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Liban

One Hand Puppet, un atelier de marionnettes au cœur de Chatila

Réfugiés

Enfants et adolescents créent des textes et inventent des personnages pour adoucir leur quotidien.


21/06/2019

Des marionnettes multicolores fabriquées à la main, des masques en papier mâché affichant diverses expressions et des dessins soignés d’enfants sont collés aux murs. L’atelier de l’association palestinienn Najda Now, où des enfants et des adolescents âgés entre 8 et 15 ans se forment dans le cadre d’une troupe baptisée « One Hand Puppet », tranche avec la façade grise et sale du bâtiment qui l’abrite au cœur du camp palestinien de Chatila. Un camp qui constitue, comme une balafre dans la ville, l’un des plus importants bidonvilles de Beyrouth.

Maryam Samaan, diplômée en arts plastiques de l’université de Renne et ayant suivi des études de théâtre à l’université de Damas, s’emploie depuis six ans à enseigner aux enfants à fabriquer et manipuler des marionnettes.

Tous les jours, sauf le vendredi, des enfants viennent dessiner, apprendre à créer des marionnettes et inventer des textes et des personnages. Des exercices physiques, notamment d’assouplissement, de rythmique et de respiration sont aussi au programme.

Moayad, 13 ans, manipule deux marionnettes, l’une qui porte son nom et une autre baptisée « le professeur », un inventeur savant, explique-t-il. Amani, elle aussi 13 ans, vient, quant à elle, d’inventer le personnage d’Oum Saïd, une femme pessimiste qui trouve toujours à redire, quelle que soit la situation.

Moayad et Amani viennent tous deux de Syrie et sont arrivés au Liban, chacun avec sa famille, au début de la guerre. Les activités de One Hand Puppet leur ont permis d’évoluer et de s’extraire, quelques heures par jour, de leur quotidien de réfugiés. Pour Moayad, les heures passées à l’atelier constituent « le plus beau moment de (s)a journée ». « L’atelier m’a permis d’avoir confiance en moi-même et d’être plus positive », confie, pour sa part, Amani.

« Nous avons utilisé l’art comme une thérapie. La majorité des enfants avec lesquels nous travaillons actuellement sont avec nous depuis six ans. D’autres, plus jeunes, viennent pour dessiner », explique Maryam Samaan, 35 ans. « À travers les marionnettes, ils sont encouragés à parler de leurs problèmes et traumatismes. Souvent, ils se projettent dans la première marionnette qu’ils fabriquent. Ensuite, nous les aidons à élaborer d’autres personnages », explique la jeune femme née à Damas de père palestinien et de mère syrienne.


Tournesol et al-Madina

Il y a six ans, les enfants qui se rendaient aux ateliers de marionnettes de Najda Now étaient libanais, palestiniens et syriens. Aujourd’hui, ils ne sont plus que des Syriens à suivre les cours de l’atelier presque tous les jours. Ces enfants, privés pour la plupart de l’école officielle, ont un besoin pressant de ces ateliers pour s’épanouir.

« Nous effectuons un travail vraiment sérieux, nous produirons prochainement un spectacle au théâtre al-Madina. Au printemps dernier, nous avons déjà organisé une exposition au théâtre Tournesol », explique Maryam Samaan. Parmi les objets vendus figurent des cartes postales, dont les couleurs respirent le bonheur, dessinées par les petits réfugiés. L’argent collecté lors de cette exposition, tout comme lors des événements précédents, à servi à lever des fonds pour la troupe One Hand Puppet.

Maryam Samaan a passé toute sa vie à Damas avant de partir en France quand la guerre a touché la Syrie, puis de venir s’installer au Liban. « Quand nous avons commencé le travail, nous avons bénéficié de fonds de donateurs étrangers. Puis les aides se sont arrêtées. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés de travailler, même sans être payés en retour. Puis nous avons bénéficié du soutien financier de diverses institutions, notamment du British Council et de la Fondation de France », dit-elle.

Maryam Samaan a donc effectué, durant de longs mois, un travail totalement bénévole. « Je ne pouvais pas quitter ces enfants. Pour moi, garder l’atelier ouvert était une mission. Comme ces enfants, moi aussi je suis une réfugiée », dit-elle, poursuivant : « Quand je pense à Damas, je sens que tout me manque, ses rues, ses habitants et les gens que j’aime qui vivent encore là-bas. »

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