Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, lors de l’ouverture de la 35e session du comité exécutif de l’Union africaine (UA) au Palais des Congrès de Niamey, le 4 juillet 2019. Photo AFP
L’Union africaine réunie en sommet à Niamey va lancer demain la « phase opérationnelle » de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC), projet phare en vue de l’émancipation économique de l’Afrique qui bénéficie désormais du soutien longtemps désiré de la première économie du continent, le Nigeria.
Les observateurs évoquent toutefois un événement en trompe-l’œil, car d’âpres et longues négociations se poursuivent en coulisses sur la mise en œuvre progressive de la ZLEC, qui pourrait inclure potentiellement 55 pays et 1,2 milliard de personnes, pour un PIB cumulé de plus de 2 500 milliards de dollars.
L’on devrait notamment connaître à Niamey le pays choisi pour accueillir le secrétariat de la ZLEC – le Ghana et Eswatini, entre autres, sont candidats – mais « les négociations sur certains points très importants ne sont pas encore achevées », souligne Trudi Hartzenberg, directrice du Centre juridique sud-africain Tralac, spécialiste des questions commerciales. Elle évoque notamment le calendrier de l’abaissement des droits de douane, attendu pour la mi-2020, les règles permettant d’établir qu’un produit a été fabriqué en Afrique (exemple : un tee-shirt fabriqué au Cambodge et qui se voit apposer une broderie en Namibie ne pourra vraisemblablement pas porter le label « made in Namibia » ?) ou encore les règles de concurrence entre pays et les mécanismes d’arbitrage.
La ZLEC doit favoriser le commerce au sein du continent, attirer des investisseurs et permettre aux pays africains de s’émanciper de l’exploitation des matières premières. L’UA estime que sa mise en œuvre permettra d’augmenter de près de 60 % d’ici à 2022 le commerce intra-africain, alors que les détracteurs du projet évoquent le manque de complémentarité des économies africaines et craignent que des importations bon marché ne sonnent le glas de certains petits producteurs agricoles et industriels. Actuellement, seulement 16 % du commerce des pays africains s’effectuent avec d’autres pays du continent, et ce principalement au sein des groupes économiques régionaux tels que la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), la Cedeao (Communauté économique d’Afrique de l’Ouest) ou l’EAC (Communauté d’Afrique de l’Est). Le commerce intra-européen s’élève à quelque 65 %.
« La mise en œuvre de la ZLEC se fera petit à petit » sur plusieurs années, assure Mme Hartzenberg, expliquant par ailleurs que la réussite de cette zone de libre-échange dépend beaucoup de l’élimination d’obstacles dits « non tarifaires », auxquels la ZLEC entend s’atteler, tels la corruption, la piètre qualité des infrastructures ou le temps d’attente aux frontières.
Dans un rapport publié en avril, le Fonds monétaire international (FMI) soutient qu’« améliorer la logistique commerciale, tels les services douaniers, et régler le problème des mauvaises infrastructures pourraient être jusqu’à quatre fois plus efficaces que la réduction des tarifs douaniers pour favoriser le commerce ».
Protectionnisme
Si 52 pays ont signé l’accord de la ZLEC depuis sa création en juillet 2018, cette dernière ne pouvait entrer en vigueur qu’après ratification de 22 pays au minimum. Ce chiffre a été dépassé, avec actuellement 25 pays signataires dont de nombreux poids lourds du continent comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya ou l’Éthiopie.
Mais le projet souffrait jusqu’il y a peu de l’absence notable de la première économie africaine, le Nigeria et son marché de quelque 190 millions d’habitants. Le Nigeria, dont l’économie repose essentiellement sur les exportations de pétrole, avait encouragé les premières discussions sur la ZLEC au tournant du millénaire. Mais le protectionnisme a pris le pas sur l’ouverture, notamment en raison d’une grave récession en 2016 et 2017.
Les détracteurs nigérians de la ZLEC craignent que l’industrie locale, dont les coûts structurels sont très élevés (manque d’infrastructures, coupures d’électricité, prix des loyers, etc), ne soit plombée par les importations massives. Finalement, la présidence a annoncé mercredi que le traité serait signé lors du sommet de l’UA.
Le but de la ZLEC est dans un premier temps de supprimer les droits de douane pour 90 % des marchandises. Laissés à la discrétion de chaque pays, 7 % seront libéralisés sur une période plus longue, tandis que les trois restants ne le seront pas.
Nicolas DELAUNEY/AFP


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