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Liban

L’escalade au Liban en voie d’ascension

Loisirs

Sport peu connu du grand public et insuffisamment développé, la grimpe comporte pourtant de multiples avantages propices au développement du pays.

23/10/2018

Le Liban est un pays qui bénéficie naturellement d’un grand potentiel pour l’escalade, une activité qui regroupe un ensemble de pratiques sportives. Considérée initialement comme une activité regroupant des adeptes marginaux, voire rebelles face au dogme de l’alpinisme, la grimpe s’est progressivement autonomisée jusqu’à s’institutionnaliser comme une pratique à part entière. Épreuve des Jeux olympiques de la jeunesse de 2018, l’escalade a récemment été ajoutée au programme des Jeux de Tokyo de 2020. Cette médiatisation croissante illustre le dynamisme de ce sport qui aspire à une reconnaissance internationale.

Historiquement, l’escalade au Liban a été initiée dès 1999 dans les gorges de Baatara, à Tannourine, par des instructeurs de l’armée française. Informelle, cette activité s’est progressivement développée au début du XXIe siècle grâce aux initiatives de plusieurs grimpeurs libanais, qui ont équipé des parcours, essentiellement à Tannourine. Puis, au début des années 2010, le grimpeur français Alexandre Chabot (plusieurs fois médaillé) a répondu à l’invitation de l’association Rock Climbing Lebanon pour venir découvrir l’escalade au Liban. Lors de sa visite médiatisée, le sportif français a ouvert de nombreuses voies, afin que les grimpeurs de tous âges et de tous niveaux puissent venir escalader. Selon Jad Khoury, fondateur de l’association, la visite de ce sportif de haut niveau au Liban a été perçue comme une première reconnaissance internationale du potentiel de grimpe au Liban. Plus tard, un grimpeur libanais, Jad Bou Chebl, a créé la première salle d’escalade intérieure à Beyrouth. Celle-ci a pour but d’offrir des conditions d’entraînement optimales et de proposer des cours d’escalade tant aux débutants qu’aux grimpeurs confirmés.


Une géographie favorable
Le Liban bénéficie d’une topographie particulièrement favorable au développement de ce sport : falaises et montagnes s’étalent à perte de vue dans les régions du Chouf ou de Tannourine et les températures sont idéales tout au long de l’année. Contrairement à certains pays où les sportifs attendent le printemps, les Libanais peuvent pratiquer ce sport même en hiver.

Cependant, malgré le fort potentiel de grimpe au Liban, aucune initiative publique n’a été prise par le ministère de la Jeunesse et des Sports pour le développement de cette activité, déplorent les experts. Pascale, une grimpeuse française expatriée à Beyrouth, regrette l’absence d’une fédération et le défaut de formation diplômante pour ce sport au Liban. Néanmoins, cette carence publique n’a pas empêché des grimpeurs libanais de s’occuper eux-mêmes de la promotion et du développement de ce sport. Rock Climbing Lebanon a ainsi été appuyée par l’aide de Will Nazarian, grimpeur américain et fondateur de l’association suisse Rock Climbing Association for Development, pour l’ouverture de nombreuses voies d’escalade depuis 2012.

Une autre ONG locale, Lebanese Climbing Association, encourage, elle aussi, l’escalade au Liban via un site d’information pour les grimpeurs. Une carte virtuelle répertorie les différents sites d’escalade, leurs itinéraires, ainsi que les niveaux de chacun d’entre eux.

Michel et Pascale Matera, Français passionnés d’escalade et installés au Liban, souhaitent eux aussi s’engager dans le partage de leur passion. Instructeurs d’escalade et grimpeurs confirmés, ils aimeraient encourager le développement de cette activité via des partenariats avec la Fédération française de la montagne et de l’escalade afin d’appuyer la construction d’équipements d’entraînement et la mise en place de formations diplômantes au Liban. Pour Michel, « il y a un grand besoin de reconstruire le Liban ». « L’escalade pourrait être l’un des moteurs de cette nouvelle dynamique », signale-t-il.

La présentation non exhaustive de ces initiatives individuelles illustre la forte dynamique actuelle et l’envie de passionnés de grimpe pour le développement de ce sport. Cependant, le financement de ces projets reste problématique puisqu’ils sont essentiellement pris en charge par les membres eux-mêmes, ou ponctuellement appuyés par des ONG étrangères. Contrairement à d’autres pays comme la France, où l’escalade fait partie du programme scolaire de la maternelle à l’université, ce sport n’intègre pas le système éducatif des établissements d’enseignement libanais.


Tourisme sportif écologique et lutte contre l’exode rural
La patience et la persévérance de ces acteurs passionnés de grimpe portent néanmoins leurs fruits aujourd’hui. La communauté des grimpeurs au Liban regroupe actuellement une petite centaine de participants réguliers et plus de 1 500 abonnés sur les réseaux sociaux. Selon Jad Khoury, l’escalade est en train de se développer : « En 2010, nous partions à deux ou trois voitures le week-end, maintenant, il y a environ vingt voitures chaque fin de semaine. » La pratique de ce sport au Liban commence également à avoir une résonance internationale, puisqu’à chaque saison, les escaladeurs réguliers rencontrent de nouveaux touristes sur les sites de grimpe.

Sur le site appelé Chawarma (du nom du célèbre sandwich) par les amateurs de la grimpe, à Tannourine, Alexis, un jeune grimpeur belge, va à la découverte des falaises du Liban. Surpris par le fort potentiel naturel du pays, il évoque la nécessité d’ouvrir davantage de structures intérieures afin de faire connaître cette pratique sportive au plus grand nombre.


Une pratique, beaucoup d’avantages
Pédagogiquement, l’escalade nécessite tant de qualités mentales que physiques. Pendant que l’un effectue une montée, son partenaire est responsable de sa sécurité. Une relation de confiance mutuelle se met en place immédiatement entre les deux sportifs. Accroissement du sens des responsabilités, gestion du stress et patience sont ainsi les facultés requises pour effectuer ce sport. Un sport qui, en outre, nécessite peu d’équipements matériels.

Économiquement, le développement de l’escalade au Liban permet de favoriser le tourisme de façon durable. Sur le long terme, l’escalade peut être considérée comme un moteur économique respectueux de son environnement. Alors que le Liban concentre son économie dans les villes, Jad Khoury souligne que le développement du secteur de l’escalade permet d’apporter une nouvelle manne financière dans les campagnes et lutter indirectement contre l’exode rural. L’accroissement du tourisme en montagne apporte du travail, note-t-il : ouverture de petits commerces, construction de refuges et développement du secteur de guide de montagne.


Pour mémoire
Quand l’escalade devient une cause humanitaire


In fine, encourager l’escalade peut être perçu comme un outil afin de participer au changement d’image du Liban, à travers le respect de la nature, le retour aux loisirs peu coûteux et le développement économique sur le long terme.

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