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Liban

Affaire Cantat, assassinat de Salim el-Lawzi... Les lauréats du prix Louis Delamare ont mis la barre haut

Liban-France

Le bâtonnier André Chidiac et l’ambassadeur Bruno Foucher se sont félicités de la tenue d’un événement qui promeut la défense des droits fondamentaux.

Claude ASSAF | OLJ
14/12/2018

En défendant avec brio, l’un la liberté de la presse et l’autre le droit du criminel à la réinsertion sociale, Anthony Feghali, stagiaire au barreau de Beyrouth, et Gauthier Poulin, stagiaire au barreau des Hauts-de-Seine (France), ont obtenu les prix du concours Louis Delamare organisé mercredi à la Maison de l’avocat.

Ce concours de plaidoiries, qui en est à sa 7e édition, a été fondé en 2012 par le président de la commission des relations internationales du barreau de Beyrouth, Joe Karam, en partenariat avec l’ambassade de France et le barreau de Caen (Normandie) et avec la participation de la Conférence de stage du barreau de Paris, pour rendre hommage à Louis Delamare, ancien ambassadeur de France, fervent défenseur des droits de l’homme, assassiné à Beyrouth le 4 septembre 1981.


(Pour mémoire : La discrimination et l’usage anarchique des armes, principaux axes des plaidoiries gagnantes)

« Ne pas s’autoproclamer juge »

Le gagnant français du concours, Gauthier Poulin, a su convaincre le jury en défendant avec ardeur un sujet a priori difficile : le droit du chanteur Bertrand Cantat à sa réinsertion sociale après avoir purgé une peine de 8 ans de prison qui lui avait été infligée en 2003 en Lituanie pour l’assassinat de sa compagne, l’actrice Nadine Trintignant. « Il a voulu l’an dernier relancer sa carrière, mais a essuyé d’innombrables insultes et subi des manifestations violentes et démesurées qui l’ont poussé à se retirer, entraînant ainsi sa mort artistique », regrette-t-il, exhortant l’opinion publique à « ne pas s’autoproclamer juge ». « Une fois la peine prononcée et subie, nul ne peut porter des accusations, car en voulant remplacer soi-même les tribunaux, on dit adieu à la justice effective », a-t-il averti.Le lauréat libanais Anthony Feghali a, pour sa part, choisi de plaider la cause de la liberté de la presse à travers la stigmatisation de la torture et de l’assassinat en 1980 de Salim el-Lawzi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire al-Hawadès. « Par son audace et son courage, Salim el-Lawzi osait dénoncer les ingérences étrangères et les complots qui nourrissaient la haine et la guerre », a affirmé Anthony Feghali, dénonçant « l’impunité des criminels, 38 ans après sa mort ». Et de noter avec indignation que « 70 ans après la Déclaration des droits de l’homme, les arrestations arbitraires, actes d’humiliation, tortures, menaces de mort et assassinats continuent de se multiplier ».Des sujets aussi variés que la défense des droits de l’enfant et des libertés de religion et d’expression, ainsi que la stigmatisation des viols de femmes et des crimes de guerre, ont été traités avec beaucoup de charisme et d’éloquence dans des plaidoiries étayées par des argumentations juridiques, mais le jury a notamment été séduit par deux autres candidats, Nevine Maraach, du barreau de Tripoli, et Margaux Durand-Poincloux, du barreau de Paris, à qui il a accordé deux prix spéciaux. Nevine Maraach pour son fervent plaidoyer en faveur du droit de la femme à transmettre la nationalité à ses enfants et son époux, et Margaux Durand-Poincloux pour son émouvante apologie de la liberté d’orientation sexuelle.

Le cas traité par la jeune avocate française est celui d’Alan Turing, mathématicien britannique et pionnier de l’informatique, ayant décrypté la machine de codage utilisée par le régime nazi pour ses communications pendant la Seconde Guerre mondiale. Alan Turing avait néanmoins subi une castration chimique décidée par la justice anglaise après la découverte de son homosexualité. Ne supportant plus les transformations de son corps dues à la prise d’œstrogènes, Alan Turing s’était suicidé en 1954.Les deux gagnants libanais sont invités en France par l’ambassade française et le président du RDCL-Monde (Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais), Fouad Zmokhol, en vue de participer au concours international de plaidoiries pour les droits de l’homme au Mémorial de Caen, tandis que les lauréats français ont reçu un matériel électronique et de bureau offert par les établissements Khoury Home ainsi que des ouvrages juridiques publiés en français par les éditions Sader.

