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Campus

Oui, les étudiants libanais entreprennent et innovent !

INSERTION PROFESSIONNELLE
29/09/2018

L’AUF Moyen-Orient a lancé en 2017 le programme Développement de l’entrepreneuriat étudiant au Liban (DEEL). Avec, désormais, un statut national d’étudiant-entrepreneur, ce projet permet aux étudiants libanais de faire valoir en crédits universitaires les activités de création d’entreprise. Zoom sur les six applications gagnantes de la première édition de DEEL.


Pour un meilleur suivi médical


« Nous sommes actuellement en train de communiquer avec des compagnies d’assurances et des pharmaciens pour comparer les systèmes de santé libanais et français. Nous espérons qu’un jour notre projet deviendra indispensable au Liban », indiquent les étudiants de l’UL, créateurs de l’application HLS. Ci-dessus, les lauréats du premier prix DEEL avec Hervé Sabourin, directeur régional de l’AUF au Moyen-Orient. Photos DR


Le projet Health Linking System (HLS), créé par deux étudiants de l’UL, consiste en une application qui permettra d’installer une communication permanente entre les pharmaciens, les médecins, les assurances et le ministère de la Santé publique. Finis les dossiers passés de main en main et le déchiffrage des ordonnances illisibles ? C’est ce que veulent croire Perla Azzi, 22 ans, et Ibrahim al-Zaim, 22 ans, qui ont remporté le premier prix de la première édition du DEEL. Ces deux étudiants en pharmacie de l’Université libanaise (UL) pensent que leur idée moderniserait le système de santé libanais, éviterait les erreurs de prescriptions médicales, et limiterait les fraudes dans la Sécurité sociale et les assurances.L’application « facilitera l’accès aux antécédents médicaux des patients par les professionnels de santé en informatisant les dossiers médicaux », explique Perla Azzi. Chaque patient aura dès lors un fichier numérique dans lequel tout son profil médical sera consultable à tout moment par les professionnels de la santé. En attendant l’approbation du ministère de la Santé, le projet, qui pourrait révolutionner le secteur au Liban, n’a pas été encore développé physiquement par ses initiateurs. Pour Perla Azzi, « les obstacles potentiels au développement de HLS seraient premièrement le coût du serveur de base de données où toutes les informations médicales des patients seront sauvegardées, et le refus possible de certains médecins et pharmaciens d’utiliser notre système, sans oublier qu’il y a des patients qui n’utilisent pas de portable, spécifiquement les personnes âgées. »


Tout le sport en un clic

Les trois étudiants de l’ESA, lauréats du deuxième prix DEEL, ont présenté leur application Sport and Go au public lors de l’annonce des lauréats au mois de juin passé au bureau régional Moyen-Orient de l’AUF.


Avec cette application conçue par des étudiants de l’ESA, les services offerts par les infrastructures sportives au Liban et leurs disponibilités deviennent enfin visibles sur la carte. Depuis son téléphone, un utilisateur désireux de faire du sport sera en mesure de trouver directement les terrains, les salles, les gymnases près de chez lui. Il aura en plus accès aux prix des services offerts et la possibilité de les réserver. « On aide à la fois les sportifs, les coachs à la recherche de clients et les infrastructures à remplir leur emploi du temps. Nous constituerons une base de données conséquente, un emploi du temps mis à jour chaque minute, et la possibilité de poster et lire les commentaires des utilisateurs des infrastructures », explique Rodolphe Salem, 19 ans, actuellement en master d’administration en échange à Sciences Po Paris. Avec ses camarades, Édouard Karam et Nadim Salamé, tous les deux étudiants de 20 ans en administration à l’ESA, Rodolphe Salem a gagné le deuxième prix de l’édition 2018 de DEEL. Les étudiants, grands sportifs, ont imaginé une application qui permettra une mise en relation des infrastructures sportives (terrains de foot, de basket, gym, tennis…) avec des amateurs de sport et des coachs sélectionnés par un RH. L’application, unique en son genre au Liban, sera très facile d’utilisation : un clic sur l’infrastructure apparaissant sur la carte donnera toutes les informations nécessaires. « Nous voulons mettre cette application sur l’App Store et le Play Store gratuitement pour motiver la population libanaise à pratiquer une activité sportive en lui facilitant son accès, avec un système de récompense, type cadeaux (objets de sport ou remises) », précise encore Rodolphe Salem.


Lier les lycéens au monde professionnel


Carelle Sioufi, 23 ans, et Romain Assaad, 25 ans, tous les deux étudiants à l’USJ, ont imaginé un site internet permettant de faire le lien entre les écoles et le monde du travail.


