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Bouteflika candidat en Algérie : les jeux sont faits, constatent les médias locaux

Revue de presse

Dans les rues d'Alger, l'annonce de la candidature du président octogénaire semble diviser.

OLJ/AFP
11/02/2019

Avec l'officialisation de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidentielle, les jeux sont faits, estiment les médias locaux. Mais si la plupart en restent à ce constat, certains ne masquent pas leur "peur" d'un mandat "de trop" face à la "soif de changement" des Algériens.

Après des mois de spéculations autour de ses intentions, M. Bouteflika a annoncé dimanche sa candidature à un cinquième mandat dans un "message à la Nation" diffusée par l'agence officielle APS. Âgé de 81 ans et au pouvoir depuis deux décennies, le chef de l'Etat est cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013 qui a également affecté son élocution. Dans son message, Abdelaziz Bouteflika, dont la réélection en 2014 avait déjà suscité la perplexité, rappelle le bilan de ses quatre mandats écoulés. Il admet des forces physiques amoindries et annonce une "Conférence nationale" ouverte à l'opposition et destinée à accoucher de réformes institutionnelles, économiques et sociales.

Avec cette annonce, M. Bouteflika "met fin au faux suspense", écrit Le Soir d'Algérie. "Désormais officiellement candidat", il est "donc certain d'être toujours" aux commandes "au-delà du 18 avril", date du scrutin, estime-t-il.




Roulette russe
Incisif, le quotidien francophone el-Watan déplore, lui, "une candidature qui fait peur", en la comparant à une roulette russe dans un dessin montrant M. Bouteflika sous forme d'unique cartouche glissée dans un barillet de revolver. Un 5e mandat d'Abdelaziz Bouteflika "ne fera qu'aggraver les maux des mandats antérieurs et donc accélérer le chaos du pays", s'inquiète le journal. Abdelmalek Sellal, son directeur de campagne tout juste nommé, "va vendre du bluff" et devoir "convaincre les Algériens de donner leur voix à un homme pratiquement grabataire", écrit encore le journal.

Pour le site d'information TSA (Tout sur l'Algérie) le chef de l'Etat est désormais "candidat à la présidence à vie". Mais "la soif de changement est palpable dans toutes les franges de la société et ce cinquième mandat se présente comme celui de trop", fait-il valoir, en notant que M. Bouteflika est dans l'incapacité "de s'adresser directement à ses concitoyens depuis plus de six ans ou de mener sa campagne électorale sur le terrain". "Comment convaincre les électeurs, dont au moins une partie ont vécu le quatrième mandat comme celui de trop, de donner son quitus pour un cinquième?", ajoute le site: "le pouvoir (...) a pensé à une vente concomitante: réformes politiques contre cinquième mandat".

Une analyse partagée par le quotidien francophone Liberté: "la pilule d'une candidature contestée d'un président très démuni physiquement a besoin de quelques promesses alléchantes pour mieux passer auprès d'une opinion publique quelque peu réfractaire" à un nouveau mandat. Pour le journal, M. Bouteflika "promet de faire encore ce qu'il a été incapable de faire en 20 ans".

A l'inverse, le quotidien Reporters salue ces propositions de "réforme "profonde", y voyant une "proposition pour une transition consensuelle (...) devenue inéluctable" et "des "perspectives ouvertes pour l'opposition demandeuse d'un changement de fond".



(Pour mémoire : En l'absence de réformes, l'Algérie risque une crise économique dès 2019)



"La fin d'un faux suspense"
Dans la presse française, la candidature du président octogénaire à la santé précaire, paralysé et quasiment muet, n'a pas surpris. C'est "la fin d'un faux suspense", note le quotidien Libération dans un court article. "Pour les Algériens, c'est tout sauf une surprise dont ils semblent s'accommoder faute de mieux", confirme Le Parisien.

"L'avenir de l'Algérie, c'était et ce sera encore lui", raille l'éditorialiste des Dernières Nouvelles d'Alsace. "Diminué, la lippe figée, mutique en public depuis des années, Abdelaziz Bouteflika se succédera à lui-même si les circonstances lui prêtent vie et que les petits califes dans son dos cajolent les urnes comme il se doit", présume-t-il.

