Le patriarche Sfeir n’est pas mort, l’imam Ouzaï n’est pas mort et Ibn Arabi n’est pas mort, et ils ne mourront jamais. Toutes ces personnalités religieuses et morales resteront présentes dans la mémoire collective et resteront des modèles à suivre contre le mal qui règne au Liban ces jours-ci.
Le patriarche Sfeir était un ambassadeur et le chef de l’armée de la vertu quand les chrétiens avaient abandonné leur religion lors de la guerre palestinienne islamo-chrétienne. Quand elle est passée par Jounieh et Ouyoun al-Simane, cette guerre était la dernière lueur d’espoir de récupérer la Palestine et a laissé derrière elle une mécréance, toujours persistante, à l’égard des religions chrétienne et musulmane. Cette mécréance à l’égard des religions, du Liban et des mœurs ne cesse de se propager de même que les démons qui sèment le mal sous des slogans de changement et de réforme !
Le patriarche Sfeir ne nous laissera pas car le jour où il le fera, le vrai sens du Liban mourra. Il a une armée d’anges qui sèment l’amour et l’intégrité même s’ils sont marginalisés ces jours-ci ! Avant la guerre libano-palestinienne, le Liban était gouverné non par des anges, mais par des hommes vertueux et intègres comme Hamid Frangié, Raymond Eddé, Adel Osseirane, Riad el-Solh, Camille Chamoun, Fouad Chéhab et Saëb Salam (en plus d’importants cadres administratifs tels que Élias Sarkis, Chafik Moharram et Génadry, etc.). De nos jours, le Liban est gouverné par une classe totalement différente aux niveaux intellectuel, moral et culturel, une classe qui ne cesse de prouver qu’elle est démoniaque et arbitraire, et chaque mot qu’elle dit est mêlé de poison !
Les musulmans avaient un imam qui croyait aux mêmes sujets auxquels croyait le patriarche Sfeir : c’est Ibn Arabi qui expliquait aux gens le sens de l’amour en islam et que Dieu, en islam, est l’amour ! Ses poèmes sont éternels, connus par toutes les générations du monde arabe, même chantés par Oum Kalsoum, mais la politique et la doctrine de Mou’awiya qui a laissé la politique prévaloir sur l’islam ont fini par tuer Ibn Arabi !
Les musulmans avaient l’imam al-Ouzaï qui a affronté les Abbassides, protégeant les chrétiens et propageant l’amour, la liberté et la crainte de Dieu. Mais quand l’islam s’est transformé en un islam politique, il a fermé les yeux sur al-Ouzaï, Ibn Arabi, Ibn Rouchd et tous les imams qui, si leur courant avait prévalu sur la politique, le monde musulman ne serait pas devenu le monde « Daechi » que nous connaissons aujourd’hui, mais il aurait toujours été celui de l’amour et de la liberté.
Le patriarche Sfeir, tout comme Ibn Arabi, al-Ouzaï et tous ceux qui professent l’intégrité, la liberté, la vertu, la crainte de Dieu et l’amour, étaient tous le patrimoine des civilisations qui ne peuvent vivre sans eux et sans leur mémoire ! Le patriarche Sfeir a vécu et professé l’amour, l’entente et la tolérance lors de l’étape la plus difficile de la guerre civile libanaise dont les organisations palestiniennes ont été la cause première. Chaque fois que le feu de la sédition, de la rancune et de la haine était allumé, il l’éteignait par la foi, l’amour et la tolérance !
Le patriarche Sfeir a bravé les épées de la haine et les massacres moyennant l’amour, le pardon et la tolérance, et il était plus fort que les milices et les bandes car la foi, la tolérance et l’amour sont beaucoup plus forts que la rancune et la haine. Et il a réussi à s’opposer au fanatisme et aux fanatiques et à tous ceux qui essayaient de vendre leur patrie.
Lors de la guerre libanaise, l’administration américaine a adopté le patriarche Sfeir comme négociateur chrétien principal après le vide présidentiel. Ainsi, les initiatives américaines passèrent automatiquement par le siège patriarcal maronite avant d’être présentées à tous les pouvoirs politiques et militaires chrétiens. Ces initiatives se résumaient par la politique et les idées du patriarche Sfeir qui a raconté aux députés chrétiens, lors d’une réunion à Bkerké, la fable intitulée Le chêne et le roseau, écrite par Jean de La Fontaine, dont la morale est que le roseau a plié mais ne s’est pas rompu quand la tempête a fait rage alors que le chêne s’est vu déraciner par le vent.
Il a fait face aux ouragans et aux tempêtes en appelant les parties à faire preuve de souplesse et de flexibilité, et il a de même fait face aux critiques formulées contre lui.
