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Culture

Susan Sarandon : Célébrez l’esprit bâtisseur de la femme !

Rencontre

Venue au Liban pour présenter le film « Soufra » (Rebelhouse Group) avec le réalisateur Thomas Morgan, l’actrice américaine a prouvé qu’il est possible, au cinéma, de mettre en lumière des personnes ordinaires capables d’actes extraordinaires.

06/03/2019

À Beyrouth à l’invitation de l’ONG Alfanar pour accompagner une projection du film Soufra (Rebelhouse Group) du réalisateur Thomas Morgan et dont elle est la productrice, Susan Sarandon affirme d’emblée dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour : « Il n’est pas nécessaire de prendre l’avion et d’aller voir les soldats embourbés dans une guerre qui n’est pas la leur pour devenir des stars. Les véritables héroïnes sont ces simples femmes qui, grâce à leur fougue, leur passion et leur persévérance, réussissent à se surpasser. » De fait, ce film met en scène Mariam el-Chaar, une femme entrepreneuse du camp de Bourj Brajné. Mais loin d’être un simple documentaire sur les réfugiés palestiniens, Soufra met l’accent sur la prise de pouvoir des femmes sur la misère et leur triomphe sur l’ignorance.


Des gens ordinaires

Ce documentaire de 75 minutes s’apparente plus dans son format à un film de fiction puisque le réalisateur parcourt les rues du camp jusqu’à la sortie des protagonistes vers le monde des affaires, en dressant le portrait de cette battante. « N’est-ce pas que la vie est plus étrange que la fiction? » lance l’actrice américaine avec un sourire très doux qui dessine son visage d’opale et que viennent encadrer des boucles indomptées couleur feu. « Voici une femme très gentille et très humble qui “pénètre” le film ne sachant pas qu’elle va en être l’héroïne. C’est une personne ordinaire qui fait des choses extraordinaires. » Et de reprendre : « Lorsque l’avocat dans le film dit que ces femmes n’ont pas de plan B et que leur seul plan B est de répéter leur plan A, c’est un beau texte qui témoigne de la persévérance et de la ténacité de ces femmes qui n’avaient pour tout savoir que l’art culinaire. Comment une réfugiée palestinienne vivant dans un camp depuis son enfance, qui ne savait même pas conduire, peut-elle rêver de monter un food truck ? » Il n’y a pas de montagnes hautes qu’on ne puisse gravir (Ain’t no mountain high enough), chantait la même Susan Sarandon dans le film Stepmom.

Celle qui a longtemps été connue pour ses engagements politiques dans tous les films qu’elle choisit ou ceux qu’elle produit – à la fois Louise grande gueule de Thelma and Louise, oscar de la meilleure actrice pour Dead Man Walking en 1995 et actuellement mère dans le dernier film avec Xavier Dolan, Life and Death de John. F. Donovan – revendique ses convictions à haute voix. « Tous les films ont une fin politique. Qu’on ne se mette pas des œillères. Et qu’on ne joue pas non plus à la politique de l’autruche en s’érigeant en détracteur du film de Nadine Labaki (Capharnaüm) pour lequel j’ai voté d’ailleurs. Les “puissants” sont dans le déni quand ils voient la misère des autres : d’abord parce qu’ils ne veulent rien faire pour les aider, ensuite parce qu’ils ne veulent pas faire face à leurs propres erreurs. » La comédienne et productrice classe ses priorités dans la vie et affirme qu’être une bonne maman et une femme engagée pour les causes humanitaires passe en tête de liste. Sarandon avoue pourtant s’amuser encore en tournant des films, précisant que ses choix ne sont jamais dictés par les cachets mais par la vision que porte un film. « Je vais même bientôt jouer en avril dans une pièce de théâtre contemporaine écrite par l’acteur Jesse Eisenberg », souligne-t-elle en se délectant d’avance.


La voix de ceux qui n’en ont pas

« J’ai beaucoup de chance d’être actrice, c’est un gagne-pain extraordinaire, mais aussi une merveilleuse façon de se connaître soi-même. C’est une profession qui vous éduque tout le temps, même si l’on nage souvent dans des eaux troubles. De plus, si l’acteur est connecté avec les médias, il devient une lanterne qui éclaire les autres et leur apprend ce qu’ils ne savent pas. » Sans se départir de sa modestie légendaire, elle avoue ne pas avoir l’expertise qu’il faut pour cet éclairage, mais posséder quand même la position nécessaire pour être le porte-parole de ceux ou celles qui ne peuvent pas porter leur voix très loin. « Surtout à cette époque où le fossé s’approfondit de plus en plus entre riches et pauvres. On sent que ces gens-là comptent sur nous. »

Sarandon revient sur ce jour, en 2015, où Thomas Morgan lui a proposé le sujet du film Soufra. « Je n’ai pas hésité une seconde. Est-ce parce que l’héroïne du film était une femme? Oui, en grande partie, car, soyons réalistes, ne sont-elles pas celles qui tirent l’humanité vers l’avant ? (Rires). Néanmoins, ce film ne se vendait pas parce qu’il parlait des réfugiés, mais parce qu’il mettait en lumière une femme entrepreneuse. » Le réalisateur, habitué quant à lui aux projets réalisés en tandem avec Susan Sarandon, avait contacté l’association Alfanar pour leur demander s’ils avaient une histoire à lui proposer. « Myrna Atallah (directrice exécutive de l’ONG) m’appelle un jour et me propose ce récit, se souvient Morgan. Je sais que Susan est une bonne narratrice et qu’elle aime raconter de belles histoires, et comme notre expérience commune nous avait réunis sur d’autres projets comme Waiting for Mamu en 2013, je l’invite donc à me rejoindre, tout en sachant que si Mariam el-Chaar n’arrivait pas à avoir, en cours de route, les fonds pour son food truck, le film s’arrêterait net. »

Soufra a été visionné par les dames du camp le 4 mars, mais aussi par Mariam el-Chaar et ses collaboratrices, en présence d’un public où l’on reconnaissait l’acteur américain Ben Stiller, ambassadeur du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de passage à Beyrouth, invité à la projection par Susan Sarandon, ainsi que Nadine Labaki. Le documentaire sera prochainement mis en ligne sur Video on demand et sera projeté dans des universités et dans des écoles. « Pour moi, le film est secondaire. L’essentiel est que sa vente aboutisse à des résultats concrets comme la construction d’une école », conclut Thomas Morgan. Susan Sarandon ajoutera à ce propos : « Dernièrement, le pape, intéressé par le problème des réfugiés, a demandé à voir le film. Le pouvoir du cinéma est si fort qu’il peut bousculer des choses. Il suffit de savoir comment présenter un film pour que le message soit bien atteint. »


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