Liban

Les trois rendez-vous du 14 mars

Décryptage
15/03/2019

Le 14 mars est décidément une date importante pour le Liban. À plusieurs années d’intervalle et à trois reprises, ce jour a marqué un tournant dans l’histoire du Liban et chaque partie peut choisir l’événement qu’elle souhaite célébrer.

Le 14 mars 1978, bien avant la naissance du Hezbollah, l’armée israélienne a envahi, pour la première fois dans une opération de grande envergure, une partie du Liban-Sud et de la Békaa-Ouest jusqu’au Litani et la localité de Kaoukaba. Le Liban a aussitôt porté plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations unies et obtenu l’adoption de la résolution 425, qui condamnait l’opération israélienne et demandait aux Israéliens de retirer leurs soldats du Liban. Pendant des années, le Liban a attendu l’application de cette résolution de la part des autorités israéliennes, en vain. Au contraire, en juin 1982, l’armée israélienne a lancé une opération de plus grande envergure encore, envahissant une grande partie du territoire libanais jusqu’à la capitale, déclenchant ainsi un mouvement de résistance qui s’est ensuite organisé et structuré pour devenir le Hezbollah. À cette époque-là, la date du 14 mars n’avait pas été retenue, car le Liban était plongé dans un nouvel épisode de la guerre interne, avec les prémices d’une confrontation entre les parties chrétiennes, dirigées alors par Bachir Gemayel, et les troupes syriennes entrées au Liban sous la bannière de Forces arabes de dissuasion ( FAD), dans ce qu’on a appelé la « guerre des 100 jours » à Achrafieh. Mais la résolution 425 est restée et son application n’a cessé d’être réclamée par le Liban officiel, dans toutes les réunions internationales. D’ailleurs, l’un des arguments du Hezbollah naissant était que la résolution 425 prévoit le retrait des Israéliens et pendant 22 ans, elle n’a pas été appliquée, alors que c’est la résistance qui a poussé les soldats israéliens à se retirer le 25 mai 2000.

Il a fallu attendre 11 ans pour que le 14 mars redevienne une date importante pour le Liban. C’est ce jour-là, en 1989, que le général Michel Aoun, alors Premier ministre dans le gouvernement de transition formé par le président Amine Gemayel à la fin de son mandat (septembre 1988), a lancé la « guerre de libération » contre les troupes syriennes déployées au Liban. Cette guerre est intervenue un mois après le déclenchement par le général de la guerre pour la fermeture des ports illégaux qui avait entraîné une confrontation violente entre les Forces libanaises dirigées par Samir Geagea et l’armée libanaise. À l’issue de ces combats, les Forces libanaises avaient dû évacuer le cinquième bassin du port de Beyrouth, avant de conclure un accord avec l’armée dirigée par le général Aoun. Fort de cet acquis, Michel Aoun a donc lancé sa « guerre de libération » pour bouter l’armée syrienne hors du pays et rétablir la souveraineté nationale sur le Liban. Mais cette guerre n’a pas fait l’unanimité interne, le pays étant alors divisé entre le gouvernement présidé par Salim el-Hoss installé à Beyrouth-Ouest, sous la « tutelle syrienne » (qui ne s’appelait pas encore ainsi), et une partie de la classe politique et milicienne qui était soutenue par les Syriens.

C’est dans ce contexte explosif qu’un Comité arabe tripartite (Algérie, Arabie saoudite et Maroc) a conçu une solution au conflit libanais par le biais de la tenue d’assises des députés libanais à Taëf, en Arabie saoudite (octobre 1989). Le général Aoun a boycotté cette réunion et il a dissout le Parlement ( à l’époque, le pouvoir exécutif avait cette prérogative, qui a été retirée par la nouvelle Constitution adoptée après Taëf). Il a braqué ainsi contre lui toutes les forces du pays et en particulier les Forces libanaises avec lesquelles il est entré une nouvelle fois dans un conflit violent qui se terminera le 13 octobre 1990 par un feu vert international donné aux forces syriennes pour lancer l’assaut contre le palais de Baabda et en déloger le général Aoun. En dépit de cet épilogue qui a ouvert la voie à la période dite de tutelle syrienne, le 14 mars 1989 est resté une date symbole pour le général Aoun et ses partisans, comme une pierre fondamentale dans la construction de la souveraineté et de l’indépendance.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le CPL a sciemment choisi la date du 14 mars, en 2005, pour lancer le nouveau mouvement pacifique, cette fois, de libération, dans le cadre d’une vaste alliance politique réclamant le départ des troupes syriennes. Au cours de ce fameux 14 mars 2005, le CPL avait joué un rôle-clé, aux côtés des autres formations, dans la conception du mouvement, dans les slogans et dans l’organisation des manifestations populaires. Mais la cohésion du mouvement a rapidement montré ses limites : il n’a pas survécu aux élections législatives organisées en mai 2005 qui ont donné lieu à une alliance quadripartite (courant du Futur, Amal-PSP-Hezbollah) pour isoler le CPL qui faisait peur à l’époque à cause de l’élan populaire qu’il avait provoqué à la suite du retour du général Aoun à Beyrouth le 7 mai.