Les prestations des candidats ont été écoutées par le bâtonnier de Beyrouth, André Chidiac, l’ambassadeur de France au Liban, Bruno Foucher, le représentant du bâtonnier de Paris, Fréderic Forgues, les anciens bâtonniers de Caen Robert Apéry et Xavier Onraed, le bâtonnier des Hauts-de-Seine, Pierre-Ann Laugery, Joe Karam, organisateur de l’événement, ainsi que le président du Conseil supérieur de la magistrature, Jean Fahd, la directrice du ministère de la Justice, Mayssam Noueiry, le bâtonnier de Tripoli, Mohammad Mrad, les anciens bâtonniers Amale Haddad et Nohad Jabre, le nouveau président de l’ordre des rédacteurs, Joseph Kosseifi, et une assistance nombreuse. Les onze candidats (huit femmes et trois hommes) sont affiliés aux barreaux

français (Paris, Caen et Hauts-de-Seine), au barreau du Luxembourg, et aux barreaux de Beyrouth et Tripoli.

Outre MM. Chidiac, Foucher, Forgues, Onraed, Karam et Mme Noueiry, le jury était composé d’Élisabeth Gay, attachée de coopération à l’Institut français, Gwendall Rouilard, député du Morbihan (France), Tarek Merhebi, député du Akkar, Ghada Bou Alwane, procureur générale de Nabatiyé, Ali Rahhal, professeur de droit à l’Université libanaise, Fouad Zmokhol, président du RDCL-Monde et L’Orient-Le Jour.Dans leurs allocutions, MM. Chidiac et Foucher, parrains de l’événement, se sont félicités de la tenue de ce concours qui promeut les droits de l’homme et ont salué en Louis Delamare les valeurs de liberté et de dignité que le diplomate défendait.

« Le concours s’inscrit dans un cadre visant à perpétuer le principe sacro-saint de la primauté du droit sur la force ainsi que les valeurs qui se dressent à l’encontre de la haine », a affirmé le bâtonnier de Beyrouth, rendant hommage à « la mémoire d’un grand homme qui a payé de sa vie pour l’instauration d’un dialogue au service de la paix ». « Dans le contexte hostile et inextricable auquel se confronte la société aujourd’hui, Il est impératif de ne pas transiger face aux innombrables exactions commises contre les droits de l’homme », a ajouté plus généralement M. Chidiac.


(Pour mémoire : La mémoire de Louis Delamare ou le vibrant plaidoyer pour les droits de l’homme)


Coopération France-Liban

Dans le même esprit, M. Foucher a exprimé sa « fierté de parrainer et soutenir ce concours, le plus bel hommage à la mémoire de Louis Delamare », estimant que « l’engagement des barreaux français autour de cet événement témoigne de la densité de la coopération entre la France et le Liban dans le domaine du droit, coopération qui se fonde sur des valeurs partagées ». Déplorant « des attaques en règle lancées dans de nombreux pays contre la société civile », notamment « la stigmatisation ou la répression de journalistes et les arrestations d’opposants politiques », M. Foucher a affirmé « l’engagement de la France en faveur des libertés d’expression, de conscience et d’orientation sexuelle, ou encore de l’égalité entre les hommes et les femmes ».



Pour mémoire 

Quatrième édition du prix Louis Delamare : plaidoiries en faveur de l’abolition de la peine de mort

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EL KHALIL ABDALLAH

ce sont les memes quoi ont kidnappe et torture Salim El Lawzi

Sarkis Serge Tateossian

Le sujet est passionnant. Mérite un travail approfondi de la part de toute la société car il s'agit d'un sujet sociétal au plus haut degré et d'une importance vitale pour une société plus juste et plus humaine.

Le Faucon Pèlerin

Qui et où sont les assassins de Louis Delamare, Rafic Hariri, René Mouawad, Béchir Gemayel, Kamal Joumblat, Mufti Hassan Khaled, Gébran Tuéni...

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