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La Dernière

Hermès au pôle Nord « à la poursuite des rêves »

La Mode

« Ouvrir le champ de l’imaginaire qui stimule la création » : voilà bien une consigne administrative que seule oserait Hermès, maison pour laquelle qualité et raffinement sont au-dessus de toute considération. Sous la houlette de son directeur artistique Pierre Alexis Dumas, l’entreprise place l’année 2019 sous le vocable des rêves et nous entraîne à leur poursuite... aux confins de la Norvège.

19/06/2019
Énigmatiques, les recommandations se limitaient à une panoplie de vêtements chauds, voire très chauds. La fête de son thème annuel que célèbre Hermès tous les mois de juin est toujours entourée d’un épais secret et le lieu ne s’en révèle qu’à l’arrivée. Aussi, dès l’aéroport où la destination du vol elle-même est bipée, où l’avion décoré d’étoiles n’a pas d’autre nom qu’un mystérieux « À la poursuite des rêves », un sentiment d’irréalité enveloppe les participants. À bord, des livres d’auteurs scandinaves posés sur chaque siège donnent un premier indice.

À quelque 4 heures de Paris commencent à se révéler, entre émeraude et turquoise, des fjords septentrionaux sur les sommets desquels persiste une récente neige d’été. Ceux qui plaisantaient en annonçant qu’on allait à la plage n’avaient pas tout à fait tort. Il est 19h et déjà par le hublot s’enflamment dans une lumière d’aurore les vitraux de la célèbre cathédrale de Tromso, conçue en 1965 par l’architecte Jan Inge Hovig. À 70°, au-dessus du cercle arctique, la ville norvégienne ne nous accueillera que le temps de nous rhabiller. Cinq épaisseurs de laine et de plumes plus tard, le groupe se rassemble sur un quai où s’élèvent, joués par un trio de druides lithuanien, les vibrations ligneuses d’étranges instruments à vent. Comme naviguant sur l’écho de ces cornes de brume, un bateau conduit l’expédition vers Musvaer, petit lagon au nord de la mer de Norvège. Sur cet archipel vit la sixième génération d’une famille d’agriculteurs, propriétaire et gardienne d’un paradis dont elle s’efforce de préserver l’écosystème. Les sentiers sont balisés. La végétation qui a émergé du dégel, pour abondante, ne durera pas au-delà du mois d’août. Éphémère, elle servira de fourrage aux animaux de la ferme tout au long du très long hiver. Aussi, s’abstient-on de sortir des sentiers battus tandis qu’un ensemble de bagpipers scandinaves rythme la marche de la cordée vers une plage du bout du monde. Là se dresse une tente qui accueillera le groupe pour le dîner. Il est déjà minuit et le ciel tout entier se reflète dans l’eau limpide du lagon, tandis que le Soleil irradie la frange des îles. Il ne se couchera plus. Des feux ont été allumés sur la plage. Le sable est blanc et doux, parsemé de coquillages de toutes nuances. Qu’on se penche pour les ramasser, on reçoit une vision étrange : ce n’est pas du sable mais une myriade de coraux minuscules ramenés sur ces bords par l’inlassable et doux mouvement des vagues. Pierre Alexis Dumas, à moitié grec par sa mère l’architecte Rena Grégoriadès, observe, rêveur, ces paysages où se révèle à lui une véritable « Grèce du Nord ».


Sous le Soleil d’une nuit polaire

Le dîner servi sous les tentes est une symphonie de saveurs accordée par Heidi Bjerkan, chef du Credo, restaurant de Trondheim qui vient de recevoir sa première étoile Michelin. Les produits proviennent de la ferme de Musvaer et de la mer de Norvège, algues comprises.

On poussera plus loin par le même bateau. On marchera à travers l’île de Sandoya jusqu’au bout de la nuit qui ne viendra pas. Sous les pas des randonneurs, une végétation surprenante donne par son incroyable variété l’illusion d’une forêt lilliputienne, telle qu’en verrait en vol une oie sauvage. Une vague sonore marque le premier arrêt. C’est le compositeur et multi-instrumentiste Loup Barrow qui joue dans le grand silence polaire sur un Cristal Baschet. Même les oiseaux se sont tus. Seule la pluie accompagne les ondulations du verre. On est déjà aux petites heures de l’aube, mais dans le ciel, se consume encore une tendre lumière diurne. Au fil de la marche, on croisera une sirène dont la queue semble formée de roches empilées. Elle inspire l’air glacé et en exhale une douce et poignante mélopée. Elle s’appelle Sigrun. Compositrice et vocaliste, elle a notamment accompagné les spectacles de Björk et de Florence and the Machine. C’est sur la vague de sa voix que l’expédition se dirige vers un dernier arrêt, dernier regard sur ce monde en marge du monde, autour de feux où grille le petit déjeuner. Rafael Sotomayor et Kate Stone accompagnent au Handpan le lever du jour, à peine une nouvelle nuance d’or à l’horizon qui ne verra plus la nuit avant six mois.

Sur le bateau du retour, grisé de fatigue et de manque de sommeil, on redécouvre, serrée au fond d’une poche de l’épaisse doudoune, une poignée de sable arctique qui n’est pas du sable. Dans l’autre poche, quelques fleurs inconnues dans les plis d’un mouchoir. Lovés au creux de la main, ces souvenirs sont les seules preuves de ce que l’œil a cru voir et qui dans un instant aura disparu. Ainsi du rêve, cet insaisissable sur lequel Hermès a bâti sa culture, préférant l’ineffable au clinquant, et le savoir-faire de la main aux richesses du monde.


Pour mémoire

Le Saut Hermès 2019 sous le signe du rêve

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