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Libanaise, rêveuse et directrice artistique au « New York Times »

Portrait

Ce n’est qu’un début pour Tala Safié. À 26 ans, cette conceptrice graphiste affirme déjà son leadership, en mettant son talent au service des Feature Sections du célèbre quotidien américain. « L’Orient-Le Jour » l’a rencontrée lors de son court passage à Beyrouth.

May MAKAREM | OLJ
05/02/2019

Avec ce don artistique qui est le sien, le succès ne pouvait être qu’au rendez-vous pour Tala Safié. La jeune Libanaise, tout juste 26 ans, vient d’être nommée directrice artistique des Feature Sections du New York Times, des spéciaux qui portent sur les arts, la littérature, le cinéma, le théâtre et les dessins. Une aubaine quand on sait que le quotidien new-yorkais est détenteur de 125 prix Pulitzer et compte 3,7 millions d’abonnés papier et/ou web !

Cette pure passionnée de graphique design a déjà à son actif le prix Regional Design Awards 2017, du magazine Print, revue fondée en 1940 en Floride et classée au top 10 du Graphic Design magazines au monde et, par ricochet, le prix de la Bande dessinée alternative d’Angoulême pour la 5e anthologie du collectif libanais Samandal, Expérimentation, un volume édité par le Libano-génévois Alex Baladi, et dont elle a conçu le design et la mise en page.

Tala Safié a étudié le graphic design à l’AUB, dont elle sort diplômée en 2013. « C’est un programme de quatre ans durant lesquels j’ai acquis de solides connaissances théoriques et pratiques. C’est ainsi que j’ai pris conscience de l’importance du métier et de la responsabilité qui en résulte. » Avec pour mentor à ses débuts Zeina Maasri – auteur de Off the Wall, qui décrypte 150 affiches politiques réalisées par les partis et les groupes de combattants durant la période de guerre civile au Liban – son projet de thèse est récompensé de l’Areen Project Award of Excellence in Graphic Design, prix décerné par l’AUB à un projet qui démontre le respect et le service rendu à la collectivité aux niveaux local et national, avec des concepts structurels ou pratiques appropriés, et une innovation exceptionnelle.

Eye on design

Après l’AUB, et un stage à Amsterdam où elle fait ses armes chez De Designpolitie sous la direction de Richard Van der Laken, fondateur de la conférence internationale « What design can do », la jeune designer fait ses premiers pas au studio Safar, fondé par Hatem Imam, ancien professeur à l’AUB. Ses trois années dans cette boîte ont été une expérience « fructueuse et enrichissante : très vite, je me suis plongée dans le monde professionnel du design », raconte-t-elle. « J’ai appris à élaborer ma méthode de “time management” pour rendre mon travail plus productif ; mais aussi, à gérer les échanges avec les clients et les imprimeurs. J’ai ainsi découvert que la flexibilité et les bonnes questions sont les clés de la réussite. Comprendre les attentes du client, cerner ses objectifs, ses désirs, l’aider à les exprimer, tout en l’incitant avec souplesse et diplomatie à les formuler de manière à prendre en considération le bien public et l’environnement », ajoute-t-elle. Et de souligner que la responsabilité humaine et culturelle du designer est de créer des situations durables, au service du progrès.

En 2016, décidée à poursuivre un master et une formation de Designer as Author, elle s’envole pour la Grosse Pomme, et intègre un des établissements les plus prisés en matière d’art et de dessin, l’École des arts visuels de New York, la School of Visual Arts. « Pendant deux ans, j’ai eu la possibilité de rencontrer et de travailler avec des designers que j’ai longuement admirés ; j’ai eu aussi accès à de formidables sources, archives et références liées à mon domaine, tout cela en savourant ma chance d’être dans une des plus belles villes du monde. L’énergie fantastique qui se dégage de New York aiguise sans cesse ma curiosité. » Une belle période où son art va être nourri et développé. Ses idées innovantes de création se bousculent, révélant la finesse de son esprit d’observation et son aptitude remarquable dans ce domaine.

Au terme de deux ans à la SVA, marqués par une créativité bouillonnante, et du prix Regional Design Awards 2017 décerné par le prestigieux magazine de design The Print, son talent attire l’attention de AIGA Eye on Design, en 2018. Une belle avancée dans le succès. Car Eye on Design, plate-forme éditoriale de l’Association américaine des arts graphiques, qui s’adresse tout aussi bien aux professionnels qu’aux étudiants et à toutes les personnes intéressées par la culture visuelle et l’analyse du design graphique, est non seulement classée parmi les dix meilleures revues spécialisées dans le domaine du design, mais elle est considérée comme la plus belle revue au monde à collectionner ! Là, boostée par la confiance que lui est accordée, elle produit des visuels, et « participe aux décisions éditoriales du magazine, entourée d’une équipe d’éditrices brillantes, notamment Perrin Drumm, fondatrice de la revue, une femme exceptionnelle qui m’a ouvert beaucoup de portes à New York ».

Son propre magazine...

Vers la fin de la même année, son talent artistique est vite repéré par le New York Times qui n’hésite pas à la recruter, la nommant aussitôt directrice artistique de la publication des spéciaux. Au sein de l’équipe, c’est un nouveau dynamisme qui l’interpelle, car « il faut travailler à un rythme soutenu, bien plus rapide que celui d’un magazine ou d’un livre : il faut respecter des délais très serrés et prendre des décisions rapides. Mais c’est fascinant de travailler de près avec les éditorialistes afin de trouver des systèmes visuels qui renforcent leurs messages », dit-elle.

Malgré ce contexte où la pression ne se relâche jamais, Tala Safié trouve le moyen d’entreprendre des projets en free-lance. Ainsi, elle a conçu des publications et couvertures d’ouvrages pour L’Orient des livres, travaillant notamment à la réédition de La guerre du Liban de Samir Kassir. Ou encore, au premier numéro du magazine très arty Cold Cuts, du photographe Mohammad Abdouni.

D’autres projets ? « J’ai récemment eu la chance de gagner le prix Boghossian 2018 pour le design, ce qui va me permettre de créer mon propre magazine. Un rêve qui me travaille depuis un certain temps. Je vous en parlerai en temps voulu ! »

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