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Liban

Quand les jeunes engagent le dialogue entre eux

Réfugiés palestiniens

Vingt-deux Palestiniens âgés de 22 à 35 ans et vivant au Liban ont travaillé ensemble pendant une année, dans le cadre du projet Atrab.


19/02/2019

Grande oubliée de l’opinion publique, la jeunesse palestinienne qui grandit aujourd’hui dans les camps de réfugiés au Liban fait bel et bien partie du paysage. Confrontés à une communauté morcelée, les différentes factions se faisant la guerre en permanence à l’intérieur des camps, les jeunes Palestiniens nés au pays du Cèdre peinent à se frayer un chemin parmi la vieille garde et sont souvent incapables de nouer le dialogue entre eux. Le programme Faspar (Faciliter la participation sociale des réfugiés palestiniens) a tenté pendant une année de rapprocher les points de vue de vingt-deux Palestiniens âgés de 22 à 35 ans et vivant au Liban, à travers une initiative baptisée « Atrab » (mot arabe désignant les pairs).

Issus des camps de la banlieue de Beyrouth, de Tripoli, de Tyr, de Saïda et de la Békaa, les jeunes s’étaient engagés à suivre l’intégralité des activités du projet Atrab, développé par l’agence gouvernementale allemande GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit) et l’Union européenne, en collaboration avec le Comité de dialogue libano-palestinien (LPDC). Leur participation à cette formation étalée sur l’année 2018 équivalait à 30 crédits d’étude à l’Université Sigmund Freud, en Allemagne, et leur a également permis d’obtenir un certificat à la fin du projet.

Les participants ont été initiés aux lois internationales, aux techniques de résolution de conflits, au secteur des médias ou encore à l’histoire. Ils ont aussi appris à travailler en groupe et surtout à aborder le passé de leur communauté, tout en développant des compétences en matière de communication. Le tout afin d’engager le dialogue avec des personnes qui ne partagent pas les mêmes opinions que les leurs. Chaque participant était ensuite tenu de développer une initiative sociale au sein de sa communauté et d’instaurer en quelque sorte le dialogue entre des jeunes affiliés à des factions différentes, ces derniers ne disposant pas de plateformes communes pour dialoguer ensemble. « La frustration des jeunes Palestiniens au Liban est semblable à celle de tous les jeunes dans le monde arabe, notamment au niveau du manque de représentation, de l’absence d’opportunité pour un engagement constructif, du chômage, de l’insécurité ou de l’absence du sentiment d’appartenance », expliquent les organisateurs du projet, sur le site web du Faspar. « Cette situation obstrue le potentiel des jeunes. L’incertitude face au futur peut mener à la léthargie, le désespoir ou la violence, ce qui rend les jeunes vulnérables aux idéologies radicalistes », ajoute le texte. Le programme Faspar est également implanté en Jordanie et dans les territoires palestiniens.


(Lire aussi : Sabra et Chatila : leur ciel est fait de fils électriques)


Candidats à l’émigration

Abdel Nasser el-Ayyi, directeur du bureau du LPDC à Beyrouth, a rencontré les participants au programme Atrab lors de plusieurs ateliers de travail. « Nous avons pris part à des sessions de formation avec les jeunes d’Atrab pour voir comment ils perçoivent la situation. Les jeunes Palestiniens d’aujourd’hui sont plus ouverts que les anciennes générations, même s’il y a encore certains aspects qu’ils réitèrent. Par ailleurs, il y a beaucoup de choses qu’ils n’arrivent pas à comprendre au Liban, comme la complexité du fonctionnement du système politique », explique M. Ayyi à L’Orient-Le Jour.

Le LPDC a récemment mis en place une stratégie s’adressant spécifiquement à la jeunesse palestinienne et qui attend d’être validée par le Conseil des ministres. Le dossier épineux de l’insertion des Palestiniens sur le marché du travail et la régularisation de leur travail devrait y être abordé, au moment où le taux de chômage est élevé dans le pays. Le comité compte également travailler à renforcer la communication des réfugiés avec les communautés d’accueil pour casser les préjugés. « Les camps palestiniens sont assimilés par les Libanais à des îlots de violence, tandis que les Palestiniens pensent que les Libanais sont racistes », constate M. Ayyi.


(Lire aussi : À Sabra, l’amertume a pris le pas sur la révolte)


Autres problèmes majeurs, la déscolarisation des petits Palestiniens inscrits dans les écoles de l’Unrwa qui gagne du terrain ces dernières années ou encore l’accès aux soins de santé, notamment pour les maladies chroniques. Le LPDC aimerait également se pencher sur le développement des infrastructures des camps.

« La jeune population des camps essaie de trouver une place au sein de sa communauté. Maintenant que le projet Atrab est terminé, ils vont se retrouver face à plusieurs défis afin de pouvoir profiter de leurs acquis. Mais la plupart des jeunes Palestiniens sont candidats à l’émigration, notamment lorsqu’ils ont fait de hautes études. Soit ils restent ici et se battent pour pouvoir travailler, soit ils partent », explique Abdel Nasser el-Ayyi. Depuis 2014, beaucoup de Palestiniens, voire même des familles entières, s’installent en Europe, notamment en Allemagne et en Belgique, grâce à des réseaux de passeurs.


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