L'éditorial de Issa GORAIEB

Excursions en tous genres

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
03/10/2018

On le savait globe-trotter invétéré, ne délaissant les visites officielles que pour d’interminables virées dans les pays d’émigration, où il se plait à prêcher la bonne parole, pur jus garanti, aux Libanais d’origine : tout cela, bien évidemment, aux frais de la princesse, équipages d’accompagnateurs compris. Mais quoi de plus normal, au fond, qu’un ministre des Affaires étrangères passant une bonne partie de son temps à l’étranger ?


On n’avait pas tout vu cependant, puisque ledit ministre vient de se découvrir une nouvelle vocation, celle de guide touristico-diplomatique. Il nous en faisait la surprise lundi en emmenant un groupe d’ambassadeurs, noyé dans une marée de journalistes, constater de visu combien sont dénuées de fondement les dernières accusations israéliennes contre le Hezbollah et (accessoirement?) le Liban. De fait, les diplomates présents n’ont repéré nulle trace de missile sur les lieux visités dans le voisinage de l’aéroport de Beyrouth, ceux-là mêmes que citait récemment Benjamin Netanyahu devant l’Assemblée générale de l’ONU.


Oh, ils n’étaient pas bien nombreux, ces singuliers excursionnistes, de nombreuses excellences – et non des moindres – ayant en effet décliné l’aimable invitation. Sans doute les absents ont-ils estimé que le déplacement n’en valait pas la peine, au motif que même si missiles il y avait, on avait eu tout le temps de les déménager. Les plus imaginatifs ont même dû sourire dans leur barbe, à l’idée que ces engins pouvaient très bien reposer tranquillement, au frais, sous les pieds mêmes des visiteurs, dans une de ces galeries souterraines qui ont fait la célébrité des sapeurs du Hezbollah. À quand donc une visite guidée des catacombes de Beyrouth ?


Certes, la performance de Netanyahu n’est pas sans rappeler les fausses preuves de la présence d’armes de destruction massive en Irak que produisait l’Amérique, devant la même ONU, en prélude à l’invasion de ce pays. Mais ce n’est pas par une gesticulation primitive, grossière, telle celle de lundi, que l’on peut répondre à la mauvaise foi. Dénoncer les intentions guerrières d’Israël, comme le faisait hier même le président de la République recevant la chef de la diplomatie autrichienne, c’est seulement verser dans le lieu commun, énoncer une évidence, enfoncer des portes ouvertes. Bien plus productif, crédible et convaincant, serait un sérieux effort de l’État libanais visant à ôter à Israël tout prétexte à agression ; et cela commence par la suppression de toutes les illustrations concrètes, flagrantes, de l’existence d’un État dans l’État doté d’une stratégie militaire et d’une diplomatie qui lui sont propres, allant jusqu’à s’arroger la décision de guerre ou de paix.


De par sa charge, mais aussi du fait de l’ascendant qu’il pourrait avoir sur ses vieux alliés de la milice, c’est de la responsabilité directe du président Michel Aoun que relève une telle entreprise. Barricader le pays, ce n’est pas défier l’agresseur, ce n’est pas seulement casser les oreilles de la communauté internationale avec la rengaine d’un Liban aussi innocent que l’agneau qui vient de naître. En fait de déménagement, c’est ranger au placard tout signe flagrant d’anormalité. C’est hâter la formation d’un gouvernement. C’est procéder en vitesse aux réformes exigées par les nations désireuses d’aider le Liban, c’est leur montrer qu’il consent enfin à s’aider lui-même.


Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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