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Moyen Orient et Monde

Émancipation des Saoudiennes : le changement doit venir de l’intérieur

Sommet de la tolérance

Pour deux influentes femmes saoudiennes, l’éducation est la clé.

22/11/2018

« Les hommes jouent un rôle primordial pour soutenir l’émancipation de la femme. » C’est avec ce constat que la Saoudienne Thoraya Ahmed Obaid, ancienne directrice du Fonds des Nations unies pour la population et ex-sous-secrétaire générale de l’ONU de 2000 à 2010, a lancé les débats au deuxième jour du sommet mondial sur la tolérance qui a eu lieu la semaine dernière à l’hôtel Armani, Burj Khalifa, Dubaï.

Thoraya Obaid, 73 ans, est la première femme saoudienne à prendre la tête d’une agence onusienne. Elle était déjà la première femme saoudienne à obtenir une bourse universitaire du gouvernement pour aller étudier hors du royaume wahhabite. Elle est détentrice d’un doctorat de la Wayne State University au Michigan.


(Pour mémoire : La voiture d'une Saoudienne incendiée après l'autorisation de conduire pour les femmes)


Cinq hommes…

Pour appuyer son idée, Thoraya Obaid affirme que « cinq hommes ont fait d’elle ce qu’elle est ». D’abord son père, qui l’a envoyée au Caire faire ses études, alors qu’il n’y avait pas encore d’école de filles en Arabie saoudite. Et puis le défunt roi Fayçal qui lui a accordé la bourse pour aller étudier à l’étranger.

L’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, vient en troisième position, lui ayant proposé le poste qu’elle a occupé aux Nations unies. Vient ensuite le roi Abdallah qui l’a nommée membre du Conseil de la choura (assemblée consultative). Et, last but not least, son mari qui l’a soutenue avec patience durant toutes ces années.

Thoraya Obaid revient sur la corrélation entre la tolérance, sujet du sommet, et l’émancipation des femmes, sujet de son intervention, en se demandant quelle est, d’un point de vue légal, la différence entre les droits et les libertés. « Faut-il accepter toutes les valeurs culturelles ? » se demande-t-elle, en référence à la situation de la femme en Arabie saoudite. Pour elle, « il faut que la société elle-même découvre ce qui est négatif et positif. Il faut en outre que la société sente le besoin de se réformer, sinon toute volonté extérieure de changement est inutile ». Elle préconise ainsi de « donner les outils et les moyens à la société pour changer de l’intérieur. Et c’est à elle qu’il revient de décider quels sont les éléments négatifs qu’il faut réformer ».

Poursuivant le débat, Hoda al-Helaissi, également membre du Conseil de la choura, estime que « dans un monde multiculturel, il faut encourager et souligner les valeurs partagées entre les femmes, et non les différences ». « C’est le chemin vers la tolérance », ajoute la Saoudienne, qui ne comprend pas pourquoi, quand elle voyage en Europe, par exemple, on ne voit en elle que son voile. Pour Hoda al-Helaissi, la culture de tolérance conjuguée avec l’acceptation sociale de l’autre peut entraîner l’émancipation économique de la femme. « L’émancipation est d’avoir le choix », ajoute-t-elle.

À une question de L’Orient-Le Jour concernant le fait de savoir si la femme a le choix ou non de porter le voile en Arabie saoudite, où les femmes viennent tout récemment d’être autorisées à conduire, Hoda al-Helaissi répond qu’il s’agit d’un choix personnel. « Moi, quand je suis à l’étranger, je ne porte pas la abaya. Mais il ne faut pas me juger à cause de cela. Je ne suis pas moins intellectuelle ou moins professionnelle dans mon travail si je porte la abaya. »


(Lire aussi : Chocs électriques et coups de fouet : Riyad accusé de torture sur des femmes par Amnesty)


Les femmes dans l’espace public

À noter que les Émirats arabes unis où se déroulait les 15 et 16 novembre le sommet de la tolérance est à la pointe des droits de la femme parmi les monarchies du Golfe. Sous l’impulsion du cheikh Zayed ben Sultan al-Nahyan, fondateur et premier président de la confédération jusqu’à sa mort en 2004, les autorités ont mis l’accent sur l’éducation des jeunes en général et des filles en particulier. Le cheikh Zayed insistait ainsi pour que les filles terminent leurs études universitaires et puis commencent à travailler avant de se marier. On dit que la volonté du père des EAU à encourager les femmes à étudier et travailler vient de son ébahissement lors de sa première visite au Royaume-Uni, où il a rencontré la reine Elizabeth II et plus tard la Première ministre Margaret Thatcher, deux femmes de pouvoir exceptionnelles. Aujourd’hui, les femmes ont leur pleine place dans l’espace public émirati. Il y a neuf femmes ministres dans le gouvernement fédéral du cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum, la présidente du Conseil national (Parlement fédéral) est une femme, sans oublier leur place dans les institutions publiques en tant que juges ou diplomates.

Mais qu’en est-il de la place de la femme dans l’espace public saoudien? « Pour ce faire, il faut une évolution lente. C’est à travers l’éducation que la femme trouvera sa place et affirmera ses ambitions », affirme Hoda al-Helaissi à L’Orient-Le Jour. Toutefois, explique-t-elle, la femme saoudienne – qui ne peut toujours pas voyager, exercer une activité rémunérée ou se marier sans la permission d’un tuteur, père, frère ou mari – est loin de l’image et des stéréotypes que l’Occident lui colle. Et d’ajouter : « La femme saoudienne n’est pas la femme sans voix et sans visage. Je crois qu’il faut aller au-delà du voile et de la abaya pour juger la femme saoudienne. Et le monde sera surpris par ce qu’elle a à offrir. Avec l’encouragement de la famille et du père surtout, la femme saoudienne poursuit son développement à travers l’éducation. Et je vois un avenir très rose pour elle, surtout avec les réformes entamées par le roi Salmane et le prince héritier. » Hoda al-Helaissi récuse par ailleurs les contradictions entre les réformes d’une part et la répression contre des militantes de l’autre : « Il y a beaucoup de choses qui se passent en même temps. » Concernant les arrestations de militantes des droits de la femme qui ont eu lieu récemment, elle précise : « Il y a des raisons politiques très claires derrière cela, comme des contacts qui ne devaient pas avoir lieu », affirme-t-elle, reprenant la thèse officielle saoudienne de contacts de ces militantes avec des parties étrangères.


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