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Liban

Le Bloc national reprend vie et s’engage pour un État de droit

Partis politiques

Les journées portes ouvertes se poursuivent samedi et dimanche au nouveau siège du parti à Gemmayzé.

09/02/2019

Le 291 de la rue Gemmayzé est noir de monde, ce vendredi 8 février à 13 heures, pour la conférence de presse suivie de trois journées « portes ouvertes », qui accompagnent la relance du parti du Bloc national libanais. La maisonnette de pierre, toute en arcades, qui abrite le nouveau siège du parti est encore en chantier. Elle n’a ni portes ni fenêtres. Ses murs décrépis portent encore des traces du passé. Mais elle est à l’image de ce parti lui aussi en chantier, qui se présente comme non conventionnel, et qui entend opérer une refonte structurelle de son mode de fonctionnement, en annulant le poste de Amid et le principe de l’héritage politique, pour les remplacer par une direction collégiale élue par un bureau politique. Avec, pour objectifs, non seulement d’être fin prêt pour les prochaines législatives, mais de travailler pour l’intérêt national, de répondre aux attentes des Libanais, assoiffés de bonne gouvernance et de justice sociale, et de redonner à l’État et ses institutions les pleins pouvoirs, et l’exclusivité de l’usage des armes. « Nous sommes de retour pour que le Liban redevienne prospère, vert et juste », proclame un panneau portant l’emblème du parti.


(Bloc national : les raisons du changement, la tribune de Carlos Eddé)


Une visite pour comprendre

Un tour d’horizon des lieux s’impose d’emblée, histoire de suivre le parcours du parti fondé en 1943 par l’ancien président du Liban, Émile Eddé, hérité par son fils, Raymond Eddé qui en devient le « Amid », et repris à la mort de ce dernier par son neveu, Carlos Eddé. Chaque salle ouvrant sur le salon principal apporte une explication donnée, panneaux, images ou vidéos à l’appui. Le visiteur est d’abord invité à se pencher sur l’histoire du BN, relatée par les coupures de journaux, les cartes postales et la frise chronologique. Dans la deuxième salle, il se familiarise avec les principes du parti : d’un côté, sont affichées les cinq plaies majeures qui entachent le système politique libanais, confessionnalisme, clientélisme, corruption, suivisme aveugle et héritage politique. De l’autre, sont présentées les cinq vertus que le BN veut substituer aux cinq plaies, à savoir la citoyenneté, l’État de droit, l’intégrité, la souveraineté et l’exigence démocratique. Les murs sont ornés d’exemples criants de corruption, de clientélisme…

Le visiteur découvre alors les personnalités qui ont intégré le parti et rejoint son président Carlos Eddé. Parmi elles, des membres actifs de la société civile et d’anciens partisans. Au sein du comité exécutif, pluriconfessionnel, composé de 11 membres, on retrouve outre l’ancien Amid, Pierre Issa, Guita Chami, Philippe Hélou*, Salam Yamout, Abdelhalim Jabr, Frédéric Khair, Fadlallah Dagher, Naji Abou Khalil, Béchara Mouanès et Robert Fadel. Les noms des membres du conseil du parti sont également affichés, ceux de l’équipe de travail aussi. La quatrième salle révèle les chantiers engagés par le Bloc national, concernant des problèmes de services publics, de société, d’environnement, d’économie, de géostratégie, de gouvernement. « Nous avons planché de manière scientifique sur 101 problèmes qui pourraient être présentés comme étant notre programme politique », explique Amine Issa, membre du conseil du parti, faisant part de la volonté de la formation « d’engager le citoyen dans les débats » et de « créer une académie pour enseigner les principes, les codes de conduite et les techniques du BN ». La dernière étape met enfin en lumière la vision du parti, à savoir sa volonté d’œuvrer pour un Liban prospère, vert, qui assure la justice sociale.


(Lire aussi : Relance du Bloc national, un changement dans la continuité)


Plus de Amid, mais un comité exécutif élu

Place à la conférence de presse. Carlos Eddé explique d’abord sa démarche, le chantier entrepris et l’objectif du parti « fondé uniquement sur les intérêts nationaux ». « Le Bloc national est connu pour son patriotisme… il n’a jamais bénéficié du moindre financement extérieur. Et jamais aucun membre du bloc ne s’est enrichi de la politique. On nous appelait, alors, le parti des bonnes gens », rappelle-t-il. Le président élu révèle les nouvelles réformes enclenchées, bâties sur les principes historiques du parti : l’adhésion de nouveaux membres issus de la société civile, des personnalités qui ont réussi leur vie professionnelle et prouvé leur engagement citoyen. « J’ai décidé d’annuler la position de Amid au sein du Bloc national et d’accorder ses prérogatives au comité exécutif élu par le bureau politique », lance-t-il, affirmant avoir « passé le flambeau à des femmes et des hommes de tout le Liban qui aiment leur pays et ont décidé d’y rester… »

Pierre Issa rappelle de son côté son engagement de 35 ans au service des personnes et de la société au sein de l’association arcenciel qu’il a contribué à fonder. « Le Bloc national se transforme d’un parti de fondateurs en un parti d’institutions », souligne-t-il, faisant part de l’engagement de tous ses membres « à bâtir un État capable de prendre ses responsabilités, souverain sur l’ensemble du territoire libanais ». Le secrétaire général du parti fait part de sa détermination à coopérer avec toutes les parties libanaises, à mettre la dignité humaine et la défense des citoyens au cœur de ses actions, dans un objectif de justice sociale. « Nos solutions sont basées sur la confiance, assure-t-il. Le Bloc national est revenu pour bâtir un État de droit souverain au service du citoyen. »

C’est à une femme membre du comité exécutif que revient le mot de la fin. Salam Yamout, experte en informatique et en économie, avoue avoir quitté le bureau du Premier ministre au sein duquel elle travaillait, « par manque de réformes ». « Si je suis là aujourd’hui, c’est en tant que mère, parce que mes enfants sont contraints de travailler à l’étranger, à cause d’un taux de chômage de 30 % », dit-elle. « C’est aussi parce que le Bloc national croit en la femme », ajoute-t-elle, rappelant que c’est à l’instigation du parti que la femme libanaise a obtenu ses droits politiques et le droit de vote en 1951. « Il est impensable qu’au XXIe siècle, une femme n’ait pas le droit d’ouvrir un compte bancaire à ses enfants, de leur faire émettre un passeport, ou de les inscrire à l’école », déplore-t-elle. Et d’inviter les Libanais à contribuer au projet de construction de la nation ; plus particulièrement « ceux qui rêvent d’un changement et d’un État civil qui assure l’égalité à ses citoyens ». « Nous avons confiance, conclut Mme Yamout. Nous ne craignons pas de travailler avec des personnes d’une autre confession. »


*actionnaire à titre individuel de L'Orient-Le Jour


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Avangarde

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Le Faucon Pèlerin

On a donné au Bloc National le surnom "Hezb el-Awadem" (Le parti des gens honnêtes). Depuis le début des années 1950 jusqu'à 1972, j'ai toujours voté pour la liste du Bloc National au Kesrouan. Il vous suffit de dire que vous êtes un membre ou un sympathisant du Bloc National pour qu'on vous dise : Voilà un homme honnête et patriote.

Remy Martin

Félicitations au précurseur du vrai visage du Liban de demain.

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