatives pour le régime ?
Les champs pétroliers de l’Est syrien étant les plus importants du pays, le pouvoir de Damas est confronté à deux options : une reconquête militaire, ou un accord négocié avec les FDS.

Par le passé, les FDS ont assuré que tout accord avec le régime devrait respecter un partage équitable des richesses pétrolières. Avant la guerre, le brut extrait dans l’Est syrien était transféré dans les deux seules raffineries du pays, à Homs et Banias.

Aujourd’hui, les territoires tenus par les forces kurdes disposent de petites raffineries artisanales pour permettre à ces régions semi-autonomes de répondre à la demande locale. En prenant le contrôle de l’Est syrien, le gouvernement retrouverait « le seuil de suffisance pour tous les produits pétroliers », d’après M. Ghanem.

La question est d’autant plus stratégique que les revenus des hydrocarbures pourraient financer une partie de la reconstruction dans un pays ravagé par la guerre, selon des experts.



Pour mémoire

Syrie : actes de sabotage contre des oléoducs sous-marins, accuse Damas


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HABIBI FRANCAIS

On se demande a quoi sert l axe Teheran Bagdad Damas .....?La Syrie peut s approvisionner en petrole iranien par voie terrestre via l Irak....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES HYDROCARBURES SURTOUT DES NAPPES MARITIMES SONT AUJOURD,HUI AU COEUR DU PROBLEME SYRIEN TOUT COMME DE L,EST MEDITERRANEEN ET REGIONAL EN GENERAL.

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