Constatant les problèmes d’orientation chez les lycéens, Carelle Sioufi, 23 ans, et Romain Assaad, 25 ans, tous les deux étudiants à l’USJ, ont imaginé un site internet permettant de faire le lien entre les écoles et le monde du travail. Ces deux étudiants, qui ont reçu le troisième prix du DEEL, actuellement en master de sciences politiques, ont proposé de créer un site internet permettant aux lycéens de rencontrer un professionnel dans le domaine qu’ils aimeraient intégrer après le bac. Des professionnels, des coachs ou des mentors, des experts qualifiés donc, seront inscrits sur le site pour un rendez-vous avec les étudiants. Cette rencontre se fera l’année du bac au cours d’une journée d’orientation (shadowing day) « pour que le lycéen puisse voir le travail du mentor ou du coach ». Cette journée sera le point d’orgue d’un accompagnement individualisé au sein des écoles (trois ans avant la journée d’orientation) permettant au jeune d’affiner son projet d’avenir. « Les paramètres de l’application seront très simples. Contrairement aux autres applications similaires dans lesquelles il existe une sélection, tout le monde pourra prendre rendez-vous avec les mentors pour le shadowing day. » Le principal obstacle sur la route de ce site est qu’il faut que les écoles acceptent de s’y inscrire, « mais nous sommes confiants qu’un jour le site sera utilisé dans les écoles en Europe ou dans le Golfe », s’exclame Carelle Sioufi. Pour la viabilité du site www.sparrowdream.com, en cours de construction, seules les écoles auront à payer 25 dollars par an et par étudiant.


Un kiosque interactif d’analyse de sang


« H-Life fera économiser de l’argent et du temps : les deux raisons qui poussent les gens à rater leurs examens médicaux », estiment les étudiants de l’AUST qui ont conçu un kiosque interactif d’analyse de sang.


Imaginez une machine comme une sorte de borne automatisée qui serait capable à la fois de faire des analyses médicales et de les mémoriser, permettant une connaissance précise de l’état de santé de l’ensemble de la population. C’est l’idée qui a valu le 4e prix à huit étudiants de l’American University of Science and Technology (AUST) : Soumaya Damaj, 42 ans, Samira Alma, 22 ans, Fatima al-Zahraa Ibrahim, 22 ans, Mohammad Darweech, 21 ans, Melissa el-Haber, 23 ans, Rani Shaar, 22 ans, Mohammad Mousawi, 23 ans, et Christelle Fernezelian, 25 ans. Ces étudiants, qui suivent pour la plupart des études en informatique, ont imaginé une machine qui permettrait de fournir pour une personne une analyse médicale complète, automatique, enregistrée et collectée pour « améliorer la santé et le bien-être de toute la population à partir d’une seule goutte de sang, explique Melissa el-Haber. H-Life a pour but de faire en sorte que chacun ait conscience de sa santé en encourageant les gens à régulièrement s’assurer de leur état de santé et permet de prédire les maladies éventuelles ». Cette machine sanitaire pourrait un jour se trouver dans des gares, des aéroports et même dans des entreprises : « On pourrait s’assurer de l’état de santé de réfugiés, donner des soins médicaux à ceux qui ne peuvent se le permettre, ou diagnostiquer les personnes à mobilité réduite. » Mais il faut encore trouver des bailleurs de fonds et, surtout, le soutien des hôpitaux, des laboratoires et des professionnels du corps médical pour la mise en place des données concernant les patients.



Choisir l’alimentation de ses enfants dans les écoles


« Les enfants absorbent plus de la moitié de leurs calories quotidiennes à l’école. Avec notre application, chaque enfant aura accès à un menu personnalisé », précisent ces jeunes étudiants de l’USEK. Ci-dessus, les étudiants entourant Mme Pascale Abou Jaoudé, responsable de marketing à l’USEK.


Cette application va ravir les parents qui s’inquiètent de l’alimentation de leurs enfants : en s’inscrivant sur l’application, ils pourront directement informer le kiosque d’alimentation de l’école de ce qu’ils veulent pour leurs petits. Cette idée unique en son genre a valu le cinquième prix à Steven Semaan, étudiant en commerce, et Carla Khoury, étudiante en fashion design. Ces deux étudiants de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) ont imaginé une application (pas encore téléchargeable) qui permettrait d’en finir avec les tohu-bohu devant les kiosques de man’ouché pendant la récréation dans les écoles. Steven Semaan explique : « Les parents téléchargent l’application Dekkene et inscrivent leurs enfants en spécifiant pour chacun des préférences alimentaires spécifiques ». La personne en charge du kiosque prépare en fonction des demandes (ce qui évite le gâchis), puis l’enfant « présente un code spécifique que l’employé scanne. Dès que l’enfant reçoit son repas,une notification automatique est envoyée à ses parents ». Si l’installation du système est prise en charge par les développeurs et que l’application est gratuite pour les parents, ce sont encore une fois les écoles qui financent : 3 000$ par an. Encore faut-il que les écoles acceptent ce prix pour que l’application soit lancée.



