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Moyen Orient et Monde

En Syrie, l’accord russo-turc mis à mal après un week-end sous haute tension

Syrie

Les avions russes ont effectué des raids en représailles à une attaque au chlore samedi à Alep. Le régime accuse les rebelles.


26/11/2018

L’accord turco-russe en Syrie va-t-il voler en éclats ? Depuis sa signature in extremis le 17 septembre entre Ankara, parrain des rebelles, et Moscou, allié du régime de Damas, l’accord de Sotchi a permis de repousser l’imminence d’une offensive de ce dernier contre la province d’Idleb et des parties des provinces voisines de Hama, Lattaquié et Alep, également contrôlées par la rébellion. Or hier, la Russie a mené des frappes aériennes contre des positions rebelles, les premières depuis l’accord, en représailles à une attaque au chlore samedi à Alep imputée par Damas aux factions « terroristes ».

Les médias syriens ont fait état, samedi soir, d’une attaque chimique à al-Khalidiya et la rue du Nil, des quartiers à l’ouest d’Alep, et fait mention de 107 cas de suffocation. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a, quant à lui, fait état de 94 cas de suffocation, dont la majorité a quitté l’hôpital. « Selon des informations préliminaires, confirmées par les symptômes d’empoisonnement présentés par les victimes, les obus tirés sur les quartiers résidentiels d’Alep contenaient du chlore, a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, cité par l’agence TASS. Selon lui, 46 personnes, dont huit enfants, ont souffert d’exposition aux produits chimiques. Des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont afflué la nuit vers un hôpital d’Alep, certains sur les brancards du Croissant-Rouge, d’autres portés par des proches. Les blessés semblaient pris de vertige et avaient du mal à respirer. Ils ont été soignés à l’aide de masques à oxygène, qu’ils ont gardés pendant une quinzaine de minutes, selon un photographe de l’AFP.

« J’ai commencé à entendre des tirs d’obus vers 21h30 samedi soir et, quelque temps après, j’ai vu à la télévision que nous avions été attaqués par des engins remplis de chlore. Deux ans après la libération d’Alep, on reçoit des obus. Quand va-t-on en finir ? » confie à L’Orient-Le Jour un habitant de Shahba al-Jadidat, un quartier adjacent à ceux visés, sous couvert d’anonymat.

Damas a déjà accusé, par le passé, les rebelles d’avoir utilisé des armes chimiques. Le 31 octobre 2016, en pleine bataille pour la reconquête des quartiers est d’Alep alors aux mains des rebelles, Damas avait accusé les « groupes terroristes » d’avoir « visé le quartier de Hamdaniyé avec du gaz toxique ». Depuis le début de la guerre en Syrie, les pays occidentaux ont accusé à plusieurs reprises Bachar el-Assad d’avoir usé d’armes chimiques contre la population civile, des accusations à chaque fois démenties par Damas et son allié russe qui ont attribué ces attaques aux rebelles.


(Lire aussi : En Syrie, 47 combattants antijihadistes morts dans des attaques de l'EI)


Zone démilitarisée
« Nous ne visons pas les civils, mais uniquement les positions militaires qui bombardent nos quartiers. Il se peut que le régime ait lui-même bombardé ces quartiers. Nos éclaireurs ont remarqué que des tirs avaient été effectués de Hamdaniyé vers les régions soi-disant visées par le chlore », accuse Naji Mustafa, porte-parole du Front national de libération, contacté par L’Orient-Le Jour. « Seul le régime criminel et son gang possèdent (ces armes) et les utilisent en Syrie », selon lui. Quelques heures après cette attaque au chlore, la coalition, qui regroupe plusieurs groupes de l’Armée syrienne libre (ASL), a fait état hier de frappes russes sur les districts 4 et 5 d’al-Rachidine, zone sous son contrôle située au sud-ouest d’Alep, proche des postes d’observation turcs. « Nous sommes présents dans cette zone. Le régime criminel et l’occupant russe cherchent à rompre l’accord », dénonce Naji Mustafa. « Pas de combattants de HTS à al-Rachidine », a précisé un activiste de la région sur un groupe WhatsApp réunissant des militants syriens et des journalistes. Les médias pro-Moscou ont mentionné que les raids avaient été effectués dans le nord de la zone démilitarisée d’Idleb contrôlée par Hay’at Tahrir al-Cham (HTS, ancienne branche d’el-Qaëda en Syrie), d’où des grenades « contenant apparemment du chlore », ont été lancées. Les groupes jihadistes présents dans le secteur n’ont pas réagi aux accusations.


(Lire aussi : « Raëd Farès était la révolution syrienne dans tous les sens du terme »)


Ces raids, les premiers en plus de deux mois, viennent fragiliser l’accord turco-russe, visant à mettre en place une trêve et à créer une « zone démilitarisée » qui doit séparer les territoires insurgés des régions gouvernementales dans les provinces voisines d’Alep et d’Idleb. L’accord devait officiellement entrer en vigueur à la mi-octobre, mais sur le terrain certaines dispositions n’ont pas été respectées, et des escarmouches opposent régulièrement les forces de Bachar el-Assad aux rebelles et aux jihadistes. Samedi, au moins sept civils dont cinq enfants ont ainsi été tués dans des frappes du régime à Jardjanaz, dans la province d’Idleb située dans la « zone démilitarisée ».

« Les accusations d’utilisation de chlore ne sont qu’une comédie de la part du régime. Son unique but est de faire voler en éclats l’accord turco-russe, par tous les moyens », poursuit Naji Mustafa.

C’est dans ce contexte que le ministre turc de la Défense Hulusi Akar s’est entretenu au téléphone hier avec son homologue russe Sergueï Choïgou pour évoquer l’escalade des tensions survenue pendant le week-end, qui « visent à nuire à l’accord de Sotchi », a indiqué Ankara, sans donner davantage de détails. Le négociateur en chef de l’opposition syrienne en exil, Nasr al-Hariri, a, pour sa part, accusé le régime Assad de fabriquer « un prétexte afin de lancer une opération militaire dans le Nord syrien ». « Nous nous préparons à toute éventualité en cas d’offensive du régime à Idleb », conclut le porte-parole de la coalition rebelle.


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