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Moyen Orient et Monde - Presse

Le Qatar, terre d’exil de journalistes opposants égyptiens

De nombreux membres de la rédaction d’al-Jazeera, de nationalité égyptienne, commentent depuis Doha le tournant répressif que leur pays a (re)pris il y a cinq ans à l’encontre de la mouvance des Frères musulmans.

Des journalistes de différentes nationalités travaillant dans la salle de presse au siège du réseau al-Jazeera, basé au Qatar. Photo Sebastian Castelier


Un homme vêtu d’une chemise blanche aux manches retroussées fait son entrée dans une salle de réunion sombre. Il pose son téléphone sur la table, puis se rétrécit dans son fauteuil. Derrière lui, des présentateurs commentent l’actualité mondiale et des images inondent les écrans de la chaîne qatarie al-Jazeera.

Baher Mohammad, journaliste égyptien travaillant pour la chaîne, a réservé 30 minutes dans son agenda chargé pour raconter ses 428 jours de détention dans son pays natal. Un pays dont il est banni après avoir été inculpé pour « diffusion de mensonges en aide à un groupe terroriste », alors qu’il travaillait comme journaliste pour al-Jazeera.

En 2013, l’Égypte est en pleine mutation alors qu’un coup d’État militaire destitue le président Mohammad Morsi, élu démocratiquement un an auparavant après les printemps arabes, mais très contesté par tous les adversaires des Frères musulmans, une confrérie dont M. Morsi est issu et qui a les faveurs du Qatar. Des vagues d’émeutes et d’affrontements secouent Le Caire. Baher Mohammad entame une collaboration avec la version anglaise d’al-Jazeera et parcourt la capitale égyptienne avec une équipe de cameramen. Des batailles meurtrières opposent les forces armées aux foules soutenant Mohammad Morsi.La presse devient la cible des autorités. « Beaucoup de journalistes du New York Times ont été attaqués devant la police ou les militaires, mais aucun d’eux n’a jamais bougé », se rappelle M. Mohammad. Les exactions de la junte militaire, notamment lors du massacre de la place Rabeia el-Adaouïa, qui fit plus de 800 morts entre le 14 et le 16 août 2013, accentuent la pression. Des journalistes sont incarcérés et inculpés pour collaboration avec les Frères musulmans, organisation qualifiée de terroriste par le gouvernement du nouvel homme fort, Abdel Fattah al-Sissi, en juillet 2013.

Le 29 décembre, peu après avoir quitté ses collègues, Baher Mohammad est informé de leur arrestation. Al-Jazeera lui conseille de fuir l’Égypte avec sa famille le plus vite possible. Mais Baher refuse. « Je me suis dit que si je partais, ils allaient prendre mon frère, mon père… Donc j’ai décidé de rester. » En fin de soirée, des officiers de la SWAT (Special Weapons And Tactics) font irruption à son domicile. La maison du journaliste est cernée et des hommes cagoulés vident la demeure. « Ils ont tout pris, y compris la bague de diamant que j’avais offerte à ma femme, de l’argent, des montres, des iPad, l’ordinateur de ma femme, les caméras de mon frère, de l’argent et des lunettes de mes grands-parents… » raconte-t-il.

S’ensuit un an de prison durant lequel plusieurs procureurs de la sécurité de l’État peineront à clarifier les motifs de son arrestation. Les cellules sont étriquées, les conditions de détention épouvantables. Pas de toilettes, mais un trou, pas de douche, pas de visite et seulement une sortie d’une heure tous les 18 jours. « J’avais des preuves (qu’il était journaliste). Je les ai présentées à la cour, mais ça ne faisait aucune différence. »

Finalement, face à la pression exercée sur l’Égypte par les médias et différentes organisations internationales, Baher est libéré sous caution début 2015. Al-Jazeera offre un poste de salarié à Baher Mohammad, au Qatar, et organise son arrivée, accompagné de sa femme et de ses enfants.

Le journaliste Abdallah Elshamy travaille aussi au Qatar pour al-Jazeera, après avoir passé 10 mois en prison en Égypte pour avoir documenté les massacres de la place Rabeia. En chemisette sombre, la voix posée, il raconte comment la mobilisation d’al-Jazeera a compté pour sa libération. « J’ai entamé une grève de la faim en prison. Les deux premiers mois, la prison a refusé de reconnaître ma démarche. Mais grâce à la pression médiatique d’al-Jazeera, la justice a fini par la prendre en compte. » Après 149 jours de jeûne, Abdallah Elshamy est libéré et s’enfuit vers le Qatar. « Je n’avais pas vu mon père depuis longtemps. Al-Jazeera l’a fait venir au Qatar. C’est quelque chose que j’ai apprécié », raconte-t-il.

Pour sa part, le journaliste égyptien Abou Bakr Machali, vivant aujourd’hui à Doha et coordinateur des contenus digitaux à al-Jazeera, a été condamné à mort par contumace. « Ils ont bloqué mon compte en banque en Égypte », affirme-t-il. Pire, l’ambassade d’Égypte à Doha refuse de renouveler son passeport qui arrivera à expiration en 2019. Abou Bakr sait qu’il trouvera une solution par le biais d’al-Jazeera pour obtenir exceptionnellement une « résidence » sans passeport valide. « Je dirais que plus de 50 journalistes égyptiens ont des ennuis avec le pouvoir égyptien chez al-Jazeera », estime-t-il. Reporters sans frontières estime que l’Égypte retient en prison encore 15 journalistes.


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commentaires (3)

Le Qatar, terre d’exil de journalistes opposants égyptiens ........ et bensaouds depuis une certaine opération chirurgicale !!!

FRIK-A-FRAK

12 h 05, le 24 octobre 2018

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Commentaires (3)

  • Le Qatar, terre d’exil de journalistes opposants égyptiens ........ et bensaouds depuis une certaine opération chirurgicale !!!

    FRIK-A-FRAK

    12 h 05, le 24 octobre 2018

  • Et depuis le massacre à la trançonneuse de Jamal Khashoggi entré "in peace" à l'ambassade bensaoud en Turquie , pour en sortir "in pièces" , le Qatar sera aussi un refuge pour bensaouds en danger !

    FRIK-A-FRAK

    11 h 58, le 24 octobre 2018

  • Si cela peut servir d'embryon pour un lendemain démocratique pourquoi pas ? La difficulté aux proche et moyen orient est la suivante. Les opposants à des oppresseurs ou dictateurs se servent des moyens démocratiques (ils militent contre l'oppresseur au nom des libertés) pour renverser le pouvoir, et mettre en place un régime plus sanguinaire voir obscurantiste. Pire, souvent les journalistes dans ces pays, bon gré, mal gré, sont soit dans le camp du pouvoir soit dans le camp des opposants sans jamais pouvoir travailler en toute indépendance. Y a-t-il des vrais journalistes défenseurs des droits de l'homme en orient ?

    Sarkis Serge Tateossian

    10 h 31, le 24 octobre 2018

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