Les trois navires ukrainiens enlevés par les Russes, vus stationnés dans le port de Kertch. Alla Dmitrieva/Reuters
Vladimir Poutine a répété hier que les forces russes avaient fait « leur devoir » en arraisonnant par la force trois navires ukrainiens au large de la Crimée, la colère ne redescendant pas en Ukraine qui dénonce la détention « illégale » de ses 24 marins capturés, suite à l’incident survenu dimanche soir.
Votée lundi par le Parlement, la loi martiale est par ailleurs entrée en vigueur hier en Ukraine. Si les conditions de son application sont encore floues, elle a été introduite pour 30 jours dans dix régions frontalières et côtières de ce pays.
Alors que Kiev ne décolère pas après ce qu’elle considère être une agression de son gigantesque voisin, Vladimir Poutine a insisté sur le fait que, selon lui, les gardes-côtes russes avaient simplement « rempli leur devoir avec précision ». « Que s’est-il passé ? Ils (les Ukrainiens) n’ont pas répondu aux demandes de nos gardes-frontières. Et sont entrés dans nos eaux territoriales », a assuré le président russe, qualifiant l’accrochage de « provocation » organisée par Petro Porochenko, mal en point dans les sondages à quelques mois de l’élection présidentielle en Ukraine.
Hier, les neuf derniers marins capturés par la Russie qui devaient comparaître devant un tribunal ont été placés en détention provisoire jusqu’au 25 janvier, comme leurs 15 camarades l’avaient été la veille. Une détention « illégale » et un acte de « barbarie », a réagi Kiev. Une note de protestation contre « la poursuite par la Russie de ses actions illégales » a, à cet égard, été envoyée au ministère russe des Affaires étrangères, a annoncé la diplomatie ukrainienne qui considère ces hommes comme des « prisonniers de guerre » et réclame leur libération « immédiate ».
Les gardes-côtes russes ont arraisonné dimanche trois navires de la marine ukrainienne en mer Noire, non loin de la péninsule ukrainienne de Crimée annexée par la Russie en 2014, tirant sur eux et faisant trois blessés parmi les marins à leur bord. Il s’agit de la première confrontation militaire ouverte entre Moscou et Kiev depuis cette annexion et le début la même année d’un conflit armé dans l’est de l’Ukraine entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses qui a fait plus de 10 000 morts.
Rencontre Trump-Poutine annulée ?
Une affaire qui pourrait avoir des répercussions sur le sommet du G20 qui s’ouvrira demain en Argentine, Donald Trump ayant menacé d’annuler la rencontre prévue entre les présidents russe et américain. « Peut-être que je ne ferai pas cette entrevue » prévue avec M. Poutine dans ce cadre, a averti Donald Trump, soulignant « ne pas aimer cette agression », dans un entretien avec le Washington Post. Côté russe, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a pourtant assuré que la préparation de la rencontre « se poursuivait ». « Les deux parties ont un besoin identique de cette rencontre », a renchéri le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov, évoquant une rencontre en « deux parties : un tête-à-tête et un entretien avec les membres-clés des délégations des deux pays ».
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a toutefois parallèlement accusé les États-Unis et « certaines capitales européennes » de tolérer les « caprices » de Kiev.
Ces nouvelles tensions ukraino-russes ont également été au cœur de conversations téléphoniques séparées hier entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et ses homologues russe et ukrainien. Selon la présidence ukrainienne, M. Porochenko a appelé « le président turc à renforcer la pression sur la Russie en vue de la libération des marins et navires ukrainiens ».
Mardi soir, Petro Porochenko avait accusé la Russie d’avoir drastiquement renforcé sa présence militaire à la frontière ukrainienne, mettant en garde contre « la menace d’une guerre totale » avec son puissant voisin. « Nous devons tous être prêts à repousser l’agression de notre ennemi qui était il y a peu “seulement” notre voisin », a quant à lui déclaré Volodymyr Groïsman, à l’ouverture hier du Conseil des ministres.
L’accrochage en mer Noire s’est produit lorsque des bâtiments de la marine ukrainienne ont tenté de traverser le détroit de Kertch pour entrer dans la mer d’Azov, d’une importance cruciale pour les exportations de céréales ou d’acier produits dans l’est de l’Ukraine.
Les considérations de politique intérieure se mêlent aux enjeux stratégiques et militaires dans ce nouveau bras de fer. Vladimir Poutine a vu sa cote de popularité dégringoler sur fond de problèmes économiques et de fronde contre une impopulaire réforme des retraites. Petro Porochenko, qui cherche à se faire réélire pour un deuxième mandat, est confronté à des problèmes similaires.
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