Montserrat Caballé, le 22 juin 2011, lors d’un concert à Vienne en Autriche. Lisi Niesner/archives/Reuters
La soprano espagnole Montserrat Caballé est morte samedi à 85 ans à Barcelone, une disparition qui a suscité une pluie d’hommages dans le monde culturel et politique. La veillée funéraire de la cantatrice, décédée pendant la nuit à l’hôpital de Sant Pau, a eu lieu hier au funérarium du quartier de Les Corts à Barcelone. Les funérailles, elles, se tiendront aujourd’hui à midi au même endroit, ont annoncé les services funéraires de la métropole catalane. Retirée depuis plusieurs années en raison de problèmes de santé, Montserrat Caballé, qui avait déjà été victime d’un accident vasculaire cérébral, était hospitalisée depuis la mi-septembre à l’hôpital de Sant Pau à cause d’un problème de vésicule, selon des médias locaux.
Évoquant une « triste nouvelle », le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a salué sur Twitter une « grande ambassadrice de notre pays, une soprano reconnue internationalement ». « Montserrat Caballé, sa voix et sa douceur resteront toujours avec nous », a-t-il ajouté, tandis que la monarchie espagnole déplorait la perte d’une « grande dame de l’opéra, légende de la culture universelle, meilleure parmi les meilleurs, capable d’ouvrir de nouveaux espaces de création avec les plus grands ».
Et le monde de l’opéra est en deuil : le ténor José Carreras (71 ans), très proche de la cantatrice, s’est dit « très triste » de la mort de cette « artiste unique ». « Je n’ai jamais entendu aucune soprano chanter comme Caballé », a-t-il dit sur Catalunya Radio, soulignant « la qualité de sa voix et sa technique » qui lui permettaient une richesse de registres « unique ». Autre ténor à avoir partagé la scène avec la diva, Placido Domingo a également fait part de sa « très grande tristesse », rendant hommage dans le quotidien El Pais à une « grande cantatrice espagnole, catalane, dotée de grandes qualités humaines ». La soprano sud-africaine Pretty Yende pleurait, elle, la disparition « d’une légende, une âme merveilleuse ».
Née le 12 avril 1933 à Barcelone dans une famille modeste, María de Montserrat Viviana Concepción Caballé i Folch y a étudié au conservatoire du Liceu avant de débuter à l’opéra de Bâle en 1956, dans La Bohème de Giacomo Puccini. Surnommée « la Superba », la Catalane, dont l’art du pianissimo était légendaire, comme sa puissance vocale, chantait aussi bien Rossini, Bellini ou Donizetti que Mozart ou Dvorak. C’est le 7 janvier 1962, après deux années à Brême (Allemagne), que Montserrat Caballé rejoint définitivement l’opéra de Barcelone, le Gran Teatre del Liceu. Début d’une longue histoire d’amour entre la cantatrice et son public. Le succès s’amplifie en 1965, à New York, dans Lucrèce Borgia de Gaetano Donizetti et, en 1967, lors de sa première Traviata (de Giuseppe Verdi) sous la direction de Georges Prêtre. Elle effectue ensuite plusieurs tours du monde à succès, souvent avec son amie, la cantatrice Marilyn Horne, notamment en France, pays qu’elle aime particulièrement. Elle triomphe en 1972 à La Scala de Milan dans Norma de Bellini.
Le 15 novembre 1972, la cantatrice avait donné naissance à une fille, Montserrat Martí, surnommée Montsita, qu’elle a eue avec le ténor espagnol Bernabé Martí, qu’elle avait épousé en 1964. Elle avait parfois chanté avec sa fille, également soprano.
Un album avec Freddie Mercury
Mais elle avait aussi bousculé les traditions en enregistrant un album avec le chanteur du groupe Queen, Freddie Mercury, dont une chanson avait été choisie comme hymne des Jeux olympiques de Barcelone en 1992.
À partir de 1992, ses problèmes de santé l’avaient obligée à raréfier sa présence sur scène pendant dix ans. Son retour au Gran Teatre del Liceu, le 5 janvier 2002, pour le 40e anniversaire de sa première apparition, lui avait valu une ovation de plus de dix minutes. Le 3 janvier 2012, ses cinquante ans de carrière avaient donné lieu à une grandiose Autre nuit de Montserrat Caballé, à l’opéra de Barcelone. Ces dernières années, la cantatrice avait eu des démêlés avec le fisc espagnol. Elle avait été condamnée en décembre 2015 à une peine de six mois de prison, qu’elle n’avait pas dû effectuer, et à 250 000 euros d’amende pour fraude fiscale.
Source : AFP


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