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Liban

Quatrième édition du prix Louis Delamare : plaidoiries en faveur de l’abolition de la peine de mort

Concours
OLJ
16/07/2015

Pour sa quatrième édition, les organisateurs du prix Louis Delamare, ancien ambassadeur de France assassiné au Liban le 4 septembre 1981 à quelques mètres d'un barrage syrien, ont choisi un thème fort en symbolique : la peine de mort. Un sujet qui n'est d'ailleurs pas loin des valeurs et croyances que défendait cet ancien diplomate, grand défenseur de la paix et des droits de l'homme.
« Le tueur est celui qui voulait punir la France pour ses efforts diplomatiques visant à protéger le Liban, en résolvant pacifiquement sa guerre et en s'efforçant de réconcilier les factions libanaises. L'accusé est toute autorité étrangère visant à dompter les Libanais, à dominer le Liban, voire à l'avaler », a affirmé le bâtonnier de Beyrouth, Georges Jreige, dans une allusion on ne peut plus claire à l'assassin présumé : la Syrie. S'exprimant lors de la cérémonie d'ouverture du concours, M. Jreige a saisi l'occasion pour rendre hommage à l'ambassadeur de France, Patrice Paoli – qui faisait le même jour ses adieux au Liban au terme de sa mission diplomatique – le qualifiant de « personnalité exceptionnelle dotée d'une élégance culturelle ».
Le concours, qui met en compétition sept jeunes stagiaires du barreau de Beyrouth et trois avocats français appelés à plaider devant un jury pour défendre une cause, se veut un hommage à la mémoire de Louis Delamare. Un prix spécial portant son nom est décerné aux gagnants, soit les deux lauréats libanais et un lauréat français. Exceptionnellement cette année, le premier lauréat libanais participera à une plaidoirie internationale organisée à l'occasion de la Journée mondiale en faveur de l'abolition de la peine de mort qui se tiendra à Paris le 10 octobre 2015 et à laquelle prendront part 12 finalistes internationaux. Le second lauréat libanais aura également la chance de participer à un concours international de plaidoiries pour les droits de l'homme au Mémorial de Caen en collaboration avec le barreau de Caen et l'Union internationale des avocats.
Organisé avec la participation du barreau de Beyrouth, du barreau de Caen et de l'ambassade de France, le concours a été l'occasion cette année de lancer un message on ne peut plus clair aux autorités libanaises en faveur de l'abolition de la peine de mort, une cause soutenue par le barreau de Beyrouth qui continue de plaider en direction de la poursuite des efforts en ce sens, rappelant inlassablement le principe du « respect effectif du droit à la vie et condamnant tout acte de violence et de terrorisme perpétré contre tout être humain ».
Créé en 2012 par Me Joe Karam, président de la Commission internationale du barreau de Beyrouth, le concours a eu des échos jusqu'à l'Élysée, parvenant jusqu'aux oreilles du président français, François Hollande, qui, fait hautement symbolique, a récemment rendu un hommage inédit à feu Louis Delamare en faisant déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du diplomate, dont le meurtre est imputé à la Syrie de Hafez el-Assad.
« Les diplomates et les avocats se retrouvent quelque part, puisque nous sommes tous dans la plaidoirie pour la défense d'intérêts et des bonnes causes », a indiqué M. Paoli dans son allocution. Le diplomate a tenu à rappeler un « épisode important », comme il dit, à savoir la déclaration commune publiée par les bâtonniers de Beyrouth et de Paris en octobre 2014 et distribuée à l'occasion du concours Louis Delamare, comportant un appel commun à refuser la peine de mort.
C'était ensuite au tour des candidats de défiler devant le jury pour plaider contre la peine capitale.
Respect de la sacralité de la vie humaine, plaidoirie contre la barbarie que représente la peine de mort, hymne au culte de la vie, tels sont les thèmes défendus par Me Chadi Akiki qui lance sans ambages à la fin : « J'accuse votre système juridique de sombrer dans le barbarie. » Pour l'avocat Mazen Faqih, la peine de mort n'est autre qu' « une solution rapide pour le gouvernement qui devrait plutôt se focaliser sur la prévention ».
Me Michèle Mansour a choisi, quant à elle, de défendre l'un des deux frères poseurs de la bombe durant le marathon de Boston, Tamerlan Tsarnaïev. Quand bien même son crime horrible ait suscité une grande indignation, le condamner à la peine de mort est une manière de « faire taire l'opinion publique », dit-elle, avant de rappeler que la tendance dans le monde est indiscutablement vers l'abolitionnisme. « On ne lave pas le sang par le sang », ajoute-t-elle, qualifiant la peine capitale d' « assassinat juridique ». L'avocate a mis en garde contre la « pression médiatique et politique qui nous pèse », louant le refus du châtiment, de la torture et de tout traitement humain dégradant.
Me Hanadi Moukawen, du barreau de Beyrouth, a choisi de défendre le cas de l'ancien président irakien, Saddam Hussein, en mettant en avant le caractère irréversible de la peine de mort. Parmi les juristes français, Me Sophie Rey-Gascon s'est distinguée par l'originalité de son approche, se plaçant dans la peau d'un homosexuel iranien condamné à mort pour ses choix sexuels. Dans une plaidoirie extrêmement touchante, l'avocate a réussi à transmettre au jury un mélange de sentiments variant entre solitude, peur, amertume et désespoir. « Je n'ai plus de nom, plus de prénom, je suis des initiales », lance la juriste devant le jury. C'est finalement elle qui remportera le prix discerné aux Français, et Michèle Mansour (première lauréate) et Ghina Zibawi (deuxième lauréate) le prix décerné aux Libanais. Cette dernière a plaidé le cas de Nasser el-Farès, dossier défendu il y a quelques mois par le bâtonnier de Paris, Pierre Olivier Sur, devant la Cour de cassation.

Les membres du jury
Le jury était constitué de l'ambassadeur Patrice Paoli, du bâtonnier de Beyrouth Georges Jreige, du directeur général du ministère de la Justice, le juge Mayssam Noueiri, du directeur de l'Institut français Henri Lebreton, de l'ancien bâtonnier de Caen Robert Apery, du membre du conseil de l'ordre des avocats de Paris, Baudoin Dubelloy, du fondateur du prix et du responsable des relations internationales au barreau de Beyrouth, l'avocat Joe Karam, du directeur du groupe Khoury Home, Romain Mathieu, et de Me Ophélie Gourdet, lauréate du prix Delamarre de l'an dernier.

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