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Sport

Les beaux balbutiements du hockey sur glace libanais

Reportage

Les Panthers, la première équipe du pays du Cèdre, viennent de voir le jour... et cherchent de jeunes pionniers, curieux et/ou passionnés, pour grossir leurs rangs.

17/12/2018 | 00h00

Il est 18h25 à Beyrouth et la circulation sur l’avenue Charles Hélou est à son comble. Au bord de la patinoire qui longe le front de mer, Joe lace ses patins à glace. Comme chaque semaine, il vient de Byblos pour l’entraînement du lundi soir. Avec ses épaulières, l’aîné des Panthers a l’air costaud du haut de ses 17 ans. Le casque enfilé en vitesse, il rejoint, en glissant, son coach qui va bientôt siffler le début des exercices.

Comme souvent, l’histoire de ces pionniers du hockey sur glace libanais commence en famille. « Mon fils Marc faisait du hockey sur gazon avec l’école, mais c’était juste une initiation, raconte Nada Hatem, la fondatrice de l’équipe des Panthers. Comme il voulait continuer, nous avons réuni une petite équipe l’année dernière, avec des cousins et quelques voisins. » Depuis que cette mère de famille qui vit à Mansourieh a montré aux enfants qu’ils pouvaient faire du hockey sur la glace il y a quelques semaines, aucun d’entre eux n’a voulu raccrocher ses patins et revenir sur l’herbe. « C’est beaucoup plus rapide, et le jeu est plus fluide et glissant », s’exclame Yvan, l’ailier gauche de l’équipe, qui a fait ses premiers pas en rollers à l’âge de 5 ans.


Un seul gardien
Quelques entraînements à la patinoire ont suffi à souder l’équipe, comme le témoigne Cody St. Hilaire, le sifflet autour du cou. « À chaque session, ils deviennent meilleurs », prévient ce Canadien qui vit six mois par an au Liban. « Chaque année, avant d’arriver ici, je regarde sur internet si, par hasard, il n’y a pas quelque chose en rapport avec le hockey qui s’est créé entre-temps. » Après cinq années de recherches infructueuses, Cody St. Hilaire trouve Nada Hatem sur Facebook mi-novembre. Depuis, il fait deux heures de voiture chaque semaine pour transmettre sa passion à ces jeunes entre 8 et 17 ans. « Au Canada, j’ai patiné dès que j’ai pu, à deux ou trois ans peut-être, s’amuse le bénévole. Mes parents m’ont toujours expliqué à quel point c’est important de redonner à sa communauté ce qu’on a eu la chance d’apprendre. »

Si les rangs des Panthers ne cessent de grossir, l’équipe n’a encore qu’un seul gardien. À 13 ans, Marc ne comprend pas pourquoi les autres ne veulent pas prendre son poste, accroupi dans les buts. « Être goal c’est super intéressant : il faut bien regarder les autres joueurs et être sûr de la trajectoire du palet. » Lara, elle, aimerait bien qu’il y ait d’autres filles dans l’équipe. Venue du sud du Liban, elle a beau « en parler avec les copines, il y en a peu qui font du sport, encore moins du hockey… ».


Comment freine-t-on avec ces patins ?
« Aujourd’hui, nous allons essayer d’apprendre à freiner d’un coup sec », briefe Cody. En l’absence de machine pour les affûter, les lames des chaussures louées à la patinoire pour 20 000 livres de l’heure empêchent tout freinage en douceur. « Normalement, les patins sont aussi tranchants que des couteaux », explique-t-il. Si les chutes sont fréquentes, l’ambiance bon enfant aide les jeunes à se relever et à se remettre en piste. « Il faudrait au moins qu’on installe des pans de plexiglas sur les côtés », confie-t-il. La patinoire, située près des Souks de Beyrouth, n’est pas faite pour le hockey sur glace. D’après les recherches de Nada, construire une arène conforme aux exigences de la Fédération internationale coûterait près de quatre millions de dollars. « La Fédération libanaise nous a promis que d’ici à quatre ou cinq ans, nous aurons notre patinoire de hockey », espère-t-elle.

À défaut d’une patinoire homologuée dans le pays, la Fédération libanaise de hockey sur glace (LIHF) est basée à Montréal depuis sa création, il y a trois ans. La capitale internationale de ce sport accueille même une équipe nationale, la Lebanon Team, composée exclusivement d’adultes canadiens issus de la diaspora libanaise. Signe prometteur pour un sport encore balbutiant, le ministère libanais de la Jeunesse et des Sports vient tout juste d’accréditer officiellement la LIHF le 22 novembre dernier.

Aujourd’hui, l’enjeu numéro un pour Nada Hatem et ses proches est de faire connaître ce sport à Beyrouth et dans tout le pays. « Mais c’est compliqué de faire venir des jeunes dans l’équipe à cause des coûts », souffle-t-elle. Un équipement complet, du casque aux jambières, coûte au minimum 400 dollars. « Au Canada, c’est beaucoup plus simple, se souvient Cody St. Hilaire, les gens se prêtent des équipements ou achètent des tenues déjà utilisées. »

Injustice
Avec un marché du hockey encore microscopique au Liban, chaque équipement doit être envoyé d’Amérique du Nord. Pour le Canadien, « ce n’est pas juste, ça devrait être ouvert à tous les enfants ! Bien sûr que c’est prohibitif, mais ce n’est pas impossible si le milieu du hockey s’agrandit ». D’ici un à deux ans, l’équipe actuelle aura déjà grandi et chacun pourra transmettre ses équipements aux plus jeunes. « Et peut-être, un jour, il y aura une boutique de hockey au Liban », imagine Hala Andraos, l’aide de camp de Nada, qui est aussi la mère de deux des joueurs des Panthers. « Quand j’ai habité à Dubaï, c’était surtout les expatriés et les étrangers qui travaillaient dans les ambassades qui jouaient. On peut viser le même public à Beyrouth », prévoit Cody St. Hilaire.

Loin de ces préoccupations d’adultes, les jeunes Panthers, eux, n’ont pas froid aux yeux quand il s’agit de parler glace. Dans un pays où le basket et le football sont les disciplines reines, les membres de l’équipe suivent désormais activement la NHL, la ligue de hockey nord-américaine. « J’espère que l’équipe du Liban ira un jour jusqu’aux Jeux olympiques. Et bien sûr, je veux en faire partie », assure le porteur du maillot n° 4 (le gardien Marc Hatem), la crosse à la main.


Pour plus d’informations sur les Panthers, retrouvez la Lebanese Ice Hockey Federation (LIHF) sur Facebook.

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