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Liban

Le ministre hongrois de la Justice à « L’OLJ » : L’Europe doit s’ouvrir davantage à ses voisins

Interview

« Je veux pousser les décideurs de l’UE à aider ses pays voisins (dont le Liban) face aux difficultés liées à la justice », affirme le ministre hongrois de la Justice en visite à Beyrouth pour préparer un congrès judiciaire à Budapest, le 20 juin.

Claude ASSAF | OLJ
11/06/2019

Le ministre hongrois de la Justice, László Trócsányi, est de passage au Liban pour une visite de trois jours qui s’achève aujourd’hui. L’Orient-Le Jour l’a rencontré hier dans un hôtel beyrouthin, alors qu’il rentrait du palais de Baabda, arborant fièrement à sa boutonnière l’insigne de l’ordre du Cèdre que le président de la République, Michel Aoun, venait de lui remettre. La réunion avec le chef de l’État, tenue en présence de l’ambassadeur hongrois Géza Mihályi, d’Albert Serhane et de Salim Jreissati, respectivement nouveau et ancien ministres de la Justice, ainsi que de Jean Fahd, président du Conseil supérieur de la magistrature, a été axée sur des questions en rapport avec la coopération bilatérale dans le domaine de la justice.

Lors de son interview accordée à L’Orient-Le Jour, László Trócsányi a indiqué d’emblée qu’il en est à sa quatrième visite à Beyrouth, rappelant avoir conclu, lors de son dernier passage, un protocole d’entente avec Salim Jreissati, alors ministre de la Justice, et affirmant par ailleurs avoir informé hier Albert Serhane des préparatifs du congrès judiciaire prévu le 20 juin à Budapest, auquel MM. Serhane et Fahd sont conviés.

Évoquant le thème du congrès, le ministre hongrois affirme qu’ « il s’inscrit dans une politique d’ouverture visant à identifier et régler les problèmes liés à la justice dans chacun des pays voisins de l’Europe ». Il indique dans ce cadre qu’outre le Liban, le congrès verra la participation du Maroc, de la Tunisie, la Géorgie, la Bosnie-Herzégovine, la Moldavie et l’Ukraine, représentés par leur ministre de la Justice.

« L’idée est de discuter ouvertement des problèmes spécifiques à chaque État et de rédiger une déclaration sur les défis judiciaires et les moyens de les affronter, en vue de faire adopter cette déclaration par l’Union européenne, explique-t-il. Nous pensons que l’UE n’a pas à s’enfermer dans sa tour d’ivoire et devrait s’ouvrir davantage aux pays situés au sud et à l’est de l’Europe, concernés par sa politique de voisinage, et où la justice pâtit de difficultés », martèle M.Trócsányi, citant comme exemple « les problèmes du Liban liés à l’impact de l’immigration sur la justice, notamment au plan de la multiplication des cas présentés devant les tribunaux ». Le ministre ne manque pas d’affirmer au passage que son pays « respecte l’identité libanaise et connaît les conséquences judiciaires et économiques générées par la pression migratoire », soulignant qu’« il cherche à transmettre à l’Union européenne les points de vue du gouvernement libanais à ce sujet ».

Revenant à la question de l’aide de l’UE à la réforme de la justice dans l’ensemble des États concernés, le ministre souhaite que l’Europe consacre un budget pour l’amélioration du système de justice. « En tant que député européen et candidat de mon gouvernement au poste de commissaire européen à la Politique de voisinage et de l’élargissement, je veux sensibiliser les décideurs de l’Union européenne en les convainquant de la nécessité d’aider les pays voisins à consolider leur système judiciaire », insiste-t-il.


Formation et digitalisation

Par ailleurs, László Trócsányi voudrait que le programme d’aide du gouvernement hongrois (Hungary Helps) finançant la rénovation de 33 églises au Liban puisse s’étendre également à la justice libanaise, notamment au plan de la digitalisation ainsi que de la formation des magistrats. La numérisation concerne l’envoi de documents par internet, ainsi que la tenue d’audiences à distance, par exemple à partir de prisons ou de villes lointaines. Quant à la formation des juges, le ministre hongrois affirme que son pays « peut former les magistrats à l’étude des législations, jurisprudences et pratiques européennes, ainsi qu’à la connaissance des normes internationales adoptées face à l’immigration et au terrorisme », d’autant, dit-il, qu’« on assiste actuellement à une internationalisation de la justice ».

En attendant que les échanges se concrétisent davantage entre les deux gouvernements, la coopération se fait au niveau académique, à travers un partenariat avec l’Université Saint-Joseph, dont quinze étudiants ont rejoint les bancs de l’Université de Szeged, et avec laquelle des colloques et conférences sont organisés autour de l’indépendance de la justice.

Lorsqu’on lui dit que d’aucuns mettent en doute l’indépendance de la justice en Hongrie, M. Trócsányi affirme que « certes, c’est le président de la République qui nomme les magistrats, mais son pouvoir est purement symbolique ». « Deux organes, l’Office national de la justice (dont le président est élu par le Parlement) et le Conseil national de la justice (dont le ministre de la Justice est membre mais n’a pas un droit de vote), sont chargés de cette désignation », explique-t-il, soulignant que « le chef de l’État signe les listes de noms et postes qui lui sont soumises par ces instances sans que pour autant il puisse s’y opposer ».


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