L’ancien recteur de l’Université Saint-Joseph (USJ), le père Sélim Abou, est décédé à l’âge de 90 ans. Photo DR.
Un style qui ne laisse pas indifférent
Je n’ai pas eu la chance de suivre les cours du père Abou ou de préparer un mémoire ou une thèse sous sa direction. Et pourtant, pendant plus de trente ans, il fut pour moi un véritable maître à penser et à agir.
Dans ma thèse, mes recherches et mes enseignements centrés sur l’enseignement des langues et la traduction, ses deux livres sur Le bilinguisme arabe-français au Liban et sur L’identité culturelle étaient pour moi un passage obligé. Son style de pensée et d’écriture ne peut que marquer le lecteur profane ou averti : à la rigueur du philosophe s’ajoute la plume de l’écrivain. Une fois que vous avez lu l’un de ses articles ou de ses ouvrages, il restera présent avec vous dans tout ce que vous entreprenez d’écrire, vous servant de référence et de modèle.
Sous ses mandats de doyen et de recteur, j’ai pu découvrir son style dans l’administration qui dégageait trois grandes qualités : la confiance, la prise de décision et l’intransigeance.
Il savait avoir confiance dans ses collaborateurs et compter sur eux, et n’hésitait pas à leur déléguer les pouvoirs et à les encourager à aller plus loin. Un jour des années 80, il me fait venir dans son bureau de doyen et me demande : « C’est quoi la terminologie, cette nouvelle discipline en vogue au Canada ? » Je lui réponds : « Je ne la connais pas, mais ça doit être la science des termes. » Il conclut à l’instant même : « Pour mieux la connaître, tu vas la semaine prochaine à Montréal pour assister à un colloque et dans un mois tu vas passer un séjour d’études terminologiques à l’Université Laval. » C’est ainsi que fut introduit à l’école de traducteurs et d’interprètes le premier cours de terminologie.
Il savait aussi prendre les décisions et, une fois prises, il devenait intransigeant dans leur application. Tout le monde se rappelle son suivi personnel de la passation du test de niveau en anglais à la fin de la licence : pour obtenir la licence, tout étudiant doit au préalable réussir le test. Intraitable, il ne toléra aucune dérogation.
Un autre style ne pouvait qu’avoir un impact positif sur son entourage et tous les gens qu’il pouvait rencontrer : celui de son comportement quotidien où s’entremêlent l’envergure, l’amabilité, l’élégance, la politesse, le respect et la discrétion.
Après le départ de Sélim Abou, il nous manquera un style de pensée, d’écriture, d’administration et de comportement qui ne laisse pas indifférent.
Jarjoura HARDANE, directeur de l’école doctorale sciences de l’homme et de la société à l’USJ
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