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Diaspora

Du Gabon à la France, en passant par Beyrouth, des « Itinéraires » hors du commun

Art
Naji FARAH | OLJ
24/12/2018

Qu’est-ce qui a bien pu pousser Nayla Maalouf Guillemin, journaliste de formation et diplômée en gestion de l’art de l’Université de Washington, à se lancer dans une nouvelle exposition d’art ? Après 2007, année où elle avait présenté « New World Order » à Beyrouth, exposition prémonitoire de toiles avec des représentations tridimensionnelles sur l’avenir de l’humanité, elle revient sur la scène artistique avec « Itinéraires », un nom bien adapté pour une exposition qui a eu lieu les 21, 22 et 23 décembre à Achrafieh, et pour cause : ayant séjourné depuis son adolescence, en fonction de la situation au Liban, dans plusieurs pays, dont la France, l’Angleterre, la Suisse et les États-Unis, elle s’installe avec sa famille en 2008 au Gabon, avant de retourner au Liban il y a juste deux ans.

« Lorsque mon mari français, Laurent Guillemin, a décidé de s’établir en 2008 à Libreville pour y travailler dans un grand cabinet d’audit, toute la famille a été projetée dans un monde dont on ignorait l’existence, raconte Nayla. Les premières semaines, mon fils Lesther, alors âgé de 7 ans, refusait de regarder autour de lui tant le choc culturel était grand. Mais il s’est heureusement vite adapté, passant une belle enfance en compagnie de sa sœur Alma, qui a aujourd’hui 10 ans. »

L’artiste poursuit : « Au Gabon, les gens simples d’esprit circulent librement, et ils sont nombreux à parcourir les rues sans être importunés, car le peuple gabonais les considère avec respect. La lenteur des jours qui passent nous préserve du grignotage de la vie. Quant aux paysages et aux couleurs de la nature avec ses orages, ils sont magnifiques dans cette région du monde située sur l’équateur, où le soleil se lève et se couche toute l’année à la même heure. »

Tout cela a profondément marqué les œuvres de Nayla, notamment celle où figure un Gabonais atteint de folie parcourant les rues en portant des ailes à bout de bras avec un regard triste. Mais c’est la rencontre avec un descendant de Pygmées, Boris, qui l’a surtout influencée. Elle explique : « Nous habitions au bord de la mer, et celle-ci charriait régulièrement des troncs d’arbre aux formes superbes, provenant des abattages dans les régions alentour. La déforestation dans cette région du monde bat son plein, et Boris m’a enseigné son art ancestral de la sculpture du bois tropical. »

Une grande partie des œuvres de Nayla a été acheminée par bateau à partir de Libreville, d’autres proviennent de France où elle se plaisait à peindre à Paimpol, en Bretagne, sous l’œil bienveillant du peintre Pierre Cadiou de Condé, grand-père maternel de son mari Laurent et aujourd’hui décédé. Après Beyrouth, « Itinéraires » partira en France pour Grasse, en juin prochain, puis Paris.

De son immersion de huit ans dans l’environnement africain, Nayla a également sorti un livre, Quarantaine, sur l’histoire d’un couple d’expatriés déchirés et les femmes en souffrance au Gabon. « L’exposition “Itinéraires” « était vitale pour ma survie mentale durant ces années africaines… Presque toutes les œuvres sont de l’ “Upcycling” (mise en valeur de matières recyclables) et s’inscrivent comme révélatrices de la métamorphose des matières. Saisir l’objet, le sentiment, pour le retranscrire dans un espace-temps où rien ne se perd, dans un fou tourbillon de couleurs… Mais toutes revendiquent le même droit universel, celui de respirer, à une époque où l’on asphyxie notre planète. “Itinéraires” est née de ce mélange de cultures avec l’ultime désir, celui de vivre. »

Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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