Selon une source militaire yéménite, les forces loyalistes ont réalisé des « avancées » vers Hodeida et son port, qu’elles cherchent à encercler, sous le couvert des raids aériens de la coalition militaire arabe menée par l’Arabie saoudite. Photo AFP
Le chef de la rébellion au Yémen a promis hier de ne pas céder face aux forces progouvernementales, faisant craindre une bataille féroce à Hodeida, port stratégique où les humanitaires s’inquiètent pour les civils et l’aide à une population menacée par la famine.
Dans ce pays pauvre ravagé par la guerre, les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, avec l’aide militaire de l’Arabie saoudite voisine et des Émirats arabes unis, tentent depuis 2015 de chasser les rebelles houthis des vastes régions qu’ils ont conquises, dont la capitale Sanaa. La reprise aux rebelles de Hodeida, sur la mer Rouge, serait stratégique dans la mesure où c’est par ce port que transitent près des trois quarts des importations et de l’aide tant nécessaire à la population. Alors que des sources militaires yéménites ont fait état d’avancées des forces progouvernementales dans la ville, le chef rebelle a averti que ses hommes n’abandonneront pas Hodeida. « Est-ce que l’ennemi pense que (...) prendre telle ou telle zone veut dire que nous allons (...) nous rendre ou remettre le contrôle de Hodeida à la coalition sous commandement saoudien ? » a questionné Abdel Malik al-Houthi. « Cela ne se produira jamais », a-t-il ajouté.
Hier, les combats se sont poursuivis en périphérie sud de la ville, près de l’hôpital du 22-Mai. À l’horizon, des colonnes de fumée se sont élevées de la cité soumise à un pilonnage intensif depuis près d’une semaine, alors que les forces loyalistes ont avancé dans la nuit en direction du port, à pied ou à bord de pick-up. Selon une source militaire, elles ont réalisé des « avancées » vers Hodeida et son port, qu’elles cherchent visiblement à encercler, sous le couvert des raids des avions de combat et des hélicoptères Apache de la coalition militaire arabe. Hier également, l’ONG Save the Children a rapporté qu’un garçon de 15 ans était décédé le jour même dans un hôpital de la ville après avoir été blessé par des éclats d’obus. Près de 40 combattants parmi les rebelles et les progouvernementaux ont été tués ces dernières 24 heures, ont pour leur part indiqué des sources médicales. Depuis l’intensification, le 1er novembre, des frappes aériennes et des opérations au sol, au total près de 200 combattants des deux camps ont péri.
Ligne de vie
« Ce que nous redoutons le plus, c’est que l’escalade de la violence compromette des efforts humanitaires vitaux », a dit hier Juliette Touma, responsable de la communication de l’Unicef au Moyen-Orient. « Le port de Hodeida est vraiment la ligne de vie de ce pays », a-t-elle insisté, expliquant que l’Unicef faisait parvenir des fournitures et de l’aide pour des millions d’enfants à bord de petites embarcations via Hodeida. Déjà, la veille, l’organisme onusien et l’organisation Médecins sans frontières (MSF) avaient exprimé leurs craintes face aux bombardements qui ont visé des cibles proches de deux hôpitaux de cette ville de quelque 600 000 habitants, dont certains ont fui. Pour Caroline Séguin, responsable des projets de MSF au Yémen, l’organisation est « réellement inquiète » d’un éventuel encerclement total de Hodeida, qui serait « une catastrophe ».
De son côté, Mirella Hodeib, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Yémen, a appelé « toutes les parties à épargner les civils et les infrastructures civiles ». Elle a cité en particulier l’hôpital al-Thawra, « l’un des plus grands de la ville », qui est très proche de la « ligne de front ». Save the Children a ainsi indiqué qu’une installation médicale qu’elle soutient avait été « attaquée » hier, « causant des dégâts » à une pharmacie de cette installation. Toujours selon cette ONG, des barrages nocturnes ont été établis, empêchant les civils d’entrer ou de sortir de la ville. Le CICR a donc demandé aux belligérants de « permettre le passage en sécurité des civils qui veulent fuir ».
La bataille de Hodeida a lieu au moment où Washington, allié des Saoudiens, et l’ONU cherchent à relancer le processus de paix. Selon des analystes, la pression diplomatique pourrait avoir incité les Saoudiens à chercher à obtenir le maximum de gains militaires avant d’éventuelles discussions. En septembre, un processus de consultations prévu par l’ONU à Genève avait échoué.
Source : AFP


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