Pour une consommation 100 % bio


Ces trois étudiants de la NDU ont conçu un site web qui permet aux Libanais d’acheter des produits frais et authentiques sans se déplacer. «  Au Liban, les objets artisanaux et les aliments bio sont très difficiles à obtenir directement sur leur lieu de production et sont souvent très chers », soulignent-ils.


Un site permettant d’acheter des produits libanais frais et authentiques sans se déplacer ? Finis les déplacements partout dans le pays pour se procurer une bonne labné, de l’huile d’olive bio ou des assiettes artisanales : l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU), représentée par Bahaa al-Hassanieh, 20 ans, étudiante en ingénierie financière, Charbel Khoury, 21 ans, étudiant= en économie, et Hanine Salloum, 21 ans, étudiante en finance, s’est placée à la 6e place en proposant l’idée d’un site internet où « les gens pourraient acheter à un prix raisonnable des produits du terroir issus directement de la source », nous révèle Bahaa al-Hassanieh. Le producteur mettrait en vente sur le site des produits alimentaires tels que de la confiture, du miel, du kichk… ou de l’artisanat (poterie, canevas…), ce qui faciliterait à la fois la vie du consommateur et celle des producteurs. « On les aide à se promouvoir, à être exposés sur le marché à travers notre site. C’est ce qui le rend spécial : notre but est de permettre aux producteurs de s’adapter au marché d’aujourd’hui. Nous nous assurons par ailleurs de la qualité et de la propreté des produits. » Le projet, encore en développement, vise les festivals de nourriture pour se faire connaître et attend des financements pour devenir véritablement effectif.

Un séjour en France pour développer leur projet

Suite à la remise des prix, les lauréats ont gagné chacun un séjour en France, de deux semaines à un mois, dans des Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (Pépite), afin de développer leurs projets d’entreprise. Ils ont eu la possibilité d’intégrer des espaces Pépite à Paris et à Nancy, en juillet et en septembre. Trois groupes ont intégré le Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine, et trois groupes le PSL Lab de l’Université Paris Sciences et Lettres. Hormis les étudiants de l’ESA, tous les lauréats ont déjà effectué leur séjour. Ils ont pu rencontrer des professionnels et se faire une idée plus précise et plus concrète des marchés, comme le souligne Steven Semaan (USEK). « Nous sommes allés à l’Université de Lorraine à Nancy durant le mois de juillet. Nous avons eu la possibilité de voir le marché français, le système scolaire français. Dès lors, nous avons commencé à penser à développer l’application Dekkene aussi dans les écoles publiques, apport considérable à notre projet, car ici, au Liban, nous considérions davantage nous installer dans le secteur privé. »

Bahaa al-Hassanieh (NDU), insiste, quant à elle, sur les rencontres fructueuses qu’elle et son équipe ont effectuées à Paris, favorisant l’entraide et le développement de leur idée. « Nous avons été à Station F (NDLR : un campus de start-up situé dans le 13e arrondissement de Paris) où nous avons rencontré beaucoup d’autres entrepreneurs, ce qui nous a permis d’échanger à propos de nos connaissances et de notre expérience, ainsi que des aides potentielles pour développer notre projet. »

Quant aux gagnants du premier prix, Perla Azzi et Ibrahim al-Zaim, ils sont actuellement à Paris : « Nous avons présenté notre projet (la machine Health Linking System) aux responsables de PEEL et au responsable des projets des étudiants entrepreneurs à l’École des mines, ils ont ajouté des idées à notre projet pour le développer et le rendre plus faisable. » Concernant Carelle Sioufi et Romain Assaad, les deux représentants de l’USJ avec le projet Sparrow, ils sont parvenus à se démarquer : « Pendant notre séjour en France, l’université de Lorraine nous a demandé d’écrire un article qui explique notre projet pour le publier dans l’ouvrage de l’université qui sera édité cette année. » Pour le projet H-Life, conduit par les étudiants de l’AUST, trois étudiants choisis aléatoirement au sein de l’équipe ont été envoyés à Paris. Soumaya Damaj, 42 ans, leader du groupe d’étudiants raconte : « Notre visite au PSL Lab (un espace de coworking situé dans le 5e arrondissement, NDLR) nous a permis de connaître les étapes nécessaires à la réalisation du projet ainsi que les obstacles à affronter pour les accomplir. Nous avons rencontré des spécialistes de différents domaines qui nous ont donné des conseils sur le plan légal, financier et aussi médical. »




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