X

Liban

Un ouvrage de Saïd Chaaya sur la diplomatie allemande dans la Beyrouth ottomanne

Salon du livre

Dans son dernier ouvrage, l’historien retrace une époque de la vie de Beyrouth à travers les écrits épistolaires d’un homme de lettres engagé pour la modernité et le progrès de la société beyrouthine.


03/11/2018

En tant qu’historien spécialiste du Proche-Orient du milieu du XIXe siècle jusqu’à la chute de l’Empire ottoman, Saïd Chaaya a de tout temps eu le souci de s’intéresser à tout ce que les chercheurs ont tendance à délaisser, à négliger ou encore à oublier. D’où son regard porté sur la personnalité, l’œuvre littéraire et les relations diplomatiques de Girgi Dimitri Sursock, drogman au consulat général allemand à Beyrouth et seul membre de la famille Sursock ayant noirci les pages de trois ouvrages.

Dans son ouvrage intitulé Lettres de Girgi Dimitri Sursock à Martin Hartmann. La diplomatie allemande dans la Beyrouth ottomanne et publié aux éditions Geuthner, l’historien se penche sur la correspondance continue entretenue entre Girgi Dimitri Sursock et Martin Hartmann pendant vingt-six ans, de 1887 à 1913. « Ces années ont forgé l’identité moderne de Beyrouth à travers l’histoire des idées et des lettres, des sciences et des techniques », souligne M. Chaaya à L’Orient-Le Jour.

Selon l’historien, Girgi Sursock, de par sa fonction de drogman, était en bonne place pour entretenir les meilleures relations avec tous les diplomates européens, tous les responsables de l’administration ottomane, ainsi qu’avec les orientalistes. « Cet ouvrage apporte un éclairage sur le monde diplomatique et sur la vie des consuls à Beyrouth. À travers les lettres, le lecteur comprend comment l’administration ottomane traitait les affaires depuis Beyrouth, grâce à Girgi Dimitri Sursock qui prête et commente ce qui s’est passé », explique Saïd Chaaya.

C’est suite à un séjour de recherche en Allemagne qu’il a mis au jour les lettres que Girgi Dimitri Sursock a écrites à l’intention de Martin Hartmann. « On peut bien évidemment regretter que les lettres de Hartmann à Sursock n’aient pas été conservées, mais cela peut être en raison des circonstances, entre autres des guerres dont le Liban a hélas été le théâtre à son corps défendant », déplore-t-il, avant de poursuivre : « Les 77 lettres, rédigées en français, en arabe et en allemand, éditées et traduites le cas échéant en français, suffisent cependant à comprendre ce que Hartmann écrivait à son ami, tant les réponses de celui-ci sont précises et laissent deviner pourquoi il s’exprime ainsi. »

« Ces années sont celles de la Nahda », rappelle Saïd Chaaya, avant d’enchaîner : « Les journaux et les revues sont désormais imprimés et lus. Les universités pionnières au Proche-Orient voient le jour à Beyrouth. Éducation et information sont en première ligne dans une ville cosmopolite, avec leurs répercussions sur la vie quotidienne. »

« C’est au consulat général allemand à Beyrouth que Girgi Dimitri Sursock a fait la connaissance de Martin Hartmann, employé à la même fonction que lui. Si Hartmann a cependant dû bientôt repartir pour Berlin, l’amitié nouée entre les deux hommes n’a pas été rompue par l’éloignement », raconte-t-il. Dans cet échange précieux et régulier de lettres rapporté dans l’ouvrage, les deux hommes parlent chacun de soi et des autres, ils y livrent leurs sentiments sur les événements qu’ils vivent et rendent compte de leurs déceptions comme de leurs espérances.

« Sursock mentionne toutes les transformations et nouveautés à Beyrouth dans ses lettres, du port en construction à l’éclairage de la ville au gaz, en passant par la situation sanitaire et même le sort réservé aux femmes de petite vertu par les autorités ottomanes. Il donne son avis sur la compétence ou l’incompétence des hommes politiques. Il se passionne pour la construction des lignes de chemin de fer, qui permettent de renforcer les communications entre les villes de Beyrouth, Damas, Alep, Haïfa et d’autres encore », résume Saïd Chaaya.

Et de poursuivre : « Surtout, Sursock souligne combien tout cela a des répercussions sur l’économie, puisque les échanges commerciaux sont facilités, sur les balbutiements de ce qui deviendra le tourisme, quand on peut visiter et donc découvrir des lieux jusqu’alors difficiles à atteindre. » Saïd Chaaya tient cependant à préciser que Girgi Sursock ne rapporte pas que des choses agréables à Martin Hartmann. Il lui explique par exemple les ravages du choléra, il s’inquiète de la dureté de la répression exercée à l’encontre des communautés arméniennes. Il observe avec attention les revendications des Jeunes-Turcs, dont la révolution engendre bien des bouleversements. Pour l’historien, Girgi Dimitri Sursock est un homme de lettres engagé pour la modernité et le progrès de la société beyrouthine.

Saïd Chaaya fait précéder l’édition des lettres d’un chapitre les replaçant dans leur contexte, et la fait suivre d’un important commentaire, qu’il intitule non sans raison « Girgi Dimitri Sursock, observateur attentif des hommes, d’un monde, d’une époque ». Il y reprend, en les classant méthodiquement, les divers éléments épars le long des lettres. Un autre chapitre est consacré aux hommes et à quelques femmes avec lesquels Sursock était en relation, ou plus exactement avec lesquels il a tissé un vaste et utile réseau.

Le lecteur y rencontre des diplomates, bien sûr, et des hommes politiques, des savants, des intellectuels tant arabes qu’occidentaux. Enfin, des annexes illustrent bien à propos ce qui a été mentionné dans les lettres. Robert Khalil Sursock, ancien président exécutif de la Banque arabe internationale d’investissement, a également écrit une préface au livre, manifestant combien il est heureux de voir à travers ce livre l’hommage rendu à un membre éminent de sa grande famille.

Saïd Chaaya signe demain à 17h au Salon du livre francophone de Beyrouth son dernier ouvrage, ainsi qu’un livre qu’il avait déjà publié au début de l’année chez le même éditeur : Beyrouth au XIXe siècle, entre confessionnalisme et laïcité. La signature de ces deux ouvrages sera précédée d’une conférence à 16h, intitulée « Girgi Dimitri Sursock à Beyrouth, entre le passé et l’avenir ».


Lire aussi

« Chroniques de la révolte syrienne » ou comment documenter la mémoire

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

D’un automne à l’autre

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants