Liban

Aoun bientôt à Moscou, une visite à dimensions multiples

Décryptage
14/03/2019

Dans une dizaine de jours, le président de la République Michel Aoun devrait se rendre à Moscou pour une visite officielle qualifiée de très importante. En fait, c’est la première visite de ce genre d’un chef d’État libanais et elle intervient à une période très délicate à la fois pour le Liban et pour la région.

Le président Aoun a sciemment choisi d’effectuer cette visite à la tête d’une délégation réduite, tant sur le plan politique que médiatique, d’abord par souci d’économiser les deniers publics et ensuite parce que pour lui, le fond compte plus que les apparences et les sujets qui devraient être abordés dans le cadre de cette visite portent à la fois sur des questions stratégiques, politiques et économiques.

D’ailleurs ce n’est pas par hasard si les diplomates occidentaux en poste à Beyrouth s’intéressent beaucoup à cette visite et suivent de près les préparatifs pour tenter de déceler une volonté libanaise de faire basculer le pays sous l’influence russe au lieu de celle de l’Occident qui existe depuis l’indépendance et même avant.

Les appréhensions occidentales ne sont pas justifiées, précisent des sources diplomatiques libanaises bien informées. Mais l’influence désormais certaine de Moscou dans la région, et notamment en Syrie, ainsi que ses relations solides avec de nombreux pays comme l’Iran, la Turquie, Israël et d’autres poussent le Liban à vouloir renforcer ses liens avec ce pays, sans toutefois chercher à privilégier un camp sur l’autre dans le cadre de sa fameuse politique de distanciation.

Aujourd’hui, selon les sources diplomatiques libanaises précitées, on ne peut pas ignorer le rôle grandissant de Moscou dans la région ni occulter son poids. Il est donc indispensable pour un petit pays comme le Liban, qui subit le contrecoup des développements régionaux dans plus d’un domaine, de se tourner vers les pays influents comme la Russie pour tenter de circonscrire les conséquences néfastes des rivalités régionales et internationales sur sa situation interne.

De plus, du point de vue libanais, les pressions américaines et occidentales qui s‘intensifient, d’abord sous couvert de sanctions économiques imposées au Hezbollah et ensuite dans le dossier des déplacés syriens, poussent le Liban à chercher de nouvelles ouvertures internationales face aux nombreux défis qu’il doit désormais relever.

Le pays avait ainsi accueilli favorablement, voire avec soulagement, l’initiative russe pour le retour des déplacés syriens chez eux, qui donnait d’ailleurs la priorité au retour d’un million de déplacés. Il s’était même empressé de signer un accord pour former une commission conjointe libano-russe pour concrétiser cette initiative. Mais celle-ci avait rapidement buté sur l’obstacle majeur du financement de ce retour et les réserves occidentales. Pour les Libanais, cette initiative avait pourtant été perçue comme une bouée de sauvetage, car non seulement elle permettait d’alléger la présence des déplacés syriens au Liban, qui devient une véritable menace économique et démographique, mais elle permettait en réalité de surmonter l’écueil que constitue le dialogue direct avec les autorités syriennes en raison de la division politique interne sur cette question.

Aujourd’hui, cette initiative russe semble avoir été gelée, mais elle n’est pas close et elle devrait figurer à l’ordre du jour des sujets que le président libanais discutera avec son homologue russe Vladimir Poutine.

Selon les sources diplomatiques libanaises précitées, d’autres sujets devraient être abordés, notamment les relations bilatérales et les échanges économiques et commerciaux, mais aussi des sujets plus stratégiques comme la présence chrétienne dans la région et le cas spécifique de Jérusalem. Le président libanais est très sensible à ces questions et il a déjà évoqué à plusieurs reprises, à des tribunes internationales, l’importance de préserver la présence chrétienne dans la région et en particulier à Jérusalem, berceau du christianisme. Pour Michel Aoun, si les chrétiens quittent Jérusalem, cela signifiera qu’ils devront à terme disparaître de la région, le berceau du Christ étant en quelque sorte un point d’ancrage pour eux et pour l’ensemble du Moyen-Orient. Comme l’administration américaine actuelle ne semble pas tenir compte de l’importance de la présence des chrétiens à Jérusalem, en tant que symbole pour toute la région, en raison de son appui total à Israël, le Liban souhaite donc essayer de sensibiliser la Russie sur ce sujet. Le chef de l’État compte d’ailleurs rencontrer le patriarche de Moscou et de toutes les Russies pour évoquer ces questions qu’il considère comme fondamentales. Le président pourrait ainsi développer son idée qui repose sur cette formule : le Liban est certes un petit pays, mais il est porteur d’un grand rêve pour l’humanité en raison de sa richesse et de sa diversité religieuse, puisque toutes les communautés musulmanes et chrétiennes y sont représentées et y jouent un rôle actif. Mais cette diversité a besoin d’être protégée et préservée, surtout face aux tendances radicales qui se développent dans la région.

En principe, Michel Aoun devrait aussi rencontrer dans le cadre de cette visite le président de la Douma (Parlement) et le ministre russe des Affaires étrangères. Autant de contacts qui devraient permettre un dialogue constructif, à tous les niveaux, pour le Liban mais aussi dans l’optique régionale.

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Chucri Abboud

Saint Vladimir semble être le seul véritable défenseur de la chrétienté dans ce Moyen-Orient si inquiet que les occidentaux et surtout les américains semblent sacrifier pour les seuls interêts de ce voisin du Sud auquel tout reste permis .

L’azuréen

Il ne faut surtout pas se faire avoir par les sirènes russes , tout comme les sirènes iraniennes. Depuis quand la Russie sait elle faire de l’argent et développer une économie de marchés ? Une  »venezualisation » du Liban : non merci !

Saab Edith

Il est curieux que l'ensemble de la presse internationale donne depuis plusieurs jours une grande importance à la visite de Hassan Rohani en Irak, alors que notre quotidien reste totalement silencieux.
Pour quelles raisons?
Je n'ose pas imaginer la vérité...
E.S.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BASCULER LE PAYS SOUS L,INFLUENCE RUSSE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD C,EST DONNER LE COUP DE GRACE A L,ECONOMIE ET AU SYSTEME BANCAIRE TALON D,ACHILLE DE NOTRE LIBAN ! LES ENCENSEMENTS DU PARTI PRIS NE MANQUENT PAS DANS L,ARTICLE.

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