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La Dernière

L’adolescence primée par le Goncourt et la cause arménienne, par le Renaudot

Prix Littéraires
OLJ
08/11/2018

Nicolas Mathieu a reçu hier le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone, pour Leurs enfants après eux (Actes Sud), fresque politique et sociale, roman d’apprentissage sur l’adolescence.

Le prix Renaudot a été attribué à Valérie Manteau pour Le sillon (Le Tripode), qui évoque la figure du journaliste et écrivain Hrant Dink, militant de la cause arménienne assassiné par un nationaliste turc. Elle ne figurait pas dans la liste des finalistes du prix qui comprenait par contre le roman L’âge d’or de la Libanaise Diane Mazloum.

Les jurés du prix Renaudot ont en outre attribué un « prix spécial » à Philippe Lançon pour Le lambeau, qui a déjà remporté le prix Femina.

« J’ai passé 18 mois enfermé dans une pièce seul et là je suis tout d’un coup comme un lapin devant les phares d’une voiture », a commenté Nicolas Mathieu devant une nuée de micros au restaurant Drouant.

« Ce prix va changer forcément ma vie. Je pense à mon fils Oscar. Dans ces cas-là on revient aux fondamentaux, je pense à ma famille, mes parents, la ville ou je suis né (Épinal, NDLR), aux gens dont je parle dans le livre. Tout ça, ça remonte », a-t-il déclaré.

Leurs enfants après eux est le deuxième livre de Nicolas Mathieu, 40 ans.

Comment se faire une vie quand à 14 ans on habite Heillange, une ville fictive mais qui ressemble à tant d’autres villes saignées par la mondialisation, avec ses hauts-fourneaux muets et l’ennui pour seul horizon ?

« Un roman d’apprentissage, c’est un roman de désillusion », soulignait récemment l’écrivain interrogé par une journaliste de l’AFP.

Nicolas Mathieu suit une poignée d’adolescents, au cours de quatre étés (1992, 1994, 1996 et 1998). Tous ces gamins rêvent « de foutre le camp », mais que faire d’ici là ? Dans la torpeur de l’été, on tente de tuer l’ennui en matant les filles rassemblées au bord du lac. Il y a l’espoir que « quelque chose arrive » même si les eaux du lac « ont la lourdeur de pétrole ».

Les adultes ne sont pas mieux lotis. Le père d’Anthony, ancien métallo, vivote en faisant de l’entretien de jardins et s’épuise dans l’alcool et la rancœur.

Le titre du livre provient d’une citation biblique (Livre de Ben Sira le Sage) rappelant la vanité de toute chose : « Il y en a d’autres dont le souvenir s’est perdu ; ils sont morts et c’est comme s’ils n’avaient jamais existé, c’est comme s’ils n’étaient jamais nés et de même leurs enfants après eux. »

Malgré leurs rêves, les adolescents sont condamnés à vivre la vie étriquée de leurs parents. Les désirs demeurent inassouvis, même la rage de vivre s’étiole.

« J’ai voulu raconter le monde d’où je viens. C’est une tentative littéraire et politique. Dès qu’on parle des gens, de la façon dont ils vivent, dont ils s’aiment, c’est un acte politique. Il y a un peu de moi forcément. Mon effort a été de restituer le temps présent, comprendre comment marchent nos vies. Ça passe par des détails, un ancrage maximum dans le réel. Le réel, c’est mon souci », a encore déclaré hier Nicolas Mathieu.

L’an dernier, le Goncourt avait été attribué à Éric Vuillard pour L’ordre du jour (Actes Sud).

Source : AFP


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Le pont

L'usage du mot "les gens" par Monsieur Mathieu est d'une laideur aussi horrible que les termes "le truc" ou "machin". Une des rares fois que "les gens" est parfaitement bien placé, se trouve dans la chanson de Patricia Kass; "les gens qui passent maman". Car ce terme enlève le visage des personnes concernées, et fait plonger dans l’anonymat des êtres humains particuliers et uniques. Dans la bouche des politiques c'est encore pire, car ils s'adressent à un peuple et à des citoyens. En arabe le mot "al-nass" est moche mais moins méprisable puisqu'il dérive de "inssane" (l'humain). J'ai hâte de découvrir l'auteur et le livre.

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