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Moyen Orient et Monde

Conforté par ses soutiens extérieurs, Haftar pense avoir les mains libres pour prendre Tripoli

Interview express
26/04/2019

Arturo Varvelli, expert de la Libye au sein de l’ISPI (Institut pour les études des politiques internationales) répond aux questions de L’Orient-Le-Jour sur le soutien des puissances étrangères au maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est de la Libye.


Quels pays soutiennent Haftar dans son offensive contre Tripoli ?
Le maréchal Haftar profite de soutiens financiers des Émirats arabes unis et aussi probablement de l’Arabie saoudite. Il est aussi aidé militairement par la Russie, notamment par la présence du groupe paramilitaire Wagner en Libye. Il est aussi soutenu politiquement par la France, qui met certainement ses services de renseignements à disposition. Le maréchal Haftar sait parfaitement qu’il peut agir librement, sans contraintes des pays extérieurs. L’ONU et la communauté internationale apportent un soutien faible, derrière les déclarations de façade, à Fayez Sarraj, le chef du gouvernement d’union nationale (GNA). Quant aux États-Unis, ils observent la situation de loin, au moins depuis que Donald Trump est président. Concernant l’Union européenne, son premier communiqué n’a même pas mentionné le nom de Haftar. Elle a simplement condamné la flambée de violence près de ses frontières et appelé « toutes les parties concernées » à honorer leurs engagements. M. Haftar a sûrement été conforté par les soutiens extérieurs qu’il a acquis lors de ses dernières rencontres et pense qu’il a les mains libres pour pouvoir prendre Tripoli.


(Lire aussi : Le pari contrarié d’Emmanuel Macron)


Quelles sont leurs motivations ?
Khalifa Haftar correspond à de nombreux intérêts pour les puissances étrangères. Tout d’abord, le premier objectif des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte est de combattre les mouvances islamistes, comme les Frères musulmans, qui bénéficient de la protection du Qatar et de la Turquie. La propagande de Haftar le présente comme le libérateur combattant les terroristes et autres milices dans la capitale. Il voulait probablement entrer dans Tripoli comme le sauveur de la nation, estimant la population usée par le chaos plus encline à le soutenir. La France, malgré un soutien officiel à la médiation de l’ONU, appuie Haftar pour démontrer la volonté française de combattre l’islam radical après les attaques commises sur son territoire par des individus affiliés à l’État islamique. Elle soutient aussi le maréchal car celui-ci contrôle la Cyrénaïque, dans l’est de la Libye, très riche en gisements pétroliers. Concernant la Russie, il faut comprendre ses intérêts dans une stratégie plus globale. Après son intervention en Syrie, le Kremlin a progressivement étendu son influence diplomatique, s’établissant comme médiateur des conflits au Moyen-Orient. Moscou a ainsi développé des relations avec Haftar, perçu comme « l’homme fort », afin de renforcer son poids diplomatique. Le principal objectif de Moscou est d’établir une « paix russe » au Moyen-Orient, alternative à celle proposée par les puissances occidentales. La Libye fait partie de cette stratégie.


(Lire aussi : Dans l'ouest de la Libye, des anti-Haftar se battent contre un "nouveau Kadhafi")


Haftar peut-il prendre Tripoli ?
Si Haftar peut montrer qu’il est suffisamment armé, il pourra dissuader les autres groupes armés de le combattre et même les rallier à sa cause. Mais actuellement, il n’a pas les capacités militaires suffisantes pour prendre Tripoli en combattant. Le moment de prendre la ville n’est pas encore arrivé. Il sera difficile de prendre Tripoli tant que la milice de Misrata et les autres milices seront prêtes à la défendre. Il lui a fallu des années pour prendre Benghazi et il a déjà enregistré des pertes juste en s’attaquant aux banlieues de Tripoli. Avec le temps, il bénéficiera de ses soutiens extérieurs et du climat général d’apaisement.



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