L’édito de Michel TOUMA

Doublement otage

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
08/01/2019

C’est dans une atmosphère de morosité rampante que s’amorce cette nouvelle année au plan local. Dans l’attente que mûrissent suffisamment les conditions qui permettront au président du Conseil désigné Saad Hariri de sortir de l’impasse dans laquelle il se débat depuis l’été dernier, les milieux politiques et les médias, et avec eux les Libanais, se laissent bercer par les supputations qui ne portent généralement que sur la partie visible de l’iceberg du processus de formation du gouvernement. Car il serait naïf de penser que le blocage ministériel actuel est dû simplement à un classique partage du gâteau entre factions rivales.

Les manœuvres qui continuent de tourner autour du pot dans l’optique de la mise en place de l’équipe ministérielle cachent mal un sérieux dysfonctionnement du système politique de Taëf. Un dysfonctionnement dont la source est essentiellement externe. Le Liban est en effet otage, dans toute l’acception du terme, d’un parti dont le projet politique et le centre d’intérêt sont par nature transnationaux. Cet ancrage d’ordre doctrinaire et religieux à une superpuissance régionale, qui ne cache pas ses ambitions expansionnistes, a permis au Hezbollah d’acquérir une stature qui dépasse largement le cadre étroit libanais, d’autant que la formation chiite joue le rôle de principale tête de pont du nouvel empire perse au Proche et au Moyen-Orient.

Conséquence inéluctable de cette équation : compte tenu de l’importance des enjeux géostratégiques iraniens dont il a la garde sur les bords de la Méditerranée, le Hezbollah s’est doté – ou plutôt a été doté – d’une capacité de nuisance destinée à préserver sa fonction, prenant de ce fait le Liban en otage.

Conscient de cette capacité de nuisance qu’il ne peut contrer à l’ombre du fait accompli actuel, et dans le souci déclaré de « préserver la paix civile », le Premier ministre désigné a posé, avec résignation, comme postulat la nécessité de former un gouvernement d’union nationale, incluant donc le Hezbollah qui, du coup, met à profit sa position prépondérante pour imposer ses conditions à l’élaboration de la formule ministérielle magique. À moins d’un subit bouleversement d’un rapport de forces à l’échelle régionale, Saad Hariri est lui-même devenu otage, et avec lui le Liban, de son propre postulat dont il ne peut se défaire.

Face à cette quadrature du cercle, de nombreuses voix s’élèvent ici et là pour réclamer la mise sur pied d’un cabinet de technocrates et d’indépendants qui auraient pour tâche immédiate et urgente d’engager sans délais le pays sur la voie du redressement économique. Mais c’est feindre d’ignorer que dans le contexte régional et international présent, le Hezbollah ne saurait se permettre de donner son aval à un gouvernement totalement « apolitique » qui risquerait d’être entraîné à faire des choix mettant en péril les intérêts vitaux de l’Iran.

Entre ces deux cas de figure extrêmes – un gouvernement élargi d’union nationale ou un cabinet « apolitique » – une solution médiane et pragmatique consisterait en un gouvernement de non-partisans mais d’apparentés (aux principales factions) avec un gentleman agreement (préalablement convenu) de ne pas aborder les sujets qui fâchent… Un moyen de gérer la crise, de faire redémarrer la machine économique et d’éviter ainsi la descente aux enfers, dans l’attente que se décante une conjoncture régionale en pleine mutation. Mais cela suppose à l’évidence qu’une décision politique soit prise de ne plus traiter le pays du Cèdre en otage ou de le considérer comme une carte de marchandage pour satisfaire des desseins étrangers dont les Libanais n’ont cure. Et cela implique aussi dans le même temps que les acteurs locaux aient suffisamment de grandeur pour prendre de la hauteur et donner leur aval à un gouvernement sinon d’ « indépendants », du moins d’apparentés qui aient les coudées franches pour redresser l’économie et, surtout, surtout, redonner vie aux divers services publics dont l’état de déliquescence avancé constitue un scandale à grande échelle, de l’électricité, au réseau téléphonique portable, en passant par l’internet ou les axes routiers.

Utopie et naïveté, une telle approche ? Sans doute… Mais le Liban n’est-il pas quelque part, contre vents et marées, le pays du paradoxe et des miracles ?

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ACQUIS À QUI

Cher Mr Touma, vous croyez encore au papa NOËL?

L'arbre de noël que vous venez de décorer, svp n'oubliez pas d'y mettre votre petit soulier, papa Hassan viendra vous le remplir de rêves.

Votre article est touchant, d'une main vous giflez de l'autre vous suppliez.

Allons donc !

Hitti arlette

Cher m. Touma . En voulant vous souhaiter une bonne nouvelle année j'ai cru au père noël en espérant un changement ,rien que d'un cran , dans votre analyse de la situation politique ,ou du moins de vous voir diaboliser un autre parti que le hezb . Mais ca n'a pas été le cas , hélas.. J'aurais souhaité également voir dans cet article une syllabe d'accusation à l'axe opposé à celui vers lequel vous pointez le doigt accusateur , celui qui selon vous serait la cause de tous nos maux .

LIBAN D'ABORD

Saad Hariri est lui-même devenu otage, et avec lui le Liban, de son propre postulat dont il ne peut se défaire.

Pourquoi il ne peut se defaire?

A-t-il peur d'un nouveau 7 mai ou d'un nouveau 14 fevrier?

Il est temps pour les dirigeants de prendre leurs responsabilites et de faire un gouvernement reduit de gens sans aucun penchant politique qui pensent Liban uniquement et pas Iran ou Syrie ou autre quelque soit leur religion

La situation ne pourra pas etre pire qu'aujourdh'ui et si elle le devenait on saura au moins clairement qui defend sa patrie et qui l'assassine

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,EST LA MAINMISE QU,IL FAUT APPELER PAR SON NOM !

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