Le président algérien a été toujours été élu avec plus de 80% des voix, soulevant à chaque fois des accusations de "fraude".

"Il y a un chef au sommet de l'Etat algérien" et "depuis hier, il est très officiellement vivant", réalise Denis Daumin de La Nouvelle République. "A force de ne plus le voir et de l'entendre moins encore, nous avions fini par oublier son nom. Il se nomme Abdelaziz Bouteflika et il a 81 ans", précise l'éditorialiste en rappelant que "l'illustre octogénaire n'a plus l'usage de ses jambes et peut-être pas toute sa tête".

Son âge et ses problèmes de santé n'en font pas moins le "favori" de la prochaine course, parie Jean Levallois dans La Presse de La Manche.

Si l'hypothèse d'un abandon du pouvoir n'a jamais été d'actualité, celle d'éluder l'élection a été envisagée, croit savoir Le Monde. "Signe toutefois de l'inconfort représenté par la perspective d'un cinquième mandat, l'idée d'une prolongation +consensuelle+ du mandat (en cours) du président et d'un report de l'échéance électorale a été discutée au sein du pouvoir", selon le quotidien du soir. "Le but était d'éviter de revivre la campagne de 2014 qui avait été menée avec un candidat absent, incapable de s'adresser aux électeurs. L'option du report, intenable sur le plan constitutionnel, a finalement été rejetée", ajoute-t-il.

Le Figaro confirme: "Il y a quelques semaines, les choses ont bien failli prendre une tout autre tournure". Mais l'option du report "qui aurait permis de maintenir Bouteflika à son poste et aux différents courants du pouvoir de trouver un consens sur la succession" a été finalement abandonnée.

En fait, Abdelaziz Bouteflika est-il lui-même "au courant" qu'il est "candidat à un cinquième mandat"? C'est la question que se posent deux militaires dans une caricature d'Alex, le dessinateur du Courrier Picard qui représente Bouteflika avachi sur son fauteuil roulant.


(Pour mémoire : Qui veut un cinquième mandat Bouteflika?)



"Président invisible"
Dans les rues d'Alger, l'annonce du président semble diviser. Aïcha Zaidi, femme de ménage quinquagénaire a vécu "25 ans dans un gourbi". "Grâce à lui, j'ai un logement décent pour ma famille. Alors je vote pour" M. Bouteflika, a-t-elle confié à l'AFP près de la Grande Poste, en plein centre d'Alger. Said Salem, 65 ans, "veut la paix", alors il votera pour le chef de l'Etat --artisan de la paix après une décennie de guerre civile (1992-2002)-- "au lieu des autres qu'on ne connaît pas".

A l'inverse, Hamid Bramimi, autre retraité de 75 ans, clame sa "honte": "nous sommes devenus la risée du monde avec un président invisible".

A côté de lui, dans le quartier populaire de Bab al-Oued, Karim, 22 ans, rigole: "Bouteflika, c'est Highlander", héros immortel d'un film et d'une série télévisée. Puis, l'air plus grave, il ajoute: "Dès que je peux, je +trace+, je préfère mourir en mer que rester sans espoir". Il n'est pas le seul à faire preuve de fatalisme. Faiza, vendeuse, la cinquantaine, n'ira pas voter: cette candidature "était prévisible comme le nez au milieu de la figure" et M. Bouteflika "passera" quoi qu'il en soit, lance-t-elle.

Pour Said Benmohamed, quadragénaire exerçant une "profession libérale", "tant que c'est le même pouvoir, lui ou un autre, c'est kif-kif".



Pour mémoire

Des politiques et des intellectuels appellent Bouteflika à "renoncer" à un 5e mandat


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Irene Said

Malheureuse Algérie...avoir lutté pendant des années pour son indépendance...et finalement en arriver à cette mascarade indécente...due à la corruption !
Irène Saïd

Gebran Eid

PLUS JEUNE QUE AOUN

Sarkis Serge Tateossian

Un vrai phénomène....
Le "parrain" du peuple algérien ?

Il y a 40 ans des amis algériens me décrivaient leur pays comme le plus corrompu de la planète.

J'ai l'impression que rien n'a vraiment changé depuis ...

C'est un peu triste.

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