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Moyen Orient et Monde

L’Iran veut montrer ses muscles face à Israël

Conflit syrien

La République islamique a déclaré que l’État hébreu « regrettera » sa prochaine incursion militaire en Syrie.

28/09/2018

La République islamique a haussé le ton hier, en mettant en garde l’État hébreu contre de nouveaux raids aériens qu’il pourrait effectuer sur le territoire syrien. « Le régime sioniste s’efforce d’établir une crise en Syrie, prend des mesures de soutien direct aux groupes terroristes et vise l’armée syrienne et les forces qui luttent contre le terrorisme (…). Si cela continue, (Israël) s’exposera à des réactions qui provoqueront des regrets », a déclaré hier Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN), cité par l’agence de presse iranienne Tasnim, lors d’un entretien à Téhéran avec un haut responsable de la sécurité russe, Nikolaï Patrouchev.

Le CSSN, présidé par le président Hassan Rohani, a pour but de fixer la politique étrangère et sécuritaire de l’Iran. Toutes les décisions qui y sont prises sont validées par le guide suprême iranien Ali Khamenei, plus haute autorité politique et religieuse du pays.Déterminé à entraver la présence iranienne en Syrie, l’État hébreu a, selon un responsable militaire s’exprimant début septembre sous le couvert de l’anonymat, mené plus de deux cents frappes contre des bases contrôlées par Téhéran au cours des 18 derniers mois.

La dernière opération en date, menée la semaine dernière dans la province de Lattaquié, berceau de la famille du président syrien Bachar el-Assad, a eu de lourdes conséquences pour Israël qui s’est attiré les foudres de Moscou. La Russie a en effet vu l’un de ses avions de reconnaissance pris pour cible par la DCA syrienne qui l’a abattu par erreur, tuant quinze militaires russes. Le Kremlin a tenu l’État hébreu pour responsable de cette malencontreuse destruction, en raison de l’opération qu’il menait dans la région de Lattaquié, et a pris lundi dernier la décision d’équiper, d’ici à deux semaines, l’armée syrienne de missiles antiaériens S-300.

Malgré le haussement de ton de Moscou, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti que son pays allait « continuer à défendre sa sécurité et ses intérêts ». « Nous continuerons à combattre l’ancrage iranien en Syrie, et nous continuerons la coordination sécuritaire entre les armées israélienne et russe », a déclaré le chef du gouvernement israélien mardi.

C’est dans ce contexte que l’Iran, allié de Damas et de la Russie, a mis en garde Israël contre d’autres interventions sur le sol syrien. Mais si l’État hébreu continuait à mener des frappes en Syrie contre les bases iraniennes, Téhéran pourrait-il vraiment riposter ? Et comment ?


(Lire aussi : Trump contre l’Iran, mais sans le reste du monde)


Entre moyens et obstacles
La République islamique ne manque pas de moyens militaires, elle a eu l’occasion de le montrer ces dernières semaines en promouvant notamment son nouvel arsenal composé d’avions et de missiles, mais aussi en renforçant ses positions en Irak, où elle possède, comme en Syrie, de nombreuses bases militaires dont certaines sont placées sous le contrôle direct du commandant des forces al-Qods, Kassem Soleimani.

Par ailleurs, son influence et son poids politique en Irak, en Syrie, au Liban, auprès des Palestiniens du Hamas et au Yémen pourraient lui permettre d’agir sur plusieurs fronts. De ce fait, une attaque ciblant des intérêts israéliens dans et/ou en dehors de la région n’est pas à exclure, selon certains analystes. « Les propos tenus hier par l’Iran interviennent traditionnellement après chaque frappe israélienne contre des intérêts iraniens en Syrie, mais il ne se passe pas grand-chose de visible après ces déclarations. La seule chose qui change, c’est que les propos iraniens émanent cette fois-ci du Conseil suprême de sécurité nationale, ce qui leur donne une force supplémentaire », estime François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005, contacté par L’Orient-Le Jour. « Mais ce n’est pas parce qu’elles n’ont traditionnellement jamais de suite qu’il n’y aura pas de frappes contre les intérêts israéliens, qu’ils soient dans la région ou sur d’autres continents, dans les jours qui viennent, si Israël venait à recommencer. Mais on ne peut pas prédire l’avenir », ajoute-t-il.

Si les moyens militaires sont là, la République islamique fait face à certains obstacles qui l’empêchent d’agir et qui se situent surtout au niveau interne iranien et en particulier sur les aspects socio-économiques.

La situation financière de l’Iran est en lambeaux. La devise nationale, le rial, a perdu les trois quarts de sa valeur ces six derniers mois, à tel point qu’aujourd’hui un dollar s’échange contre 170 000 rials. Une situation rendue à ce point délicate notamment en raison du rétablissement par

Washington des sanctions économiques contre le régime des mollahs le 7 août dernier. Cette économie en ruine a des conséquences sur le quotidien de la population iranienne, alors que se multiplient, ces derniers mois, les manifestations contre la corruption, endémique dans le pays, et l’inaction des dirigeants pour tenter de trouver des solutions. Les Iraniens manifestent également contre les milliards de dollars que leur pays débloque pour financer les organisations qu’elle soutient dans la région (Hezbollah au Liban, houthis au Yémen, milices chiites en Irak et en Syrie). Mais le rapport de force entre les capacités de soulèvement de la population et celles du régime est totalement en défaveur de la première, le régime n’hésitant pas à réprimer violemment les manifestations en cas de débordement. Selon François Nicoullaud, avec toutes ces données, « l’Iran n’a pas aujourd’hui les moyens d’une escalade dont on ne sait pas où elle le mènerait. Il va probablement opter pour la prudence », conclut-il.


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HABIBI FRANCAIS

L iran va ordonner au hezbollah de commettre un attentat contre les interets israeliens quelque part dans le monde.

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