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À La Une - Canada

L'image de Justin Trudeau écornée après un mois de crise politique

La pente s'annonce difficile à remonter pour les troupes libérales du Premier ministre canadien, distancées par l'opposition conservatrice dans les intentions de vote, estiment des experts.

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 7 mars 2019, lors d'une conférence de presse à Ontario. Photo REUTERS/Patrick Doyle

Confronté à la pire crise politique de son mandat, le Premier ministre canadien Justin Trudeau voit son autorité mise à mal après la démission de deux de ses ministres, et son image écornée à sept mois des élections législatives.

La pente s'annonce difficile à remonter pour ses troupes libérales, distancées par l'opposition conservatrice dans les intentions de vote, estiment des experts.

Justin Trudeau traîne comme un boulet cette affaire, qui a débuté il y a un mois avec des accusations d'ingérence du Premier ministre et de son entourage dans une procédure judiciaire. L'ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a dit avoir subi des pressions "inappropriées" du chef du gouvernement et de son entourage pour qu'elle tente d'éviter un procès à un géant canadien du BTP.
M. Trudeau a démenti avoir exercé de telles pressions, tout en reconnaissant jeudi avoir "de nombreuses leçons à tirer" de cette affaire, notamment du climat de méfiance qui s'était installé entre son bureau et Mme Wilson-Raybould. Celle-ci a quitté le gouvernement le 12 février.

"C'est un début, mais il doit réussir à retrouver la confiance du public", dit à l'AFP Marcel Chartrand, professeur de communication à l'université d'Ottawa. Depuis le début de la crise, "il n'est pas apparu comme quelqu'un en contrôle, mais plutôt comme quelqu'un de déconnecté", fournissant des "versions contradictoires", ce qui a "amplifié" le malaise, juge Eric Montigny, politologue à l'université Laval de Québec.
Le groupe SNC-Lavalin, basé à Montréal, est accusé d'avoir versé des pots-de-vin en Libye du temps du dictateur Mouammar Kadhafi pour décrocher d'importants contrats dans ce pays. Il s'expose, en cas de condamnation pénale, à être privé de tout contrat public pendant 10 ans au Canada, ce qui menacerait son avenir et celui de ses 9.000 employés en territoire canadien.

(Pour mémoire : Trudeau dément toute intervention « partisane » pour influencer la justice)



Légitimité en doute
Cette affaire a aussi entraîné les démissions de la ministre du Budget Jane Philpott et du plus proche conseiller et ami personnel de M. Trudeau, Gerald Butts. Que "deux ministres claquent la porte comme ça, c'est du jamais vu depuis plusieurs années au Canada", note Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal de Kingston. Cette affaire démontre "une crise de légitimité au sein de la garde rapprochée de M. Trudeau", dit-elle, estimant que "c'est sa légitimité comme chef du parti libéral qui est touchée, donc a fortiori comme Premier ministre du Canada".

Lors de sa campagne électorale en 2015, Justin Trudeau s'était fait le chantre du féminisme et de la réconciliation entre l'Etat canadien et les peuples autochtones. C'était "la marque libérale, la marque de Justin Trudeau", remarque Eric Montigny.
Or, les deux ministres démissionnaires sont des femmes, et Mme Wilson-Raybould est amérindienne.
"Depuis quelques jours, on questionne la sincérité de l'engagement de Justin Trudeau envers les femmes et les autochtones", note M. Montigny. C'est ce qui "fait le plus mal", car "ça le frappe dans le coeur de son message politique, ce qu'il incarne".
Et soudainement, comme un effet domino, "toutes ses contradictions remontent à la surface", juge ce politologue. "On requestionne ses engagements de 2015", comme sa promesse, non tenue, de réformer le mode de scrutin, ou celle en faveur du climat, alors qu'il a nationalisé un oléoduc controversé.

Pourtant, "jusqu'à preuve du contraire, M. Trudeau n'a rien fait d'illégal", souligne Stéphanie Chouinard. L'ex-ministre de la Justice a elle-même admis qu'en aucun cas les "pressions" qu'elle reproche à M. Trudeau et son bureau avaient été "illégales". "On voit bien qu'il n'y a pas eu d'ingérence indue. On voit bien qu'il n'y a pas eu de malversations", observe Marcel Chartrand. Mais qu'importe, "c'est la vertu du Premier ministre qui est remise en cause en ce moment", dit Mme Chouinard en prédisant qu'il lui sera "très difficile de (...) faire table rase de cette histoire d'ici les élections d'octobre".


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