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Moyen Orient et Monde

L’Église béatifie 19 martyrs, dont les moines de Tibhirine

Algérie

Il s’agit de célébrer leur mort aux côtés de tant de martyrs algériens, rappelle à Rome le père Thomas Georgeon.

OLJ/AFP/Aymeric VINCENOT
06/12/2018

Dix-neuf religieux catholiques, dont les sept moines de Tibhirine, assassinés en Algérie durant la « décennie noire » de guerre civile, seront béatifiés samedi à Oran, la première cérémonie du genre dans un pays musulman.

Les moines de Tibhirine, dont le destin tragique a inspiré le film du Français Xavier Beauvois Des hommes et des dieux (2010) – Grand Prix du Festival de Cannes –, ont été enlevés en mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, à 80 km au sud d’Alger. Les circonstances exactes de leur assassinat, annoncé le 23 mai suivant par le Groupe islamique armé (GIA), n’ont toujours pas été élucidées.

Seront béatifiés en même temps qu’eux, samedi, Mgr Pierre Claverie – évêque d’Oran et fervent défenseur du rapprochement entre les religions, tué dans l’explosion d’une bombe le 1er août 96 – ainsi que cinq religieux et six religieuses assassinés par balles entre 94 et 95 à Alger et Tizi-Ouzou (une centaine de km à l’est d’Alger). Cette cérémonie est « une manière de mettre en valeur » l’action de ces 19 hommes et femmes qui « ont choisi de rester en Algérie » au plus fort de la violence, de privilégier leurs « liens affectifs et amicaux (avec les Algériens) au risque de leur vie et qui en sont morts », a expliqué le cardinal d’Alger, Mgr Paul Desfarges. « Ils n’ont pas hésité à risquer leur vie car le plus important pour eux, c’était leur relation avec les autres », a-t-il souligné. Point commun entre ces 19 bienheureux, issus de huit ordres religieux : leurs liens extrêmement étroits et forts avec l’Algérie et la population algérienne, notamment sa frange la plus pauvre. La plupart avaient passé plusieurs décennies en Algérie au moment de leur assassinat. Certains y étaient depuis les années 1950. Le frère Luc était arrivé au monastère de Tibhirine en 1946.


(Lire aussi : Martyrs des guerres civiles : le Liban et la leçon algérienne)


« Fraternité et vivre-ensemble »
Beaucoup avaient étudié l’arabe et le Coran et œuvraient au dialogue entre chrétiens et musulmans. D’où l’importance d’une cérémonie de béatification en Algérie, pays où ils avaient choisi de vivre, puis de rester au mépris des risques, selon Mgr Desfarges.

Présidée par l’envoyé spécial du pape François, le cardinal Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour la cause des saints (chargée au Vatican de l’ensemble des processus de béatification et canonisation), elle se déroulera à l’église Notre-Dame de Santa Cruz, qui surplombe la baie d’Oran et la ville (400 km à l’ouest d’Alger). C’est la première fois que l’Église procédera, dans un pays musulman, à une béatification de martyrs, a rappelé à Rome le père Thomas Georgeon, postulateur de leur cause.

Il ne s’agit pas de « se glorifier de la mort de chrétiens face à des musulmans, mais bien de célébrer leur mort aux côtés de tant de martyrs algériens », a-t-il souligné.

Environ 200 000 personnes ont péri durant la guerre, dont de très nombreux civils, victimes d’attentats ou de massacres imputés aux groupes islamistes qui ont affronté les forces de sécurité entre 1992 et 2002. « Nous ne voulions pas d’une béatification entre chrétiens, car ces frères et sœurs sont morts au milieu de dizaines et dizaines de milliers d’Algériens » musulmans, a encore expliqué à l’AFP Mgr Desfarges.

Il a notamment rappelé que « 144 imams » algériens avaient « été tués pour avoir refusé de signer des fatwas justifiant la violence » des groupes armés, ainsi que « des intellectuels, des journalistes, mais aussi des familles qui ont refusé d’obéir aux groupes armés ».

L’Église se sent « proche de tous ceux en Algérie qui ont été fidèles à Dieu, à leur conscience et à l’amour de leur pays durant ces années noires », a-t-il ajouté. En étant béatifiés, les 19 « martyrs d’Algérie » deviennent des « modèles » qui « montrent la voie à suivre », a-t-il poursuivi : comme eux, « nous voulons continuer d’être cette Église de l’amitié, de fraternité et du vivre-ensemble ».


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