En date du 29 décembre 2018, j’avais dans la rubrique « Idées » de L’OLJ Week-End, publié un texte concernant la vallée de Bisri, située entre Saïda et le Chouf, où un barrage est prévu dans la continuité de ceux, gravement pollués, de Qaraoun et Litani. Le texte semble être passé inaperçu, parce que paru au moment des fêtes de fin d’année.
Sans vouloir me mêler de problèmes ne me concernant pas immédiatement, gâchis écologique certain, inutilité de pareille entreprise, vu la quantité hydrométrique suffisante (s’il n’y a pas de gaspillage) du Liban etc., nous nous devons d’éveiller de nouveau l’attention sur pareil site, d’autant plus qu’il se trouve dans l’arrière-pays de Sidon et non loin de Jezzine, zone riche en vestiges archéologiques. Certains disent qu’il y aurait non moins de cinquante points archéologiques ou patrimoniaux risquant de disparaître de manière imminente et définitive sous les eaux de ce futur barrage de Bisri, incluant des lieux de culte, tels églises et monastères connus (Mar Moussa et d’autres).
Je préfère me cantonner au seul « Marj (pré) Bisri », où cinq colonnes dressées ou couchées signalent un temple enfoui, certains disent même une ville entière cachée. Je signalerais que la zone où ces colonnes se trouvent aux trois quarts englouties est communément appelée par les habitants de la région « Qasr Cléopatra » (le palais de Cléopâtre). Il ne faudrait bien sûr pas anticiper sur des fouilles, et affirmer immédiatement qu’il s’agirait là de la plus fameuse Cléopâtre, puisque l’histoire en dénombre plus de six, cependant le nom de Bâter village dont dépend Bisri contiendrait lui-même le nom de Cléopâtre. « Bisri », outre « Busiris », pourrait être en araméen « Beit Shahré » (le temple de la Lune).
Je me sens concerné par cet endroit depuis mon adolescence, quand l’accès au Marj était quasi impossible depuis les hauteurs de Bâter à cause de ses très hautes herbes. À l’aide de jumelles, ses colonnes devenaient visibles. On les croyait alors, car brillant comme de l’or, faites de granit rose d’Assouan (le plus précieux et onéreux des materiaux de construction). Mais ayant accédé il y a quelques années seulement au site grâce à une camionnette, nous avons pu les toucher et constater qu’il s’agit d’un granit gris commun. Il n’empêche que, fidèle à mon obsession envers ce site et l’énigme non résolue qu’il présente, au moment où l’État nous a expropriés comme d’autres de si beaux terrains, je réclame comme beaucoup de gens et d’amoureux du pays que des fouilles soient faites à « Marj Bisri » avant tous autres travaux. On peut y appliquer la méthode rapide des fouilles urbaines, mais contrôlées en haut lieu, elles occasionneraient certainement moins de temps, sauf s’il s’agit de découverte majeure. Mais il serait dommage de ne pas y consacrer au moins quelques années. Bien des mystères seront alors élucidés, et on n’obtiendrait pas un gâchis culturel et civilisationnel comme celui qui a résulté en pays nubien avec le haut barrage.
Fady STÉPHAN
Archéologue, philologue et écrivain
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