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Débat

« Green Book » aux Oscars : yes or no

La 91e cérémonie des Academy Awards, qui récompense les œuvres cinématographiques de l’année 2018, aura lieu le 24 février. Cinq œuvres sont nommées pour le trophée tant convoité du meilleur film. Il est évident que jamais un film n’aura l’unanimité de tous les publics. Deuxième long-métrage ausculté : « Green Book » de Peter Farrelly.


Pour / Un road movie au charme fou

Danny MALLAT

Green Book se place dans cette catégorie de films dont on connaît, devine ou préfigure la fin, mais cela a peu d’importance. C’est le cheminement qui importe, et l’itinéraire de ces deux hommes – en faisant la route du Sud ensemble – qui vont s’apprivoiser l’un l’autre, chacun avec sa personnalité. L’action a ainsi lieu à l’époque où le « Livre vert » indiquait quels étaient les restaurants et les hôtels que pouvaient fréquenter les Afro-Américains. Dans ces rapports houleux où les différences s’affichent, Docteur Shirley, musicien noir introverti, apportera sa culture, et Tony, garde du corps et chauffeur d’origine italienne, son expérience de vie. Viggo Mortensen, au physique de musclor que les années n’ont pas pu altérer, celui qui peut aussi bien incarner un immigré italien qu’un Sigmund Freud chez David Cronenberg, bluffe de par sa métamorphose. Dans ce road movie, il est rejoint par l’étoile montante du cinéma Mahershala Ali, qui incarne avec brio Dr Don Shirley. Un acteur qui surprend depuis Moonlight et la récente troisième saison de True Detective. Le film nous fait passer d’un état jovial à une ambiance maussade, du sourire au rire et puis à la tristesse. Chemin faisant, ces deux hommes issus d’une réalité totalement différente vont se comprendre. Si la caméra est sans arrêt tournée vers les deux protagonistes, rendant leur relation unique face au monde extérieur, la bande originale, elle, est rythmée par des musiques jazz de l’époque. La luminosité utilisée à bon escient ajoute ce plus à cette ambiance teintée de charme. Chaque intervention musicale, très belle par ailleurs (Mahershala Ali jouant réellement au piano), s’intensifie au rythme du film et des propos. On rit de certaines situations cocasses, mais le fond du propos est toujours effrayant, comme celui de nous apprendre qu’il existait ce guide de voyage des établissements destinés aux personnes de couleur. Finalement, tout peut être résolu par l’amitié, voilà le message que tente de faire passer ce film authentique signé Peter Farrelly.


Contre / Un « feel-good movie » sirupeux

Colette KHALAF

Il y a des films qui, déjà, de l’affiche, vous interpellent. Green Book est un de ces films. D’abord un road movie, ce qui est toujours alléchant comme concept pour les cinéphiles (allez comprendre pourquoi !). Ensuite, un très bon casting : Viggo Mortensen qui n’a plus besoin d’être présenté tant il crève l’écran à chacun de ses films (notamment dans Eastern Promises de David Cronenberg). Face à lui, le nouveau venu mais non moins grand Mahershala Ali, qui avec son élégance et sa classe avait déjà séduit l’académie des Oscars en 2017 qui lui avait octroyé le trophée dans un second rôle masculin pour Moonlight. Et enfin un réalisateur du binôme Farrelly, Peter en l’occurrence, qui avec son frangin avait marqué la comédie américaine dans les années 90 (Dumb and Dumber)… Il y a aussi le sujet, accrocheur, intéressant et qui pique la curiosité puisque c’est un Driving Miss Daisy à l’envers. De plus, une histoire vraie, puisque inspirée de la vie de Don Shirley. Le topo parfait pour aller aux Oscars. Bref, il y a toute cette sauce, très bien assaisonnée, liante. Un peu trop à mon avis. Car pour un sujet aussi grave et aussi délicat que le racisme injecté d’homophobie, deux thèmes qui secouent jusqu’à cette heure l’Amérique, il ne fallait pas verser dans le sirupeux, le dégoulinant. Un sujet si fort ne peut être traité avec de si bons sentiments. On en sort certes content, voire rasséréné, avec des images belles – mais de nouveau trop bien léchées – de cette Amérique profonde. Trop prévisible, trop léger, surtout la dernière scène en mode « jouez hautbois, résonnez musettes », Green Book est un film où l’Amérique se sent bien car elle demande pardon pour tous ses péchés, ses erreurs de parcours, son racisme et son manque d’empathie pour les « différences ». Voilà, c’est fait. Peter Farrelly absout cette Amérique profonde mais légère, en utilisant tous ces ingrédients (acteurs, images, beaux paysages) pour faire ce feel-good movie, mais – et c’est dommage – sans aucune intensité.


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