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Libye

Le pari contrarié d’Emmanuel Macron

Le Premier ministre libyen, Fayez el-Sarraj (à gauche), le président français, Emmanuel Macron (au centre), et le maréchal Khalifa Haftar (à droite), lors de la rencontre à La Celle-Saint-Cloud, le 25 juillet 2017. Philippe Wojazer/Pool/AFP

Le président français Emmanuel Macron joue gros dans le conflit libyen pour avoir offert une légitimité internationale au maréchal Khalifa Haftar, qui bouscule aujourd’hui tous les efforts de paix avec son offensive sur Tripoli. À peine élu, M. Macron avait tenté une audacieuse médiation en invitant l’homme fort de l’Est libyen à Paris aux côtés du Premier ministre Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, en juillet 2017 puis en mai 2018.

Khalifa Haftar, qui était surtout soutenu par les Émirats arabes unis et l’Égypte, jouit depuis d’une pleine reconnaissance sur la scène internationale dont il s’est brutalement affranchi en lançant le 4 avril son Armée nationale libyenne (ANL) sur Tripoli. « Les deux invitations du président Macron ont complètement changé le positionnement et l’image de Haftar, elles lui ont conféré une légitimité proche de celle d’un chef d’État », souligne Virginie Collombier, professeure spécialiste de la Libye à l’Institut universitaire européen de Florence (Italie), interrogée par l’AFP.

La France, qui avait pris la main sur le dossier libyen au risque d’exaspérer l’Italie, ancienne puissance coloniale, se retrouve désormais en première ligne, accusée de « complicité » avec « l’aventurisme » militaire du maréchal. « Nous sommes surpris que la France ne soutienne pas notre gouvernement qui est démocratique, mais soutienne un dictateur », a affirmé hier le Premier ministre libyen dans le quotidien français Libération. À Paris, on se dit « interloqué » par ce « procès d’intention » qui jette une ombre sur la diplomatie de M. Macron et de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, inspirateur du rapprochement avec M. Haftar.

« Tombé de l’armoire »

La France a soutenu le maréchal dans sa « lutte contre le terrorisme » dans l’est et le sud de la Libye en lui fournissant notamment du renseignement, concède-t-on de source diplomatique. Mais Paris désapprouve l’offensive sur Tripoli, martèle cette source. Le 4 avril, « on est tombé de l’armoire », insiste-t-on à Paris, affirmant ne pas avoir reçu d’information préalable sur l’imminence d’une telle opération. Quoi qu’il en soit, les « dégâts en termes d’image et diplomatiques sont considérables », estime Virginie Collombier. « La France a perdu toute crédibilité pour une partie des acteurs libyens », note-t-elle, en pointant aussi les « dommages dans les relations avec ses partenaires européens », qui n’ont pas forcément apprécié son cavalier seul en la matière.

La Russie et le président américain Donald Trump ont certes aussi marqué leur soutien au maréchal Haftar, mais ils restent épargnés par les critiques. « Les Américains étaient moins présents depuis 2012, donc ils sont moins montrés du doigt », relève Mme Collombier.

« Les autres ont été plus adroits que nous. C’est le travers français, se mettre en avant », explique à l’AFP Michel Duclos, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, centre de réflexion français. Pour cet ancien ambassadeur, l’offensive sur Tripoli constitue un « désaveu incroyable », sachant que M. Le Drian s’était rendu chez le maréchal Haftar quelques jours plus tôt seulement, le 18 mars, dans son QG près de Benghazi (Est).

« Messages »

« En termes d’image, la diplomatie française joue gros dans cette affaire. Elle a donné l’impression au cours des dernières années de se compromettre avec un apprenti dictateur », considère M. Duclos dans une note d’analyse publiée le 18 mars dernier sur le site web de l’Institut Montaigne. « Cette attitude risquée peut trouver une justification si cela lui donne les moyens aujourd’hui de faire passer des messages convaincants d’arrêt des combats au maréchal Haftar », ajoute-t-il.

Le ministre français des Affaires étrangères – qui a aussi rencontré M. Sarraj à Tripoli lors de son déplacement, le quatrième en Libye en 18 mois – assure avoir tenu le même message à ses deux interlocuteurs : « Il faut s’en tenir à l’accord » sur la transition politique convenu le 27 février à Abou Dhabi sous l’égide de l’ONU.

« Aucun ne respecte les engagements », déplore-t-on aujourd’hui à Paris où l’on juge le Premier ministre libyen de plus en plus « isolé » et « dépendant des milices » islamistes. Le sentiment antifrançais est aujourd’hui surtout alimenté par des réseaux liés à ces milices, notamment les Frères musulmans, ajoute-t-on de même source sans pointer du doigt le Qatar ou la Turquie, soutiens traditionnels de certaines factions à Tripoli et réputés proches de la confrérie.

La France se défend d’avoir un agenda caché aux côtés du maréchal Haftar, dont l’offensive sur la capitale semble d’ailleurs enrayée, et appelle à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu’à une reprise du processus politique. « On a plus que d’autres un intérêt fondamental à ce que le cessez-le-feu intervienne », conclut Michel Duclos, en référence à l’isolement français.

Valérie LEROUX/AFP


Le président français Emmanuel Macron joue gros dans le conflit libyen pour avoir offert une légitimité internationale au maréchal Khalifa Haftar, qui bouscule aujourd’hui tous les efforts de paix avec son offensive sur Tripoli. À peine élu, M. Macron avait tenté une audacieuse médiation en invitant l’homme fort de l’Est libyen à Paris aux côtés du Premier ministre Fayez...

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