Des coupes mulet aux mythiques boucles blondes de Carlos Valderrama, les coiffures des footballeurs ont inspiré des auteurs de bande dessinée du monde entier pour l’exposition « Haircut Football Club », au festival d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Comme un album Panini géant. En tout, 250 portraits d’une cinquantaine de dessinateurs de tous les styles tapissent les murs de la Cité du livre, une des neuf expositions du festival « Rencontres du 9e art », jusqu’au 25 mai.
« Un vrai tour d’horizon graphique », se réjouit le directeur artistique du festival, Serge Darpeix : « Du classique, du Fluide glacial jusqu’à un artiste chinois qui travaille en numérique. » Même l’art brut est de la partie, avec le onze d’Alistair Poilvache, auteur belge trisomique, qui a toujours dans sa poche des vignettes autocollantes Panini des Diables rouges, l’équipe nationale belge, un travail réalisé avec l’aide de la dessinatrice Anne Citron. « On s’amuse à détourner l’esthétique du foot, certains joueurs sont des lanceurs de modes capillaires », poursuit Serge Darpeix, qui a proposé son idée à quelques dessinateurs habitués du festival, des vignettes sur un format homothétique, avec noms de club et écussons.
L’esthétique de Sega Soccer 98
L’auteur nantais Rudy Spiessert a par exemple dessiné un Rudi Völler très blond. « Je ne connais rien au foot, explique-t-il, mais dans mon enfance, c’était le seul Rudi célèbre. Et son combo moustache-mulet était déjà légendaire. » Certaines équipes du « Haircut FC » sont très premier degré, évoquant des vraies stars du foot aux beaux cheveux, celle du Belge P’tit Marc, avec Bernard Genghini et Jan Ceulemans, mais d’autres sont complètement caricaturales, comme le club « Paix=Jeux » du Français Chanic, avec son attaquant Ignace Mayalé, robot crachant des billets verts.
Certains auteurs viennent de loin, comme l’Argentin Rip Gordon et ses joueurs aux trajectoires tragiques, à l’image du Bolivien Ramiro « Chocolatin » Castillo, qui a manqué la finale de la Copa America contre le Brésil après la mort de son fils, foudroyé par une hépatite, puis s’est suicidé. « Je ne suis pourtant pas un fan de foot », explique le dessinateur argentin, qui précise en riant ne travailler qu’avec « des feutres volés en supermarché ». « J’aime jouer avec l’idée des dessins exécutés à la va-vite, cela reflète un peu l’esthétique du jeu vidéo Sega Soccer 98 avec son ciel pixelisé », poursuit l’auteur.
Les macaronis blonds
de Rigobert Song
Autre dessinateur invité, Pierre Place ne collectionnait « même pas les vignettes Panini, mais je voyais bien graphiquement ce que ça pouvait donner. J’ai trouvé rigolote l’idée de la collection de cartes de foot, ces petites images, proches de l’univers de la BD et du graphisme », développe-t-il. Il a dessiné trois saints du « FC Onycroit ». « Comme l’idée était d’avoir des cheveux, poursuit Pierre Place, j’ai tout de suite pensé à saint Denis, sa tête coupée dans les mains », sa coupe au bol et son maillot sponsorisé par NTM, le groupe mythique de Seine-Saint-Denis. Sa Jehanne (d’Arc) à la chevelure enflammée et un Samson tout en cheveux complètent sa défense à trois.
Arnaud Floch, grand connaisseur de l’Afrique, a, lui, choisi des vignettes plus « politiques », explique-t-il, avec un Rigobert Song membre des « Inkorruptible’s Biya Lion’s Kamerun Club ». « Même les gens célèbres comme Song sont totalement inféodés à un dirigeant comme Paul Biya (président du Cameroun depuis 1982). Parfois, ils arrivent à s’exprimer, mais pas trop », explique Arnaud Floch. Pour coller au « Haircut FC », il a rendu hommage aux « espèces de gros macaronis blonds » du capitaine des Lions indomptables à la barbichette dorée.
Enfin, les visiteurs peuvent s’offrir une de ces magnifiques coupes grâce aux selfie-cards, de grands passe-têtes comme à la fête foraine, pour se faire prendre en photo avec une coupe de cheveux, notamment celle de Carlos Valderrama.
Emmanuel BARRANGUET/AFP


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