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Moyen Orient et Monde

Bouteflika candidat : les jeux sont faits, constatent les médias

Algérie
OLJ
12/02/2019

Avec l’officialisation de la candidature de Abdelaziz Bouteflika à la présidentielle, les jeux sont faits, estiment les médias locaux en Algérie. Mais si la plupart en restent à ce constat, certains ne masquent pas leur « peur » d’un mandat « de trop » face à la « soif de changement » des Algériens.

Après des mois de spéculations autour de ses intentions, M. Bouteflika a annoncé dimanche sa candidature à un cinquième mandat dans un « message à la nation » diffusée par l’agence officielle APS.

Âgé de 81 ans et au pouvoir depuis deux décennies, le chef de l’État est cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013 qui a également affecté son élocution.

Dans son message, Abdelaziz Bouteflika, dont la réélection en 2014 avait déjà suscité la perplexité, rappelle le bilan de ses quatre mandats écoulés. Il admet des forces physiques amoindries et annonce une « Conférence nationale » ouverte à l’opposition et destinée à accoucher de réformes institutionnelles, économiques et sociales. Avec cette annonce, M. Bouteflika « met fin au faux suspense », écrit Le Soir d’Algérie. « Désormais officiellement candidat », il est « donc certain d’être toujours » aux commandes « au-delà du 18 avril », date du scrutin, estime-t-il.

Roulette russe

Incisif, le quotidien francophone El Watan déplore, lui, « une candidature qui fait peur », en la comparant à une roulette russe dans un dessin montrant M. Bouteflika sous forme d’unique cartouche glissée dans un barillet de revolver. Un 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika « ne fera qu’aggraver les maux des mandats antérieurs et donc accélérer le chaos du pays », s’inquiète le journal. Abdelmalek Sellal, son directeur de campagne tout juste nommé, « va vendre du bluff » et devoir « convaincre les Algériens de donner leur voix à un homme pratiquement grabataire », écrit encore le journal.

Pour le site d’information TSA (Tout sur l’Algérie) le chef de l’État est désormais « candidat à la présidence à vie ». Mais « la soif de changement est palpable dans toutes les franges de la société et ce cinquième mandat se présente comme celui de trop », fait-il valoir, en notant que M. Bouteflika est dans l’incapacité « de s’adresser directement à ses concitoyens depuis plus de six ans ou de mener sa campagne électorale sur le terrain ».

« Comment convaincre les électeurs, dont au moins une partie ont vécu le quatrième mandat comme celui de trop, de donner son quitus pour un cinquième ? » ajoute le site : « Le pouvoir (...) a pensé à une vente concomitante : réformes politiques contre cinquième mandat. » Une analyse partagée par le quotidien francophone Liberté : « La pilule d’une candidature contestée d’un président très démuni physiquement a besoin de quelques promesses alléchantes pour mieux passer auprès d’une opinion publique quelque peu réfractaire » à un nouveau mandat. Pour le journal, M. Bouteflika « promet de faire encore ce qu’il a été incapable de faire en 20 ans ».

« Président invisible »

À l’inverse, le quotidien Reporters salue ces propositions de « réforme » profonde, y voyant une « proposition pour une transition consensuelle (...) devenue inéluctable » et des « perspectives ouvertes pour l’opposition demandeuse d’un changement de fond ». Dans les rues d’Alger, l’annonce du président semble diviser. Aïcha Zaidi, femme de ménage quinquagénaire, a vécu « 25 ans dans un gourbi ». « Grâce à lui, j’ai un logement décent pour ma famille. Alors je vote pour » M. Bouteflika, a-t-elle confié près de la Grande Poste, en plein centre d’Alger. Saïd Salem, 65 ans, « veut la paix », alors il votera pour le chef de l’État – artisan de la paix après une décennie de guerre civile (1992-2002) – « au lieu des autres qu’on ne connaît pas ».

À l’inverse, Hamid Bramimi, autre retraité de 75 ans, clame sa « honte » : « Nous sommes devenus la risée du monde avec un président invisible. » À côté de lui, dans le quartier populaire de Bab al-Oued, Karim, 22 ans, rigole : « Bouteflika, c’est Highlander », héros immortel d’un film et d’une série télévisée. Puis, l’air plus grave, il ajoute : « Dès que je peux, je “trace”, je préfère mourir en mer que rester sans espoir. » Il n’est pas le seul à faire preuve de fatalisme. Faiza, vendeuse, la cinquantaine, n’ira pas voter : cette candidature « était prévisible comme le nez au milieu de la figure » et M. Bouteflika « passera » quoi qu’il en soit, lance-t-elle. Pour Saïd Benmohamed, quadragénaire exerçant une « profession libérale », « tant que c’est le même pouvoir, lui ou un autre, c’est kif-kif ».

Source : AFP

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