Prince, le 30 juin 2011. « Piano & A Microphone », album posthume disponible depuis hier fait revivre avec émotion l’artiste intimiste d’avant « Purple Rain ». Bertrand Guay/AFP
Une voix sensuelle, un pied qui bat la mesure, des accords délicats au piano, un souffle qui respire déjà le génie : en neuf pistes inédites, Piano & A Microphone, disponible depuis hier, fait revivre avec émotion le Prince intimiste d’avant Purple Rain. Une semaine avant sa mort, à 57 ans, le 21 avril 2016, Prince donna à Atlanta son tout dernier concert, dans le cadre du Piano & A Microphone Tour, une tournée durant laquelle il se produisait seul, au piano. « Je le fais pour me mettre au défi, je ne saurai pas quelles chansons je vais faire quand je monterai sur scène, parce que je n’aurai pas de groupe », avait-il notamment déclaré dans une interview en décembre 2015. C’est également ce Prince rare et émouvant que nous fait redécouvrir ce disque enregistré en 1983 au home studio Kiowa Trail que possédait l’artiste, alors âgé de 25 ans, à Chanhassen dans le Minnesota. Là où il fera construire plus tard son fameux complexe de Paisley Park. « Ce n’est pas un album inédit, ce sont des bandes inédites », nuance Frédéric Goaty, auteur de Prince, le dictionnaire. « Il n’avait pas pensé cette suite de morceaux comme un album. Ce qui est fascinant, c’est qu’on ne sait pas pourquoi ni pour qui il l’a enregistrée. Il était seul dans son studio avec un ingénieur du son, Don Batts, derrière la vitre. On ne sait pas non plus précisément quand ces morceaux ont été enregistrés. Ce qui confère quelque chose de mystérieux à cette bande magnifique, qui, disons-le, circulait depuis 25 ou 30 ans sous le manteau, de manière illégale », poursuit ce spécialiste, également directeur de la rédaction de Jazz Magazine. Certains des neuf titres chantés sont connus, car sortis ultérieurement sous d’autres versions. Mais entendre l’ébauche du futur hit Purple Rain, tout en fragilité et sans artifice, fait son petit effet. Tout comme 17 days (qui sera la face B du single When Doves Cry), sur lequel on entend Prince demander à Don Batts : « Est-ce bien mon écho ? » Saisissant instant de vie immortalisé sur bande… « Il chante aussi un spiritual, Mary Don’t You Weep, qui est bouleversant et qu’on entend d’ailleurs dans le générique de fin du dernier film de Spike Lee, Blackkklansman. Encore plus fascinant, il chante des titres que personne ne connaissait et qu’il ne chantera plus jamais par la suite ou dont on ne connaît pas encore les versions définitives », décrypte encore le spécialiste Frédéric Goaty.


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