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Culture - Focus

Sauvage, fable réaliste sur la prostitution masculine

Premier long-métrage du réalisateur français Camille Vidal-Nacquet, « Sauvage » a été projeté au festival al-Fouad à l’Institut français.

Félix Maritaud n’en est pas à son premier rôle sauvage.

Sauvage, premier long-métrage du réalisateur français Camille Vidal-Nacquet, navigue entre fable et réalisme social : Léo, 22 ans, se prostitue. Le prostitué masculin a beau jeu au cinéma et s’y décline en de nombreuses versions. Dans American Gigolo de Paul Schrader, un Richard Gere des années 1980 incarne ledit gigolo, amant de luxe séducteur, narcissique et irrésistible. Dans le drame Macadam Cowboy, réalisé par John Schlesinger en 1969, le prostitué est un jeune cow-boy du Texas, errant et marginalisé. Avec son premier long-métrage Sauvage, projeté lors du festival al-Fouad à l’Institut français, le réalisateur Camille Vidal-Nacquet se rapproche davantage du second film. Pas d’escort ni de cow-boy, mais une prostitution de rue violente et précaire à travers le quotidien de Léo incarné par Félix Maritaud. Le scénario tend parfois vers le réalisme social. Avant de tourner son film, Camille Vidal-Nacquet a rencontré des hommes travaillant au Bois de Boulogne, en faisant du bénévolat pendant environ trois ans dans l’association catholique « Aux captifs la libération ». Les scènes du film s’imprègnent de cette expérience. Elles donnent un aperçu de la précarité et la violence, rejouées dans le Bois de Boulogne.

La fiction prend toutefois le dessus sur la démarche sociologique. « Ce que propose le film, ce n’est pas de comprendre comment ou pourquoi Léo est arrivé là, mais plutôt de vivre avec lui », explique le réalisateur dans le dossier de presse. Le film n’apprend rien de l’histoire de Léo ni de ses origines. Pas même son prénom, qui n’est jamais prononcé pendant le film et qui apparaît seulement dans le texte de présentation.

Le réalisateur s’efforce de gommer tout jugement sur son personnage principal. L’effacement est permis par des dialogues minimalistes et par le jeu de caméra. Elle gravite autour de Léo, souvent en retrait par rapport à lui. Le spectateur le voit la plupart du temps de derrière, des gros plans sur sa tête, des plans moyens sur sa silhouette lorsqu’il marche, partage son ennui dans l’attente d’un client en bord de route. Elle regarde dans la même direction que lui. On le suit dans sa vie quotidienne, déréglée et intense.



Le prostitué plaît au cinéma, pas dans la vie
La violence est partout et à tous les niveaux. Même sans la perversité, les nombreuses scènes de nudité montrent la vulnérabilité, au moins physique, de Léo. Le personnage est hors les lois, y compris celles de la prostitution. Sa naïveté l’apparente parfois à un bon sauvage, pur et innocent. Mais il ne s’agit pas, là, de victimisation : Léo a choisi sa vie.

Au cinéma, le prostitué plaît. Un trait commun entre l’American Gigolo de Schrader, le Macadam Cowboy de Schlesinger et le Sauvage de Vidal-Nacquet est le succès qu’ils empochent. Un Golden Globe (pour la bande-son, en 1980) pour le gigolo qui donne son premier rôle principal à la star Richard Gere. Trois Oscars en 1970 pour le Cowboy, bien que classé X. Le garçon sauvage de Vidal-Nacquet s’en tire presque humblement à côté avec son Prix de la révélation pour Félix Maritaud à Cannes 2018 et sa sélection aux Césars 2019. L’acteur avait déjà connu le succès avec son rôle secondaire dans 120 battements par minute, de Robin Campillo.

Mais dans la vie, le prostitué plaît moins. Il choque encore, et les tabous sont nombreux. Pourtant, le métier est millénaire. L’American Gigolo de Richard Gere serait aujourd’hui un septuagénaire grisonnant (empâté ou sémillant ?) plutôt qu’un trentenaire ténébreux.

Sauvage, premier long-métrage du réalisateur français Camille Vidal-Nacquet, navigue entre fable et réalisme social : Léo, 22 ans, se prostitue. Le prostitué masculin a beau jeu au cinéma et s’y décline en de nombreuses versions. Dans American Gigolo de Paul Schrader, un Richard Gere des années 1980 incarne ledit gigolo, amant de luxe séducteur, narcissique et irrésistible. Dans...
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