Un mélange détonant qui fait la joie des plaisantins. Jalouse, acariâtre, hostile, rancunière et rarement satisfaite des choix matrimoniaux de ses enfants, la belle-mère est jetée en pâture aux piques des ironistes. Feu Riad Charara, présentateur mythique de la télévision libanaise des années 70-80, en avait fait son cheval de bataille. La belle-mère mérite-t-elle tous les qualificatifs dont on l’affuble ? Pourtant, avec le mot « belle » accolé à « mère », il ne s’agit nullement de beauté, mais « d’un terme d’affection » (dixit le dico). Mais ce terme de tendre sentiment a été détourné de son sens véritable pour devenir un processus morbide, une affection virale dont on fait des gorges chaudes dans les soirées débridées.
Mais ELLE... Elle ? Elle, elle a détrompé les clichés et cassé la boucle. Acariâtre, hostile et rancunière ? Détestable et à fuir ? Elle ? Elle l’altruiste, la généreuse, l’indulgente, la serviable, la spirituelle qui semait la joie autour d’elle avec tant de bonté et de désintéressement ? « Nul ne mérite d’être loué de bonté s’il n’a pas la force d’être méchant. » Pauvre Chateaubriand. S’il avait connu Nelly Haddad Béchara, il n’aurait pas énoncé cet étrange aphorisme. Tout « vicomte de » qu’il était, il a beaucoup raté le François René de n’avoir pas, bébé, enfant, adolescent et même adulte, croisé le chemin achrafiote de Nelly, ne serait-ce qu’une unique fois. Car lui qui a connu un temps la misère aurait été happé à vie par elle, comme tous les enfants du quartier. Il aurait eu en permanence un sandwich et des sucreries à la main, aurait fait tous les parcs d’attraction de la terre, aurait reçu des cadeaux inattendus. Il aurait assisté, médusé, à la noria des Tupperware, actionnée à partir de son balcon du troisième pour nourrir tous les chats du voisinage. Assis avec les propres enfants de Nelly et tout habitant curieux du quartier, dans un cocon enchanteur où les gâteries n’étaient jamais de trop, il aurait chanté les airs les plus beaux, écouté toutes les histoires que racontent les livres, où le merveilleux le disputait au cocasse grâce aux simagrées d’une Nelly luronne à souhait... Et « Le mal du siècle » n’aurait jamais effleuré sa pensée. La mélancolie non plus. Et surtout, surtout, il n’aurait trouvé aucun brin de méchanceté dans le cœur brûlant d’amour de Nelly.
Un beau-fils chanceux,
mais fortement attristé
Ce texte est le courrier d'un lecteur. A ce titre, il n'engage que son auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue de L'Orient-Le Jour.