Depuis, les alliances politiques ont changé, mais le nom du 14 Mars est resté. Aujourd’hui, même ceux qui le portaient à bout de bras ne croient plus beaucoup à ce mouvement. Mais la date demeure, hautement chargée de symboles...



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ACQUIS À QUI

MAGNIFIQUE DECRYPTAGE QUI , LUI, EST BIEN AU RENDEZ VOUS DE LA VÉRITÉ ET DE L'HISTOIRE.

BON WEEK END SCARLETT ET PERMETTEZ UNE BISE SUR CHAQUE JOUE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN FANATISME AVEUGLE DE PARTI QUI VEUT PRENDRE LES LIBANAIS POUR DUPES ! 3AYB ET MILLE FOIS 3AYB !

L’azuréen

Il est compliqué ce mois de mars avec ses giboulées ! Je me demande comment des partis politiques ou de simples citoyens peuvent encore se référer à ce mois de mars ....quel que soi son jour d’ailleurs !

Massabki Alice

Brillantissime! D'une folle élégance dans la concision.

TROLL & PSEUDONYMES

De mémoire récente, (mais quelle mémoire j’ai!), le petit fils de la victime d’une mort ""violente ou accidentelle"" est désigné le 17 mars 2017, par les hommes de sa tribu comme un chef incontesté, sous le signe : ""C'est une continuation de la politique de la famille"" déclarait fièrement son paternel.
ET LES EXPERTS ET AUTRES SPECIALISTES EN POLITIQUE SE VEULAIENT RASSURANT EN SOUTENANT QUE CETTE DESIGNATION MARQUE LE DEBUT D’UNE PERIODE DE PROSPERITE…
Remarquez, la pertinence des dates, 7, et le 17…

Et à la manière d’un slammeur de conclure :

Que de tsunamis, de tornades, au mois de mars
Transforment l’Histoire tragique en grande farce…..

Les raccourcis historiques ne servent à rien quand on est de mauvaise foi. Un conseil Madame Haddad, changez d’algorithme !
(Suite et fin)
C. F.

TROLL & PSEUDONYMES

Mes commentaires et brèves analyses :
Décidément le mois de mars au Liban est synonyme de changement et de cataclysme. On ne peut plus écrire l’histoire avec un grand H, ET SURTOUT A UN JOUR PRES, mais les évènements qui se produisent en mars restent dans notre ""inconscient collectif"". Bizarre, non ! D’où le dicton qu’aucun bon Libanais n’ignore : ""Mars le sournois, apporte des tremblements, et des pluies"". Diluviennes les pluies et les larmes de mars !
Lisez plutôt ce titre de l’OLJ : Mars 1956, mars 1997 https://www.lorientlejour.com/article/224971/Mars_1956%252C_mars_1997%252C_un_meme_epicentre_%253A_lIqlim_El-Kharroub_La_psychose_du_seisme_sempare_du_Liban_Mais_les_experts_se_veulent_rassurants_%253A_l.html
ET LES EXPERTS SE VEULENT RASSURANT EN SOUTENANT QUE LES SECOUSSES MARQUENT LA FIN D’UN CYCLE !!!!!!
Je cite encore de mémoire, qu’en MARS 1977, un politicien haut placé est mort dans sa Mercedes non loin d’un barrage d’hommes en bras de chemise, suivi en ce 17 mars par la mort de 177 passants ou innocents,
ET LES EXPERTS ET AUTRES SPECIALISTES EN POLITIQUE SE VEULAIENT RASSURANT EN SOUTENANT QUE CES MORTS MARQUENT LA FIN D’UN CYCLE, OU PEUT-ETRE LE DEBUT D’UN AUTRE !
(A suivre)
C. F.

