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Culture

Gaza : le quotidien de ses habitants vu autrement

Documentaire

« Nous ne sommes ni des politiciens ni des militants », estiment les réalisateurs irlandais Garry Kean et Andrew McConnell. Leur film « Gaza » est pourtant autant un documentaire qu’un plaidoyer esthétique en faveur de la population palestinienne de Gaza.


04/06/2019

« C’est une région méditerranéenne, le climat est doux, la population est chaleureuse et accueillante » : le réalisateur irlandais Garry Kean parle de la bande de Gaza, 1,9 million d’habitants sur 41 km de long et 6 à 12 km de large, et 70 ans de conflits avec Israël. Dans leur documentaire Gaza, sorti en 2019, son compatriote Andrew McConnell et lui ont choisi de montrer le quotidien des Gazaouis à travers une esthétique soignée. Elle rompt avec les images de guerre caméra au poing, souvent tremblantes et de mauvaise qualité, habituellement diffusées par les médias. « Nous voulions faire un film de cinéma, pour montrer Gaza comme elle ne l’a jamais été », explique Andrew McConnell, lors d’une conférence organisée après la projection du film au cinéma Métropolis à Beyrouth.

La carrière de photographe reporter d’Andrew McConnell transparaît dans les plans travaillés de Gaza : couchers de soleil sur la plage, plongées au-dessus de la ville, travellings au ralenti dans les rues chaotiques et bondées ou dans une fête. La musique, une partition pour orchestre composée spécialement pour le film par le Canadien Ray Fabi, participe aussi à l’esthétique léchée.

Leur film est loin d’idéaliser la situation à Gaza. Kean et McConnell montrent les conflits à la frontière avec Israël, les bombardements. Ils donnent surtout la parole aux Gazaouis pour exprimer leur souffrance et leur frustration. Se constitue une mosaïque à travers des parcours très différents : d’Ahmad, adolescent issu d’une famille de pêcheurs comptant 40 enfants, à Karma, lycéenne d’une famille aisée rêvant d’étudier à l’étranger, en passant par un chauffeur de taxi, un vieux tailleur, un rappeur, un ambulancier ou encore un directeur de théâtre.

McConnell et Kean les ont rencontrés et filmés pendant cinq ans, de 2014 à 2018. Tous deux avaient déjà travaillé dans la région. Pourquoi deux Irlandais s’intéressent-ils d’aussi près à la bande de Gaza ? « Il y a une connexion entre Gaza et le peuple irlandais : nous partageons l’expérience de l’occupation », répond Garry Kean.

Gaza est une « prison à ciel ouvert » pour tous. Le territoire est pauvre, surpeuplé et pollué. Selon l’ONU, Gaza serait invivable en 2020, du fait des pénuries d’électricité, de nourriture, d’eau provoquées par le blocus israélien. La caméra se faufile dans les rues bondées et jonchées de déchets, entre les bâtiments effondrés, les carcasses de voitures.

Dix ans après le retrait d’Israël et la prise de pouvoir du Hamas, la détérioration de la situation politique interne a compliqué le tournage : « Au début, travailler à Gaza était facile, raconte Andrew McConnell. Mais l’année dernière, le Hamas est devenu de plus en plus suspicieux, presque paranoïaque. Nous avons même été arrêtés une fois, notre matériel confisqué et nous avons été assignés à résidence pendant trois jours. »

Tensions depuis l’intérieur et l’extérieur : le chauffeur de taxi confie sa « peur permanente » d’un conflit imminent avec Israël. La semaine dernière, de nouveaux affrontements ont justement fait 25 morts côté palestinien et 4 côté israélien. Réaction à la violence omniprésente : « Je suis en colère contre toutes les personnes qui respirent. Sauf les Palestiniens », partage Ibrahim, médecin.

Le geste des réalisateurs semble aussi à semi-désespéré. Garry Kean parle explicitement de sa « perte d’espoir » face à l’« indifférence de la communauté internationale » : « Personne ne s’intéresse à Gaza, personne n’a envie que les choses changent. » Andrew McConnell et lui parviennent difficilement à faire distribuer le film. Malgré la sélection de Gaza au Festival du film de Sundance, le principal festival américain et mondial du cinéma indépendant, « nous n’avons pas trouvé de distributeur aux États-Unis ». « Les portes se ferment lorsqu’on aborde le sujet de Gaza », dénoncent-ils. Quand elles ne se ferment pas, elles doivent être bien gardées : lors de la projection au festival de Sundance, des membres de la sécurité ont été mobilisés pour surveiller l’entrée de la salle, par crainte de débordements.

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