Liban

Le devoir de mémoire au centre de la seconde journée du colloque sur la guerre du Liban

VIE UNIVERSITAIRE
09/10/2018

La seconde journée du séminaire universitaire portant sur une analyse nouvelle de la guerre du Liban a clôturé ses travaux samedi dernier au campus des sciences humaines de l’Université Saint-Joseph. Le colloque était organisé par Roula Abi Habib Khoury, sociologue et directrice du Centre d’études pour le monde arabe moderne (Cemam) de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ, Dima de Clerck, historienne, chargée de cours à l’USJ et à l’université de Balamand et chercheuse à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO), et Carmen Abou Jaoudé, politologue et chargée de cours à l’USJ et à l’USEK. L’organisation du colloque s’est faite en collaboration avec l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et l’ambassade de Suisse.

Les intervenants ont présenté, en se basant chacun sur un épisode de la guerre libanaise, un nouveau regard sur ce conflit. Les débats avaient pour but de remettre en question des présupposés ancrés dans la société afin de faire la lumière sur les événements passés sous un angle pluridisciplinaire.

Le panel de chercheurs réunissait plusieurs champs scientifiques : sociologie, anthropologie, histoire et relations internationales. La séance de samedi portait essentiellement sur la thématique de la sortie de crise sous ses aspects les plus protéiformes ainsi que sur l’enjeu de l’entretien des mémoires individuelles vers une quête de réconciliation nationale.

Le point de vue alternatif des cinq chercheurs qui sont intervenus samedi a été chaleureusement accueilli par les participants. Réflexions aux fonctions cathartiques, la salle polyvalente de l’USJ afficha pour la seconde journée complet. L’attractivité certaine de cet événement a illustré, selon Stéphane Malsagne, professeur à Sciences Po Paris I, « l’immense espoir et l’opportunité pour tous ceux qui souhaitent travailler sur ce champ d’étude, faiblement exploité, portant sur la guerre du Liban ». En effet, ce colloque a brillamment réussi à mettre en évidence deux enjeux peu traités par les chercheurs, mais restant essentiels pour la compréhension de la guerre du Liban : l’entretien des mémoires de guerre et le travail d’écriture historique de ce conflit.

Comme l’ont souvent rappelé les spécialistes, bien que les Libanais supportent le poids d’une amnésie étatique les empêchant de travailler sur leur passé, la société civile apparaît aujourd’hui comme acteur de substitution vers la voie d’une réelle sortie de guerre. Ainsi, la chercheuse Carmen Abou Jaoudé développa le besoin de mise en œuvre d’une justice transitionnelle pour le Liban et les Libanais. Au nom de l’intérêt général, l’État se doit de mettre en place une justice, afin de répondre au droit à la réparation pour les victimes de guerre et donner des garanties suffisantes aux populations contre toute résurgence de la violence. La persistance du sentiment de peur d’un retour à la guerre et l’absence de travail collectif sur ce legs historique fragilisent la cohésion de la société libanaise et reflètent parallèlement l’existence d’une « paix négative » sous tutelle, par opposition à une paix positive et durable dans le respect de la souveraineté du pays.

Certains participants ont rejoint les intervenants en illustrant cette volonté civique qui s’affranchit de la politique pour travailler aux côtés de l’État sous de multiples formes : développement des mouvements artistiques depuis les années 1990, accroissement des écritures littéraires sur la guerre du Liban et mise en œuvre de projets associatifs pour le rapprochement entre les citoyens. D’autres personnes, plus pessimistes, ont évoqué leur peur d’être confrontées à une vérité douloureuse et la perte d’espoir quant à tout progrès politique. Travail délicat, ce colloque fut vécu par certains comme une thérapie, entrouvrant à nouveau une cicatrice douloureuse. Dans ce cadre, la chercheuse Dima de Clerck a traité de la mémoire druze au Liban tandis que Hala Abou Zaki a abordé la mémoire des Palestiniens de Chatila.

Défendant individuellement leurs propres histoires de la guerre du Liban, les émotions et les ressentis de ces événements et de la violence restent latents et source de dissensions. Cependant, les multiples interventions du public durant les deux journées d’étude ont illustré un solide devoir de responsabilité de la part des citoyens vis-à-vis de la compréhension de la guerre.

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