LIBAN D'ABORD

Madame Haddad
VOTRE PARTIE PRIS EST TEL QUE JE NE SAIS MEME PAS COMMENT OLJ CONTINUE A ACCEPTER VOS ARTICLES
Point par point:
le 14 Mars 1978 Israel a envahi le Liban pour essayer d'arreter les attentas venant des Palestiniens a partir du territoire Libanais
En 1982 Israel a fait la guerre pour se debarrasser des forces Palestiniennent au Liban et a la demande de Bachir pour sauver les Chretiens du Liban d'un massacre evident
Aoun quand il etait premier ministre a pendant des mois bombarde les chetiens pour avoir l'argent des ports illegaux qui fonctionnaient alors et une part des recettes du casino du Liban que les forces Libanaises recevaient
Aoun a decide de ne pas reconnaitre Taef qui a permis au moins un possible retour a un etat Libanais
Aoun a declare la guerre a la Syrie et a du s'enfuir se refugier a l'ambassade de france seul laissant des milliers de soldats et de Libanais enleves par les Syriens et jamais revenus au Liban
Aoun par cette action a donne a la Syrie la mainmise du pays pour des annees pendant qu'il vivait a Paris et que Geagea croupissait dans un sous sol
Le CPL etait presque invisible le 14 Mars 2005, c'est bien Joumblat et les Kataeb et les Forces Libanaises qui ont ete le fer de lance de cette demonstration
DESOLE madame Haddad votre article qui credite le CPL et Aoun de tout est faux et distorde la realite des evenements au Liban durant cette periode
CELA MERITE UNE EXCUSE ET UNE RECTIFICATION SOIT DE VOUS MEME SOIT DE L'OLG

Lebinlon

Article révisionniste qui prend beaucoup de libertés avec la réalité.
pour memoire, les aounistes étaient à la traîne de la grande manifestation du 14 Mars, alors organisés par le courant du futur et Mme Joumblatt pour la logistique à Beyrouth.
Côte chrétien, les fer de lance étaient le Parti Kataëb et les FL dont ca a ete la vrai renaissance (oubliez vous les commentaires choqués de la presse 8-Mars quand a la mer de drapeau FL?). Les Aounistes de Byblos se sont même opposés a certain convois.
juste pour la vérité historique.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE CPL A SCIEMMENT CHOISI LA DATE DU 14 MARS, EN 2005, POUR LANCER LE NOUVEAU MOUVEMENT PACIFIQUE, CETTE FOIS, DE LIBERATION ETC... RECLAMANT LE DEPART DES TROUPES SYRIENNES... ABATARDIR L,HISTOIRE EST TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD UN CRIME DE LESE-JOURNALISTIQUE ! OU SONT TOUS LES AUTRES PRODROMES DE CE SOULEVEMENT ET QUE VOUS VOULEZ A DESSEIN IGNORER ET OU RAYER DE L,HISTOIRE ? LES NOMMER PRENDRA TOUTE UNE PAGE.
3AYB D,ABATARDIR LES FAITS ET L,HISTOIRE ! 3AYB !

gaby sioufi

LES DETAILS SONT LA OU SE TROUVE LE DIABLE dit on !
Moi j'aime y farfouiller pour ne pas tomber dans les deja-vu/deja dit .
je cite : " Oct 89, Le général Aoun a boycotté cette réunion et il a dissout le Parlement ( à l’époque, le pouvoir exécutif avait cette prérogative " fin de citation.
Ce que le decryptage omet sciemment de preciser est que le mandat du gen. aoun a cette periode-ci - selon la constitution -se limitait dans le temps et les fonctions a assurer l'election du futur president de la republique. POINT !
et que donc il n'est point utile d'essayer de cacher le fait que cette periode loin d'avoir ete glorieuse, fut sans nul doute une erreur strategique, tactique ou analytique .

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