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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

L’art de la conversation existe-t-il autour de nous ?

Qu’est-il arrivé à l’art de la conversation ? Par conversation on n’entend pas simplement un échange de propos. On entend l’une des manifestations les plus élevées de l’intelligence humaine, puisqu’elle permet de transformer des abstractions en langage, de transmettre des images d’un esprit à un autre, de bâtir un édifice d’idées en commun, et ainsi, à nos yeux, elle remplit une mission civilisatrice.

Un tel niveau ne s’atteint qu’à certaines conditions. Tout d’abord, une conversation de qualité est essentiellement une quête en commun de l’essence des choses. Une quête enthousiaste et non un compte rendu ou une conférence. La volonté d’écouter est une composante vitale de tout échange. Quand deux personnes parlent à la fois, il n’y a pas conversation, mais collision.

Il n’y a pas davantage d’échange quand l’un ou l’autre interlocuteur garde la parole trop longtemps, comme ces joueurs de basket-ball avantageux qui jonglent interminablement pour éblouir la galerie. Plaignons quiconque, homme ou femme, a épousé un moulin à paroles !

D’autre part, pour avoir un sens, la conversation doit éviter la dispersion. Point n’est besoin de lui imposer pour autant un plan artificiel. Ce qui importe, c’est de lui garder sa grâce et sa cohérence tout en lui laissant sa spontanéité.

La parole est d’argent et le silence est d’or, dit-on. De fait, dans bien des cas, le silence est préférable à un bavardage inconsistant. D’où vient cependant qu’il déconcerte tant de gens ? Pourquoi tant de personnes refusent-elles de s’en tenir à cette espèce de dialogue muet, mais authentique, qu’entretiennent des êtres qui s’entendent bien et qui se devinent? La conversation toute faite ne devrait pas être nécessaire entre intimes. S’il n’y a rien à dire, ne disons rien.

Il est vrai que des inconnus qui se voient pour la première fois paraissent mal à l’aise s’ils n’échangent pas quelques propos anodins. Il n’y a pas de mal à cela, et c’est même nécessaire si chacun veut se faire une idée de l’autre. Mais, ces cas d’espèce mis à part, quelles sont, en général, les règles élémentaires de la conversation ?

Avant tout, certains sujets sont à bannir : les soucis ménagers, les fournisseurs du quartier, les affaires et autres considérations ennuyeuses ou trop particulières.

Il convient aussi d’épargner à nos amis et connaissances le récit de nos maladies et de nos problèmes ou soucis. Autres attitudes à éviter : celle du beau parleur qui veut toujours avoir raison et gagner à tous les coups.

Il n’est pas indispensable que la conversation soit toujours très enrichissante, mais elle doit en tout cas être plaisante. Marquons donc de l’empressement à l’égard de notre interlocuteur en nous employant, par exemple, à mieux le connaître. Surtout donnons à nos propos un tour aimable et enjoué, tant il est vrai que, dans la conversation, la bonne grâce est plus agréable que l’esprit.

Nous ne voyons pas d’objection à ce que l’on discipline la conversation. C’est ce que fait à bon droit la maîtresse de maison qui interrompt les propos de certains de ses hôtes pour donner la parole à l’un d’eux afin qu’il raconte une expérience intéressante, un voyage en Chine, par exemple. En revanche, nous admettons moins volontiers que l’on s’arroge le droit de faire cesser un débat intéressant sous prétexte qu’il devient trop sérieux. Une conversation de qualité demande à être entretenue avec beaucoup de soins.

Pour conclure, nous voudrions encourager les gais parleurs qui savent mettre un grain de sel dans la grisaille terre à terre de nos propos quotidiens. La taquinerie, la fantaisie, le rire, la satire et la coquetterie ont aussi leur place dans l’art de la conversation. N’a-t-on pas dit de celui-ci, il y a bien longtemps, que pour l’atteindre il fallait « savoir être vif sans être insistant, réfuter sans disserter et habiller les sujets pesants d’ornements chatoyants ? »

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Qu’est-il arrivé à l’art de la conversation ? Par conversation on n’entend pas simplement un échange de propos. On entend l’une des manifestations les plus élevées de l’intelligence humaine, puisqu’elle permet de transformer des abstractions en langage, de transmettre des images d’un esprit à un autre, de bâtir un édifice d’idées en commun, et ainsi, à nos yeux, elle remplit une mission civilisatrice.Un tel niveau ne s’atteint qu’à certaines conditions. Tout d’abord, une conversation de qualité est essentiellement une quête en commun de l’essence des choses. Une quête enthousiaste et non un compte rendu ou une conférence. La volonté d’écouter est une composante vitale de tout échange. Quand deux personnes parlent à la fois, il n’y a pas conversation, mais collision.Il n’y a pas davantage...
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