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Municipales en Turquie : revers d'Erdogan à Ankara et Istanbul

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Si la victoire d'Ekrem Imamoglu se confirme à Istanbul, l'opposition contrôlera les trois premières villes du pays, avec Ankara et Izmir, pour la première fois depuis un quart de siècle.


OLJ/AFP
01/04/2019

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a essuyé lundi un revers inédit en 16 ans de pouvoir, les résultats partiels d'élections municipales tenues la veille indiquant que son parti s'acheminait vers une défaite à Istanbul après avoir déjà perdu Ankara.

Confronté à une récession économique et une inflation record, le chef de l'Etat avait jeté toutes ses forces dans la campagne pour un scrutin local considéré comme un baromètre de sa popularité, tenant jusqu'à huit meetings par jour à travers le pays.

Si la coalition de M. Erdogan est arrivée en tête à l'échelle nationale avec 51% des voix, l'opposition a remporté Ankara et était en passe d'arracher Istanbul, deux villes que le parti présidentiel AKP et ses prédécesseurs islamistes contrôlaient depuis 25 ans. Refusant de concéder la défaite, l'AKP a annoncé qu'il déposerait des recours auprès des autorités électorales.

A Istanbul, joyau de la couronne de M. Erdogan, qui a été maire de cette ville dont il a fait la vitrine de ses projets considérables d'infrastructures, le candidat de l'opposition Ekrem Imamoglu était crédité d'une courte avance sur l'ex-Premier ministre Binali Yildirim. Le président du Haut-comité électoral (YSK), Sadi Güven, a indiqué lundi que M. Imamoglu devançait M. Yildirim d'environ 28.000 voix, d'après des résultats partiels, une goutte d'eau à l'échelle d'une ville de 15 millions d'habitants. L'agence de presse étatique Anadolu créditait lundi M. Imamoglu de 48,79% des voix contre 48,51% pour M. Yildirim, après dépouillement de 99% des urnes.



(Lire aussi : Élections locales à hauts risques pour Erdogan)



"Erreurs évidentes"
Sans attendre les résultats définitifs, M. Imamoglu a mis à jour lundi sa biographie sur Twitter, se présentant comme le "maire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul", et ajouté qu'il voulait "commencer le plus vite possible à servir les Stambouliotes". M. Yildirim, qui avait revendiqué la victoire dès dimanche soir, a admis lundi que son adversaire "semble avoir reçu 25.000 voix de plus", mais a souligné "que le comptage des voix était toujours en cours".

Quelle que soit l'issue de la bataille d'Istanbul, cœur économique et démographique du pays, M. Erdogan a déjà essuyé un revers cinglant avec la perte de la capitale. Selon Anadolu, le candidat de l'opposition, Mansur Yavas, était en tête avec 50,90% des voix, contre 47,06% pour celui de la majorité, Mehmet Özhaseki, après dépouillement de 99% des urnes. Ce dernier a déclaré lundi qu'il fallait "respecter la décision des urnes", mais ajouté que son parti était en train de déposer des recours pour contester des "erreurs très évidentes" commises selon lui dans plusieurs bureaux de vote. "Nous verrons dans les jours qui viennent à quel point tout cela va influencer le résultat final", a-t-il ajouté.

L'AKP a appelé lundi à réexaminer la validité des bulletins considérés comme nuls. Selon Anadolu, 290.000 votes sont concernés à Istanbul et 90.000 à Ankara.
Les partis ont jusqu'à mardi 10h00 GMT pour déposer leurs recours auprès du YSK.

Si la victoire de M. Imamoglu se confirme à Istanbul, l'opposition contrôlera les trois premières villes de Turquie, avec Ankara et Izmir (ouest), pour la première fois depuis un quart de siècle.



(Lire aussi : Élections locales à hauts risques pour Erdogan)


Tempête économique
Les résultats obtenus par l'opposition à Ankara et Istanbul sont d'autant plus remarquables que l'AKP a bénéficié d'une visibilité écrasante dans les médias, pour beaucoup contrôlés par le pouvoir.

Mais la situation économique semble avoir fait du mal à l'AKP, de nombreux électeurs rencontrés par l'AFP dans les bureaux de vote à Istanbul et Ankara, plaçant ce sujet au sommet de leurs préoccupations. Alors que l'AKP s'est appuyé sur une forte croissance pour engranger les victoires électorales depuis 2002, il a dû, cette fois-ci, composer avec la première récession en dix ans, une inflation record et un chômage en hausse. "La crise économique a vraiment fait du mal à ses électeurs", souligne Berk Esen, professeur associé à l'université Bilkent, à Ankara.

Outre une économie en berne, l'AKP s'est heurté à un front uni de l'opposition, le CHP et l'Iyi (droite) présentant un candidat commun dans les grandes villes. Le parti prokurde HDP a appuyé cette alliance en ne présentant pas de candidat dans l'ouest du pays afin d'éviter la dispersion des voix anti-Erdogan. Dans le sud-est à majorité kurde du pays, le HDP a récupéré plusieurs villes comme Diyarbakir et Van où ses maires avaient été remplacés par des administrateurs publics nommés par le gouvernement dans un contexte de pressions croissantes contre ce parti depuis 2016.







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Standing ovation, BRAVO!

Sarkis Serge Tateossian

Banali Yildirim, le plus fidèle des fidèles du mini sultan a tout perdu avec cette "combiniatione"
Il a perdu sa place de ministre dans l'espoir de devenir le maire de Constantinople (c'est plus jolie et plus vraie qu'Istanbul)
Il a également perdu ses espoirs ...de devenir maire.

Erdogan, teslim oldu ! (le dictateur se rend...)

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MALGRE TOUTES LES PURGES ET LES INIQUITES D,ERDO CONTRE SES ADVERSAIRES IL SEMBLE QUE LE PEUPLE TURQUE NE VEUT PAS DE NOUVEAU SULTAN OTTOMAN !

Sarkis Serge Tateossian

S'ils sont confirmés, ces résultats seraient dévastateurs pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, (l'article)

Mais le dictateur a-t-il dit son dernier mot ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL DOIT DEGAGER L,ERDO POUR QUE LA TURQUIE PROSPERE ECONOMIQUEMENT ET POLITIQUEMENT.

VIRAGE CONTRÔLÉ

Cet hypocrite dictateur s'accroche à ses privilèges comme le morpion ou la teigne, avec une complicité bienveillante de ses alliés occidentaux au sein de l'otan .

En tous les cas erdo sait faire payer cher ses cartes.

Si l' autre branche de l'islam sunnite savait faire pareil , les rois et emi-rats auraient pu avoir un semblant de dignité.
Tout en trompe-l'oeil.

Sarkis Serge Tateossian

Un dictateur n'abdique pas. C'est du jusqu'au boutisme.

Le 13 mars dernier un rapport du parlement européen nous a annoncé que l'état turc en moins de deux ans a enlevé 180 dissidents turcs dans 18 pays...dont certains pays à la porte de l'Europe.

Je vous laisse imaginer le sort de ces malheureux....

L'affaire Khajoghi vous dites ?
Multipliée par 180 ...

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