Le rédacteur en chef du journal an-Nahar al-Arabi wal Dawli, Gebran Tuéni, a écrit un article intitulé « Une question à Sa Béatitude » paru dans le numéro daté du 10 octobre 1988, dans lequel figure ce qui suit : « Afin de ne pas pleurer sur les ruines de la patrie (…) il est interdit que nous ne soyons pas unis dans notre position concernant le général Aoun et la légitimité du gouvernement aouniste. Que Sa Béatitude le patriarche Sfeir nous permette de l’interroger sur la raison pour laquelle il hésite à donner son accord sur le gouvernement du général Aoun (…) et nous demandons à ceux qui hésitent dans nos rangs quelle est leur opinion sur la position du mufti de la République qui est du côté de Hoss et de son parti et qui les considère comme la légitimité même. » Tuéni a aussi expliqué en détail la position du vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Mohammad Mahdi Chamseddine, avant de terminer en disant que le patriarche maronite doit suivre l’exemple des clergés musulmans et soutenir le gouvernement présidé par un maronite. Le patriarche Sfeir ne l’a jamais fait et s’y est opposé toute sa vie !
Il demandait l’assistance du Vatican chaque fois qu’il était confronté aux milices. Quand il a été informé de la tentative de son assassinat, il répondit, avec beaucoup de courage et de patriotisme, en disant à toutes les milices chrétiennes que « la position de Bkerké est celle du Vatican. Nous sommes contre la division du Liban et avec l’élection d’un président de la République et le rétablissement des institutions étatiques ». Il s’est tourné après vers Samir Geagea pour lui dire ce qui suit : « C’est toi qui sera responsable de tout ce qui se passera lors de la manifestation qui aura lieu demain à Bkerké. »
Il a toujours défendu ses idées et ses convictions avec courage et n’a jamais eu peur de la mort même quand il a été agressé au siège patriarcal ! Alors que des jeunes manifestaient contre l’accord de Taëf dans la cour de Bkerké, où leurs représentants tenaient une réunion avec le patriarche Sfeir, il fut agressé par des « polissons », un événement sans précédent dans l’histoire maronite. Mais il n’a pas cédé à leurs menaces et n’a cessé de défendre sa position.
Ni les maronites ni le clergé n’ont connu une personne aussi audacieuse et humble.
Être libanais ne le fatiguait pas, mais il refusait que le fait d’être libanais soit une malédiction et une punition. Quand il regardait la carte du Liban, il trouvait que nous étions tous des étrangers.
Ses mots retentissaient partout et il ne cachait pas sa condamnation et son refus de la carte du Liban de la guerre qui n’était que barrages, postes de police et chiens. Et le peuple, quant à lui, était ou bien une brebis abattue ou bien un boucher.
Il était le seul chevalier dans une époque où les chevaliers étaient en congé. Il était tel qu’un Gibran Khalil Gibran dans tout ce qu’il disait et dans ses positions et n’a jamais eu peur de qui que ce soit !
Il a toujours refusé que le Liban soit un outil militaire ou une source d’argent pour les riches. Il était aimable et pour lui, le Liban était un théâtre humain où les gens riaient, pleuraient, s’ennuyaient, se disputaient, s’aimaient, se haïssaient et priaient. Il n’a jamais accepté l’idée que le Liban soit le berceau du fanatisme, de la haine et de la rancune.
Le patriarche Sfeir était un événement moderne sur lequel la mort n’a aucun effet. Il n’était pas un événement ordinaire comme tous les patriarches qui sont oubliés une fois qu’ils meurent! C’est pour cela que son souvenir restera à jamais gravé dans nos mémoires, et aussi longtemps que ses idées et convictions restent vivantes dans nos esprits. C’est ainsi que le Liban restera vivant.
L’animosité de Abdel Halim Khaddam a atteint un niveau si extrême qu’il a menacé le patriarche Sfeir « de charger une personne de confession maronite de l’agresser ». Cela a été relaté par l’ancien député Boutros Harb, le 2 décembre 1993, après son retour de Damas où le vice-président syrien était très irrité par les positions du patriarche Sfeir, considérant qu’« il faut qu’il reste dans son couvent et qu’il ne se mêle pas de politique », tout en ajoutant qu’« il n’a rien à voir avec la politique » (76 – Patriarche émérite Nasrallah Boutros Sfeir – Volume 2).
Où es-tu Abdel Halim Khaddam pour qui les portes de l’enfer se sont ouvertes ?
Et où est le saint patriarche Sfeir pour qui les portes du paradis se sont ouvertes ?
Avocat


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