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Moyen Orient et Monde

Tranquilliser Gaza ou ménager les électeurs : le dilemme de Netanyahu

Israël

Le Premier ministre convoite un cinquième mandat aux législatives anticipées du 9 avril.

OLJ
24/01/2019

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis hier une « réaction létale » aux groupes palestiniens qui reprendraient les hostilités dans la bande de Gaza, au lendemain d’un accès de tensions dans cette enclave palestinienne éprouvée par les conflits, la pauvreté et les blocus.

Mardi soir déjà, il avait décidé de bloquer une aide de 15 millions de dollars pour la bande de Gaza, en réponse aux hostilités venues de l’enclave et au risque, en pleine période électorale, de ranimer la confrontation avec le Hamas et ses alliés. Après des semaines de calme relatif, la bande de Gaza a connu mardi des violences ravivant une fois de plus le spectre d’un embrasement. « Il y en a peut-être à Gaza qui croient pouvoir sortir la tête, je leur conseille de comprendre que la réaction sera létale et très douloureuse », a déclaré M. Netanyahu hier. Des chars positionnés côté israélien ont frappé mardi deux positions militaires du Hamas, le mouvement islamiste qui gouverne le territoire, en représailles à des tirs d’armes à feu contre des soldats déployés sur la frontière. Dans la nuit, des avions de guerre ont bombardé un camp du Hamas. Un membre de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzeddine el-Kassam, a été tué par un tir de char.

Le corps de Mahmoud al-Nabahine, 24 ans, ceint dans une bannière du Hamas, a été raccompagné chez lui dans le camp de réfugiés d’al-Bureij par une vingtaine d’autres membres des Brigades en uniforme, le visage dissimulé et tirant occasionnellement en l’air avec leurs fusils. Puis des centaines de personnes ont accompagné la dépouille mortelle au cimetière au son de haut-parleurs appelant à la vengeance. Un soldat israélien a été légèrement touché mardi par un tir palestinien. Par mesure de rétorsion, M. Netanyahu a décidé de ne pas autoriser l’acheminement, attendu depuis deux semaines et prévu ce mercredi, de 15 millions de dollars d’aide qatarie dans la bande de Gaza, a indiqué un responsable israélien.

Devant le retard pris dans l’acheminement de l’argent, le Hamas s’est surtout contenté jusqu’alors de distiller les mises en garde indirectes. Reste à savoir combien de temps cela va durer.

Gaza a frôlé en 2018 une quatrième guerre en 10 ans après des mois de manifestations souvent violentes près de la barrière frontalière et plusieurs accès de fièvre entre groupes armés palestiniens et armée israélienne. Depuis le début, en mars 2018, d’une mobilisation appelée « Grande marche du retour », au moins 244 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, la grande majorité le long de la barrière séparant Israël de la bande de Gaza, et un certain nombre sous des frappes israéliennes. Deux soldats israéliens ont été tués depuis cette date.

Israël et le Hamas ont conclu en novembre un cessez-le-feu par l’entremise du voisin égyptien. Mais les tensions demeurent. Pour apaiser la situation, Israël avait autorisé le Qatar, avec lequel il n’a pourtant pas de relations diplomatiques, à faire entrer à Gaza 90 millions de dollars en six tranches mensuelles pour payer les salaires de dizaines de milliers d’employés du Hamas et aider les pauvres, qui représentent la moitié de la population. L’émirat du Golfe, acteur primordial à Gaza, est l’un des rares alliés du Hamas.

Capitulation ?

Deux premiers versements qataris ont eu lieu en novembre et décembre. L’arrangement a suscité une image peu propice pour le Premier ministre israélien en période électorale : celle de valises de dollars entrées dans Gaza avec l’ambassadeur du Qatar et le feu vert israélien. M. Netanyahu convoite un cinquième mandat de Premier ministre aux législatives anticipées du 9 avril. Il s’y présente fort de sa réputation de Monsieur Sécurité, mais avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête : que le procureur général annonce son intention de l’inculper dans les affaires de corruption présumée qui menacent son long règne.

Ses adversaires ont signalé quel risque M. Netanyahu prenait en laissant passer l’argent qatari ou au contraire en le bloquant. Après les violences de mardi, mais sans faire référence au cash qatari, le Hamas a prévenu dans un communiqué qu’il n’acceptera « jamais qu’on verse le sang palestinien aux fins de publicité électorale ». L’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman, qui avait claqué la porte du gouvernement Netanyahu en novembre pour contester le cessez-le-feu avec le Hamas, a estimé pour sa part que bloquer une tranche ne suffisait pas. « Il faut stopper totalement le financement du terrorisme contre nous », a dit ce partisan d’une opération d’ampleur contre le Hamas. « Une confrontation avec le Hamas est inévitable », a-t-il dit. Simha Goldin, père d’un soldat dont le Hamas détiendrait le corps, s’est dit persuadé que M. Netanyahu laisserait passer l’argent et « capitulerait face au terrorisme ».

Michael SMITH / AFP

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